Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/oeuvrespotiqu01chri
SOCIÉTÉ
ANCIENS TEXTES FRANÇAIS
ŒUVRES POETIQUES
DE
CHRISTINE DE PISAN
Le Puy, imprimerie d: Marchcssou filSj boulevard Saint-Laurent, 23.
OEUVRES POETIQ.UES
CHRISTINE DE PISAN
PUBLIEES
MAURICE ROY
TOME PREMIER
BALLADES, V^iRELAIS, LAIS, RONDEAUX JEUX A VENDUE
ET COMPLAINTES AMOUREUSES
^'^q'^^
PARIS
LIBRAIRIE DE F I R M I N D I D O T ET C* '^
RUE JACOB, 56
M D C C C L X X X V I
APR 1 5 1936
Publication proposée à la Société le 2 3 avril 1884.
Approuvée par le Conseil le 25 février i885, sur le rapport
d'une commission composée de MM. Meyer, Paris et Raynaud
Commissaire responsable :
M. P. Meyer.
pa
1886
INTRODUCTION
îNE vie complète de Christine de Pisan ne
M pourra être utilement élaborée que le jour où
les œuvres de cette célèbre femme auront été
entièrement publiées et seront enfin sorties de Toubli
dans lequel elles demeurent injustement depuis plus
de quatre siècles. Nous tenterons de l'écrire si nous
réussissons à mener à bonne fin la tâche que nous
nous sommes imposée. A l'heure présente il semble
plus prudent de donner seulement au lecteur un
simple aperçu biographique, contenant quelques
notions indispensables , et de lui indiquer rapide-
ment les sources principales auxquelles il pourra pui-
ser de plus amples informations ;
Jean Boivin. — Vie de Christine de Pisan {Mê-
moires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Let-
tres, II (i 736), p. 704-14).
Abbé Sallier. -- Notice sur Christine de Pisan
T. I a
II INTRODUCTION
(Mémoires de l'Académie des Inscriptions, XVII
(1751), p. 5i5-25).
M"^ de Kéralio. — Collection des meilleurs ou-
vrages composés par des dames. Paris, 1787, II.
Raimond Thomassy. — Essai sur les écrits poli-
tiques de Christine de Pisan. Paris, i838.
Robineau. — Christine de Pisan, sa vie et ses
œuvres. Saint-Omer, 1882.
P'riedrich Koch. — Leben und Werke der Chris-
tine de Pi^an. Goslar, i885.
Indépendamment des indications fournies par les
ouvrages précités, de nombreuses et consciencieuses
recherches, tant dans les archives de France que dans
celles d'Italie, pourront seules donner des détails bio-
graphiques ignorés jusqu'ici.
Une étude approfondie de Tensemble de l'œuvre de
Christine apportera en même temps un précieux con-
tingent à l'histoire de sa vie de de son influence litté-
raire. Car dans ses travaux mêmes l'auteur s'est plu à
parler de ses propres impressions, à soulever discrè-
tement le voile de sa vie, à retracer ses joies et ses
malheurs; mais de toutes ses compositions la Muta-
tion de Fortune et la 'Vision ont été surtout les dé-
positaires de ses sentiments personnels.
Voici quant à présent les grands traits de la vie de
notre poète :
Christine de Pisan naquit à Venise vers i 363. Son
père, homme distingué, avait épousé la fille d'un con-
INTRODUCTION III
seiller de la République vénitienne, charge à laquelle
l'appelèrent bientôt lui-même l'estime et la considéra-
tion de ses compatriotes. Thomas de Pisan jouissait
en même temps d'une grande réputation de philoso-
phe et d'astrologue. La renommée de son savoir et
de son mérite étant parvenue jusqu'à la cour de
France, Charles V iui fit des offres avantageuses pour
l'attirer et l'attacher à sa personne. Notre savant ita-
lien ayant obtenu, avec les bonnes grâces du souve-
rain, une place dans le Conseil royal, se résolut bien-
tôt à adopter une nouvelle patrie et fit venir auprès
de lui toute sa famille. Sa femme et la jeune Chris-
tine, âgée seulement de cinq ans, magnifiquement
parées de riches costumes vénitiens, arrivèrent au
Louvre (i368) et furent présentées au roi qui leur fit
le plus gracieux accueil.
Elevée au milieu de cette cour de France, alors
aussi renommée par sa magnificence que par la dis-
tinction des personnes qui la fréquentaient, Christine
de Pisan y développa par une instruction soignée,
par une éducation empreinte du meilleur ton et des
sentiments les plus recherchés, les précieuses disposi-
tions dont la nature avait si heureusement doté son
intelligence supérieure. A peine fut-elle parvenue à
sa quinzième année (iSyS) que les charmes de son
esprit et de sa personne la firent rechercher d'un
grand nombre de gentilshommes, mais son père fixa
son choix sur un jeune homme d'une bonne maison
de Picardie, Etienne du Castel, dont les qualités et le
mérite tenaient lieu des avantages de la fortune.
IV INTRODUCTION
L'avenir qui semblait s'ouvrir plein de promesses
heureuses pour ces jeunes époux, réservait cependant
à Christine de dures épreuves; les premières années
de son mariage furent le point de départ de ses infor-
tunes et de ses malheurs. Le roi mourut le i6 sep-
tembre i38o. Thomas de Pisan, déchu de son crédit
et éloigné de la Cour, ne survécut que quelques an-
nées à son maître et à son bienfaiteur. Etienne du
Castel, par sa valeur personnelle et par l'influence
que lui donnait sa charge de secrétaire du roi, con-
tinuait encore les traditions de la famille de son beau-
père, lorsqu'il fut emporté lui-même par une maladie
contagieuse à l'âge de 04 ans (iSSg). Christine qui
n'avait que 25 ans reste veuve avec trois enfants.
Plongée dans sa profonde douleur elle est encore at-
tristée par de nombreux procès avec des débiteurs de
mauvaise foi et par des pertes d'argent qui en furent
la conséquence; c'est alors qu'elle demande au tra-
vail, à la poésie, à la littérature, la consolation et
l'oubli de ses peines. Elle commence une vie nou-
velle, entièrement consacrée à l'étude, mais plus heu-
reuse en douces satisfactions. Son talent se révélera
d'abord dans des poésies légères, pleines de charme
et de saveur, jusqu'au jour où l'essor de son génie
rélèvera à la hauteur des grandes compositions qui
ont immortalisé son nom.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
Christine de Pisan, que sa situation précaire avait
engagée à tirer parti de son instruction et de son re-
marquable talent, devait rechercher avec empres-
sement toute occasion destinée à lui procurer quel-
ques ressources. Aussi fit-elle exécuter un grand
nombre de copies de ses œuvres, afin de les offrir
aux princes et aux riches seigneurs auxquels leur
amour pour les lettres et la réputation de Fauteur
faisaient un devoir d'apprécier ces gracieux homma-
ges à leur juste valeur. Cette multiplicité de manus-
crits rend aujourd'hui plus lourde et plus difficile la
tâche que doit s'imposer tout éditeur consciencieux.
En raison de cette considération nous avons cru pré-
férable de préparer pour chaque tome une préface
donnant la liste et l'appréciation des manuscrits ren-
fermant les œuvres que nous devons publier.
Notre riche Bibliothèque nationale possède plu-
sieurs recueils contenant les poésies dont nous offrons
le texte dans ce premier volume.
A\ — (Bibl. Nat. F. français 835, 606, 836 et
6o5). Ces quatre volumes forment le ms. qui doit ser-
vir de base à cette édition, l'exécution en fut préparée
et surveillée par Christine elle-même qui le destinait
VI INTRODUCTION
au duc de Berry; il est ainsi décrit dans les Inven-
taires publiés par M. L. Delisle ^
« Un livre compilé de plusieurs balades et ditiés, fait et
composé par damoiselle Cristine de Pisan, escript de lettre
de court, bien historié et enluminé, lequel Monseigneur a
acheté de la dite damoiselle 200 escus. — Tous mes bons
jours. — 5o liv. (Evaluation faite à la requête des exécuteurs
testamentaires du duc de Berry). — Inventaire de l'année
i4i3, Arch. nat. KK 258. — Inventaire de l'année 1416^
Bibl. Sainte-Geneviève .j nis. L. 54 f. — Baillé à la Duchesse
de Bourbonnais ».
M. L. Delisle n'a pas rapporté cette mention au
ms. de la Bibl. nat. qui porte actuellement le n° 835
du fonds français parce qu'une interversion de feuil-
lets l'a empêché d'établir la concordance du premier
vers du second feuillet, « Tous mes bons jours. »
Cette identification reconnue, nous devons en outre
faire remarquer que le ms. de la bibliothèque du duc
de Berry est aujourd'hui divisé en quatre fragments
portant les n"' 835, 606, 836 et 6o5. Les œuvres que
renferment ces quatre tomes offrent une numérota-
tion continue, ainsi qu'il suit :
Le ms. 835 contient les articles 1 à i3 :
1 Cent Ballades,
2 Virelais.
3 Ballades « d'estrange façon » .
4 Lais.
5 Rondeaux.
I. Le Cabinet des ma)iuscrits de la Bibliolhè.jue nationale, III,
p. 193.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS VII
6 Jeux à vendre.
7 Ballades de divers propos.
8 Épitre au dieu d'Amours.
9 Complainte amoureuse.
10 Le Débat de deux Amants.
1 1 Le Dit des trois jugements amoureux.
12 Le Dit de Poissy.
i3 Les Epitres sur le Roman de la Rose.
Le ms. Do6 renferme l'art. 14 :
14 L'Épitre d'Othéa.
Le ms. 836 comprend les art. i5 à 21 :
1 5 Le Chemin de long estude.
16 Les Enseignements moraux.
17 Oraison Notre Dame.
18 Les quinze joies Notre Dame.
19 Le Dit de la « Pastoure ».
20 Oraison Notre Seigneur.
21 Le duc des vrais amants.
Enfin le ms. 6o5 complète le vol. par les art. 22
à 25.
22 Épitre à la Reine Isabelle.
2 3 Épitre à Eustache Morei.
24 Proverbes moraux.
2 5 Le livre de Prudence.
Ces divers n°* d'articles, indiquant l'ordre dans le-
quel les différentes pièces ont été transcrites, permettent
ainsi de reconstituer d'une façon certaine l'ensemble
du ms. tel qu'il était à l'origine. D'ailleurs, si quelque
doute subsistait encore après ce rapprochement pour-
tant bien caractéristique, il serait vite dissipé par un
VUI INTRODUCTION
examen sommaire de l'écriture, de la disposition iden-
tique des quatre fragments, de Tenluminure des mi-
niatures ou des lettres ornées, dues certainement à la
même plume et au même pinceau.
M. Paulin Paris ' avait déjà reconnu Tancienne com-
position du ms. pour les fractions portant les n"* 835,
836 et 6o5, mais il n'a pas reconstitué la totalité du
volume. M. L. Delisle a également soupçonné cette
corrélation sans l'expliquer et en l'étendant plus qu'il
n'est légitime, car il semble faire rentrer dans la même
famille des mss. tout à fait disparates ~.
Celte division existait d'ailleurs dès le commence-
ment du xvi^ siècle, ainsi qu'il est permis de le cons-
tater par trois mentions que la même main a tracées
à cette époque sur le premier feuillet de garde collé
aujourd'hui à la reliure des mss. 835, 6o6 et 6o5. La
première note indique les œuvres contenues dans le
fragment 835, la seconde (ms. 6o6) est ainsi con-
çue : « En ce livre a cent une hystoire et xlvi feuil-
letz escriptz, et fut reveu par frère le ii^ jour
^de avril Mil V'' et dix », la troisième mention donne
la même date. Il est donc probable qu'à l'origine
le ms. se trouvait en cahiers simplement rattachés
entre eux, mais non recouverts d'une reliure, et
que pour le consulter plus facilement on le sépara
bientôt en plusieurs parties qui furent reliées et in-
ventoriées comme autant de livres différents. Le
1. Manuscrits françois de la Bibl. du Roi, V, 180, et VI, Sgo
402.
2. Inventaire des mss. français, I, p. 74.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS IX
fragment 835 fut d'abord relié en velours rouge,
aujourd'hui il l'est en maroquin rouge aux armes de
France sur les plats, à la fleur de lis sur le dos ; le
ms. 836 était également recouvert de velours rouge, et
aujourd'hui de veau racine au chiffre de Louis XVIII
sur le dos. Quant à la reliure des autres fractions elle
paraît avoir été identique, ainsi qu'il résulte des ren-
seignements que l'on trouvera plus loin dans l'inven-
taire de la Bibliothèque des ducs de Bourbon.
Ces différents fragments réunis forment un superbe
ms. composé des principales poésies de Christine, ne
comprenant pas moins de 269 feuillets et illustré de
125 jolies miniatures.
Cette reconstitution nous permet en outre de fixer
d'une façon précise l'époque de la confection du recueil.
En effet, l'œuvre la plus récente qui y soit insérée doit
être sans aucun doute les Épitres sur le Roman de la
Rose en tête desquelles se trouve la lettre d'envoi
adressée à la reine Isabelle et datée de l'avant-veille
de la Chandeleur 1407. C'est donc dans un intervalle
de quatre ans, entre 1408 et 141 3 (date du premier
inventaire mentionnant le vol. de Christine) que notre
ms. a été préparé et offert au duc de Berry. L'impor-
tance de l'ouvrage et la valeur des oeuvres qu'il ren-
ferme expliquent maintenant tout le prix que Jean de
Berry devait y attacher et la générosité (200 écus)
avec laquelle il sût reconnaître l'hommage de l'auteur.
Il avait du reste accueilli avec beaucoup de grâce et
I. Ce ms. est aujourd'hui à la Bibl. royale de La Haye, n" 701.
X INTRODUCTION
de largesse le Livre du Chemin de longue étude le
20 mars 1403, le Livre de la Mutation de Fortune
en mars 1404 ^, les Faits et Bonnes mœurs de Char-
les V, le i'^'' janvier 1405, les Sept Psaumes, le
i^"" janvier 1410; il reçut encore plus tard, les Faits
d'Armes et de Chevalerie^ le i" janvier 141 3, et le
Livre de la Paix le i'^'' janvier 141 4 ; sa riche biblio-
thèque renfermait aussi un exemplaire distinct de
VÉpitre d^Othêa et le livre de la Cité des Da?nes ' ;
Christine lui avait donc offert successivement presque
tous ses ouvrages.
Le précieux ms., dont nous avons reconstitué l'en-
semble, fut recueilli dans la succession du duc de
Berry (inventaire de 14 16), par sa fille Marie, épouse
de Jean P"" duc de Bourbon; cette princesse, très
versée dans l'étude des lettres, conserva de la su-
perbe collection de son père 41 mss. qui lui furent
attribués pour une somme de 2,5oo liv. ^; on estima
bo liv. l'exemplaire des œuvres de Christine. Notre ms.
prit désormais place dans la librairie que les ducs de
Bourbon avaient installée dans leur château de Mou-
lins, et pendant tout le xv^ siècle resta entre les mains
de ces princes qui se distinguèrent autant par la no-
blesse de leur race que par leur goût des livres
et les encouragements qu'ils aimaient à donner
aux savants leurs contemporains. En i523 lors-
que François l"^"" fit saisir les biens du connétable de
1. Fonds français, n" 607.
2. Voy. Deiisle, le Cabinet des manuscrits, I, 167.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XI
Bourbon, on dressa l'inventaire de la librairie de
Moulins. Un commissaire du roi, Pierre Antoine, en
constata l'état le 19 septembre i523 et se servit à cet
effet d'anciens inventaires qui lui furent communiqués
par Mathieu Espinete, chanoine de Moulins, commis
à la garde des livres du duc de Bourbon. Parmi les
nombreux mss. qui ornaient cette riche bibliothèque,
nous trouvons sous la rubrique suivante (correspon-
dant justement à la date des mentions inscrites sur les
feuillets de garde des volumes et que nous avons si-
gnalées plus haut;, une description détaillée et exacte
des œuvres comprises dans les divers fragments qui
formaient à l'origine le ms. offert par Christine au
duc de Berry.
« Ce sont les livres qui ont été restituez et aportez de
Paris l'an M. Vc X, C'est assavoir :
— Ung volume ou a cent ballades, plusieurs laiz et vi-
relay, l'espitre au dieu d'amours, le débat des deux amans,
les troys jugemens, le dit de Poissy, les espitres sur le rom-
mant de la Roze, en parchemin, à la main.
— Ung autre ou est le livre du chemin de long estude,
les ditz de la Pastour, une belle oraison de Sainct Gre-
goires, et le livre du duc des vraiz amans, en parchemin,
a la main.
— Ung autre volume contenant les troys livres de la cité
des Dames, en parchemin, à la main (ms. indiqué à l'inven-
taire du duc de Berry, n« 293, auj. f. fr. 607.)
— Ung autre volume des espitres que Othea déesse de pru-
dence envoya a Hector de Troye, en parchemin, a la main.
— Ung autre volume ou est écrit le livre de Prudence, les
proverbes moraulx, une espitre a la Roync de France, une
autre a Eustace Morel, en parchemin, a la main.
XII INTRODUCTION
Lesdits cinq livres sont touz couvers de veloux rouge et
tenné, garnys de fermaus de leton, de boulhons et carrées ».
(Inventaire des livres qui sont en la librairie du chasteaii
de Molins. ig sept. i523. — Bibl. Nat. coll. Dupuy ; vol.
438. — Publié par M. Le Roux de Lincy, Paris, i85o, dans
les Mélanges de la Société des bibliophiles français. —
Réimprimé par M. Ghazaud à la suite des Enseignements
d'Anne de France. Moulins, 1878, in-4°, p. 255-6).
Ces mss. furent ensuite transportés au château de
Fontainebleau ou François P"^ se glorifiait d'avoir
formé une des collections les plus considérables de
l'Europe. La Bibliothèque du Roi revint à Paris à la
fin du règne de Charles IX ; notre ms. y est conservé
depuis cette époque, il figure en effet dans les inven-
taires de 1620 (Rigault) sous les cotes ôgS, 672, 673 ;
de 1645 (Dupuy) comme portant les n°^ 408,409,
466, 862, et enfin dans le catalogue de 1682 sous les
n°^ 7088, 7089, 7216, 7217.
A^ — Musée britannique, Harl. 4431 . — Ornée de
riches miniatures et d'une exécution très soignée, cette
belle copie a été préparée pour être offerte à la reine
Isabelle de Bavière, comme le témoigne la Dédicace
de Christine de Pisan. Il est probable qu'à l'époque
des malheurs qui affligèrent la France au xv^ siècle ce
ms. fut transporté en Angleterre. Une mention ins-
crite sur un feuillet de garde permet de constater
qu'au xvii' siècle il faisait partie de la collection du
duc de Newcastle; cette indication est ainsi conçue
« Henry Duke of Newcastle, his booke, 1676. » Le
volume renferme 398 feuillets et est illustré de su-
DESCRIPTION DES MANUSCRITS Xlll
perbes miniatures '. Ce bel exemplaire est d'un grand
prix en raison de son origine, de sa richesse e;
de la qualité de son texte, mais ce qui lui donne
surtout une valeur exceptionnelle, c'est qu'il ren-
ferme un certain nombre de poésies qui n'existent
pas dans les divers mss. des dépôts publics de notre
pays-, il nous fournit le texte de cinq nouvelles balla-
des et de quatre rondeaux, plus une complainte
amoureuse inconnue jusqu'ici; il contient, en outre,
un poème tout entier intitulé « Cent balades d'Amant
et de Dame », véritable peinture des impressions déli-
cates et variées de deux amoureux dont les sentiments
sont tracés avec beaucoup de grâce et d'expression.
Cette œuvre assez considérable a dû être composée
uniquement pour la reine Isabelle de Bavière, ainsi
que peuvent le laisser supposer quelques mots de la
Dédicace et de la première ballade ^'. Ce recueil de
ballades n'est mentionné dans aucune des publica-
1. Voy. Bibliographe)''' s Decameron, par Rev. T. F. Dibdin, Lon-
don, 1817, p. 134. — Schaw. Dresses and Décorations of the
Middle Age, London, 1843; et The lUuminator's Magasine, 1862,
n"s 8 et 9.
2. Voy. vers 5o à 60 de la Dédicace à la reine Isabelle et le pas-
sage suivant des « Cent Balades d'amant et de dame » :
Quoy que n'eusse corage ne pensée
Quant a présent de dits amoureux faire,
Car autre part adès suis a pensée,
Par le command de personne, qui plaire
Doit bien a tous, ay empris a parfaire
D'un amoureux et sa dame ensement,
Pour obeïr a autrui et complaire,
Cent balades d'amoureux sentement.
XIV INTRODUCTION
tions qui comprennent l'énumération des composi-
tions poétiques de Christine de Pisan et nous serons
heureux d'en offrir la primeur dans Tun des volumes
suivants. Nous donnons dès à présent la Dédicace à la
reine Isabelle :
1 RÉs excellent, de grant haultesse
Couronne'e, poissant princesse,
Tre's noble royne de France,
4 Le corps enclin vers vous m'adresce
En saluant par grant humbiece ;
Pry Dieu qu'il vous tiengne en souffrance
Lonc temps vive, et après Toultrance
8 De la mort vous doint la richece
De Paradis, qui point ne cesse,
Et au monde sanz decevrance
Paix, joye et toute recouvrance
12 De quanqu'il affiert a leece.
Haulte dame, en qui sont tous biens,
Et ma très souvraine, je viens
Vers vous, comme vo créature,
i6 Pour ce livre cy que je tiens
Vous présenter, ou il n'a riens,
En histoire n'en escripture.
Que n'aye en ma pensée pure
20 Pris ou stile que je détiens
Du seul sentement que retiens
Des dons de Dieu et de nature,
Quoy que mainte aultre créature
24 En ait plus en fait et maintiens.
Et sont ou volume compris
Plusieurs livres es quieulx j'ay pris
A parler en maintes manières
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XV
28 Differens, et pour ce l'empris
Que on en devient plus appris
D'oyr de diverses matières,
Unes pesans, aultres legieres,
32 A qui se delitte ou pourpris
Des livres, qui maint ont en pris
Fait monter et prendre manières
Belles; si doit on avoir chieres
36 Escriptures, non en despris.
Car, si que les sages tesmoignent
En leurs escrips, les gens qui songnent
De lire en livres voulentiers,
40 Ne peut qu'aucunement n'eslongnent
Ygnorence, que ceulx ressongnent
Qui de sens suivent les sentiers,
Si en valent mieulx ceulx le tiers,
44 Voire plus qui s'en embesongnent
Et qui la peine ne ressongnent
D'apprendre, il n'est si beaulx mestiers
Ne qui face gens si entiers,
48 Quoy que les folz, peut estre, en grongnent
Si l'ay fait, ma dame, ordener
Depuis que je sceus qu'assener
Le devoye a vous, si qu'ay sceu
52 Tout au mieulx et le parfiner
D'escripre et bien enluminer.
Dés que vo command en receu,
Selons qu'en mon cuer j'ay conceu
56 Qu'il faloit des c'noses iiner
Pour bien richement l'affiner
A fin que fust apperceli
Que je mets pouoir, force et sceu,
60 Pour vo bon vueil entériner.
XVI INTRODUCTION
Dont VOUS plaise, très haulte et digne,
Le prendre en gre', tout soye indigne
Que mon euvre estre présentée
64 Vous doye, mais vostre bénigne
Condicion qui ne décline
D'umilité, très redoubte'e
Dame, tout soiez hault montée,
68 Ne vous seufFre en fait ne en signe
Que ne soyez, comme royne
Doit estre, humaine et arrestée;
Et pour ce ne me suis doubtée
72 Que vous l'ayés a ce termine.
De mon labour et lonc travail
Du livre que mes en vo bail,
Qui contient grant euvre et pénible,
76 Combien que peut estre g'y fail
En maint lieux parce que je vail
Trop pou en sens, bien est possible.
Ne vueillez pas, dame sensible,
80 Pour tant prendre garde au defFail,
Mais a ce que je me travail
Voulentiers de ce que possible
M'est a faire en chose loisible,
84 Qu'a haulte gent voulentiers bail.
Si suppli en conclusion,
Haulte dame d'atraction
D'empereurs de digne mémoire,
88 Qu'en bénigne devocion
Vous plaise mon entencion
Prendre en gré, qui loyale et voire
Est et sera, et si notoire
92 Geste mienne posicion
Vous soit qu'a tousjours mencion
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XVI!
Soit de moy en vostre mémoire.
Si que vostre grâce m'avoire
96 Qu'aye's a moy affection.
Le ms. du Musée Britannique contient les mêmes
formes de langue que nous rencontrons dans le ms,
de la Bibl. Nat. Comme ce dernier il renferme
5o ballades « de divers propos », tandis que 29 seule-
ment se trouvent dans les autres mss.; de plus il n'ap-
porte pour ainsi dire pas de variantes au texte du ms.
que nous avons reconstitué plus haut et paraît avoir
été confectionné sur le même plan ou d'après les mêmes
documents, mais à une époque un peu postérieure. Il
contient en effet des oeuvres qui ne se trouvent pas
dans le ms. du duc de Berry, à côté duquel nous le
jugeons cependant digne à tous égards de prendre
place.
Toutefois, malgré les avantages que peut offrir le ms.
du Musée britannique, nous n'avons pas eu d'hésita-
tion pour adopter dans cette édition le texte du ms.
du duc de Berry et lui donner la préférence pour tou-
tes les poésies qu'il renferme. Il est facile du reste
d'invoquer en sa faveur les meilleures considérations,
tirées non seulement de son origine bien établie, mais
surtout de l'excellence de son texte. Enfin une der-
nière raison, et elle a bien son importance, il est de
tous les mss. que nous ayons retrouvés, celui qui
se rapproche le plus de la date de composition des
différentes pièces dont il donne le texte ^
r. La confection du ms. du Musée britannique ne peut en au-
T. I. b
XVIII INTRODUCTION
Ce ne sera donc que pour mémoire, et afin d'établir
une généalogie complète, que nous signalerons les
mss. suivants, exécutés vers le milieu du xv"^ siècle et
bien inférieurs sous tous les rapports aux deux mss.
précédents :
BK — Le ms. 604 du fonds français, sur vélin,
très volumineux (3 1 4 feuillets), mais incomplet de plu-
sieurs feuillets, contient la plus grande partie des
œuvres poétiques de Christine ; cependant sa prépa-
ration est restée inachevée, la place des miniatures
est en blanc et les lettres initiales, destinées à recevoir
une ornementation, ne sont même pas indiquées ^ Il
était coté dans l'ancien fonds (Inventaire de 1682)
sous le n° 7087-, et provenait de la collection De La
Mare n° 4i3.
B'. — Le ms, 12779 (174 feuillets), à peu près de
cune façon être considérée comme antérieure à celle du ms. du duc
de Berry. Ces recueils contiennent tous deux les Epîtres sur le
Roman de la Rose renfermant une pièce datée de la fin de
l'année 1407, or nous avons vu que notre ms., figurant à l'inven-
taire de 141 3, a dû être composé entre cette dernière date et 1408,
on pourrait tout au plus admettre que les deux mss. sont absolu-
ment contemporains, mais comme Je ms. de Londres se trouve
complété de diverses poésies nouvelles, il est logique d'en inférer
qu'il est plus jeune de quelques années que son frère de la Bibl.
Nat. iVoy. plus loin ce que nous disons au sujet des ballades de
divers propos. Autres Balades % vu, p. xxxvr.l
I. C'est d'après ce ms. inférieur que M. Guichard a donné le
texte des Cent Ballades dans le Journal des savants de Normandie
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XIX
la même époque que le précédent^ mais plutôt de la
seconde moitié du xv^ siècle, ne présente pas grand
intérêt; défectueux de quelques feuillets, il renferme
des miniatures très médiocres. Il a appartenu à La
Curne de Sainte-Palaye qui en fit faire deux copies,
l'une conservée aujourd'hui à la Bibliothèque de
l'Arsenal sous le n° 3295 (provenant de la collection
Mouchet, n° 6), et l'autre à la Bibl. Nat. Fonds Mo-
reau, 1686 (Mouchet, n° 8).
B^. — Nous devons indiquer en même temps un
autre ms. faisant partie de la même famille, et déposé
par M. le comte de Toustain chez MM. Morgand et
Fatout, libraires \ Il contient en deux volumes pres-
que toutes les poésies de Christine, mais il est abso-
lument identique pour le texte aux mss. 604 et 12779.
Nous ferons également remarquer que ce ms. porte,
comme ses deux contemporains de la Bibl. nat., la
rubrique suivante inscrite sur la feuille de garde :
« Cy commencent les rebriches de la table de ce
présent volume, fait et compilé par Christine de Pisan,
demoiselle, commencié l'an de grâce Mil c.c.c. iiij
XX xix, Eschevé et escript en Tan Mil quatre cens et
deux, la veille de la nativité Saint Jean-Baptiste. »
Cette mention, qui ne peut se rapporter qu"'à la
(année 1844, p. 371 et s.). Cette publication est, en outre, parse-
mée de fautes ou de mauvaises lectures.
I. Voir le Répertoire général de la librairie Morgand et Fatout,
1882, p. 190 (no 1482).
XX INTRODUCTION
date de composition des premières poésies conte-
nues dans ces trois mss., nous fournit une indica-
tion certaine pour établir la parenté rapprochée qui
existe entre eux. Cette alliance se manifeste sous bien
d'autres rapports. Nous en trouvons la preuve dans
Tordre identique suivi pour la transcription des diffé-
rentes pièces, dans le nombre des ballades de divers
pr'opos qui est le même dans les trois mss., dans la
forme orthographique des mots, dans la similitude
des variantes, et enfin dans certaines lacunes et quel-
ques vers faux qui se trouvent rectifiés dans les
mss. A. ^
Ces divers rapprochements nous ont permis de re-
constituer dans le tableau suivant la généalogie pro-
bable des mss. contenant les œuvres que nous publions
dans ce premier volume :
ORIGINAL
I. Voici quelques renvois qui prouvent en faveur de l'excellence
du texte donné par la famille A :
Ainsi les vers suivants manquent dans la fa-nille B : Cent Bal-
lades, XI vers 22 à 25, XXIX v. 12 et 21, LXXII v. 22 à 2b; Vi-
relais, IX V. 10 ; /«r Lai, v. 73 et 74, 77, 208, 21 3, 241; //« Lai,
v. 55, 61, 74 à 76, 212; etc.
De plus, les vers indiqués ci-dessous se trouvent justes dans A
tandis qu'ils sont faux dans B : Cent Ballades, III vers 5, XV v. 16,
XX v. 7, XXIX V. 3, XXXVIII v, i3, XLIX v. 18; Virelais, XIII
v. 5; Autres Ballades, VI v. 6, XII v. 6, etc.
Nous pourrions multiplier les exemples, mais ces indications
nous semblent suffisantes pour édifier le lecteur.
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XXI
Les quelques indications données plus haut sur la
disposition des différentes œuvres d'après les familles
de manuscrits et sur le nombre variable des compo-
sitions, principalement des ballades de divers propos ,
ressortiront plus clairement encore des deux tableaux
ci-joints, qui seront en même temps les meilleures
pièces justificatives de la généalogie que nous venons
d'établir.
XXII
INTRODUCTION
«2
Sx
SX
Oi
5 -a
D Di
g H S: 3
« - s w
H Q " o«
S M u 5
^W -1 -! 2
lin
S
cq
B
05
^
to
V3
O
03 «
H >
03 s <
I I I
c -i
o — -
I I
'> <
2 .- u w
E -^ «a
'■^ 3 <
cT o O -i
5 J S Z
in "-'
I I
I 1 ^
3 "a
o o -
-« 2 ^'^
< m c ?*
23g -5
<
'a
0 ^ —
3
Oj
c 0
<
os
1-
5
0
0
^
3
M
&
<
3
OS
*^ "^ =
s
<
H
o-a 3
0
U
bl
3
u
z
«
0
u
z
ai
<!
Z
td
° n "
D
w>w i::^
3
(zl
3^ > 23
S ca 3 = <«
Ci 3 g — > a
„ "= 5
'J^ J
o i^
I I I M
co cri o -
J 2
O
> :::i X X X X x
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
XXllI
. Z
i °
s z 5
Soi s s
I
Z O*
I l-o
acû
::^
I II I'
Mil
ce
Q s s os
H
>W o
H
Q
1-^
•r. -*"
'7\
fil
1
-1 J
1 Q
v-3
1
S a g <:
S 2 E • "
•a
!/; -' r
.^ «
o w
5 id ^
p t/1 ^
eu s
u w -
J ^ o
a
I I
a o
a
U « M
j O -=
H
a
<
-n
û.
0!
23 •
*-*
N
>
H
u
_i
J
CJ
H S
•3
c
W
■a:
,'",Q
<ii
J
J
^ w
-yw
« a.
0- J
> >
> > ^ xi
5^ >>> >-x
XX XXX XXX
~ Ç^ 53
- . ^ OJ 3
0) § C ^
C s -y) « s
?i ?; = o o
cti « m 5 ^
^1- — -J o ^^
r- C 3 '' •-
5 c O = «J
."' o UT3 >
3 -n ,^ .^ «
Q" ^ *-• ^ t-
h E o g g
.- u — 1) O
XXIV
INTRODUCTION
TABLEAU PRÉSENTANT LA CONCORDANCE
DES BALLADES DE DIVERS PROPOS
SELON LES FAMILLES DE MANUSCRITS A KV B
NOS des
Ballades dans
la présente
édition.
I. -
II. —
lli. -
IV. —
V. —
VI. —
VII. —
VIII. -
IX. —
X. —
XI. —
XII. —
XIII. —
XIV. —
XV. —
XVI. —
XVII. —
XVUi. —
XIX. —
XX. —
XXI. —
XXII. —
XXIII. —
XXIV. —
XXV. —
XXVI. -
XXVII. —
XXVIII. —
XXIX. —
XXX. —
XXXI. —
XXXII. —
XXXIII. —
XXXIV
à
LUI.
REFRAINS DES BALLADES
N«5 des M" des
Ballades Ballades
dans la dans la
famille A. famille B.
Car qui est bon doit estre appelle riche. i
Si com tous vaillans doivent estre 2
Et Dieux vous doinl leur bon droit
soustenir 3
Et honneur en toutes querelles 4
Avisons nous qu'il nousconvient mori?. 5
Ne les princes ne les daignent entendre. 6
Car de Juno n'ay je nul reconfort 7
Il veult trestout quanque je vueil S
Amours le veult et la saison le doit... g
Amours le veult et la saison le doit. , . 10
Assez louer, ma redoublée dame 11
Si qu'a tousjours en soit mémoire 12
Vous semble il que ce fausseté soit ?.. . 1 3
Juno me het et meseûr me nuit. 14
Se Dieu et vous ne la prenez en cure.. i5
Ce premier jour que l'an se renouvelle. »
N'on n'en pourroit assez mesdire 16
Ce jour de l'an, ma redoublée dame. .. 17
Ce jour de Tan vous soiez estrené i<S
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel. IQ
Si le vueilliez recepvoir pour estreine. 20
Si le vueilliez, noble duc, recevoir 21
II) Aime le ; si feras que sage »
Failles voz faiz a voz ditz accorder.. ,.
Le corps s'en va, mais le cuer vous de- 22
meure
Fleur de printemps, muguet et fleur 23
d'amours 24
Et certes le doulz m'aime bien 25
■ Et ce vous fait a tout le monde plaire. 26
• En ce jolis plaisant doulz moys de May. »
De hault honneur et de chevalerie 27
■ Sera retrait de leur haulte vaillance. ... 28
On vous doit bien de lorier couronner. 2g
A pou que mon cuer ne font i 3o
D'entreprendre armes et peine 3'
Ces ballades existent seulement dans les ^2 à 5o
iiïss. de la famille A et suivant un or-
dre identique; remarquons en outre,
que l'écriture de A" se modifie d'une 5o
jacon très sensible à partir de la bal-
lade XL (fol. 41 V.J
9
10
1 1
12
i3
14
ib
16
17
i8
19
»
20
21
24
2b
26
27
28
»
29
29
(1) Cette ballade se trouve dans A sous
brique « Balades d'estr ange façon ».
DESCRIPTION DES MANUSCRITS XXV
L'ordre dans lequel nous donnons les poésies de
Christine de Pisan est sensiblement le même que celui
adopté dans tous les mss. ; nous avons d'ailleurs suivi
exactement la disposition du ms. du duc de Berry, il
nous a été seulement indispensable d'intercaler les
pièces nouvelles heureusement retrouvées dans le ms.
du Musée britannique, et de faire un simple rappro-
chement nécessaire à la composition du cadre du
volume ^
Les petites poésies reproduites dans les pages qui
suivent forment le début de la carrière poétique de
Christine, encore tout émue de son veuvage pré-
maturé. Elles ont établi sa réputation en lui atti-
rant de puissants protecteurs tels que la reine Isabelle
de Bavière^ le duc de Berry, la duchesse de Bourbon ;
le duc d'Orléans; Philippe le Bon, duc de Bourgogne;
Charles d'Albret, connétable de France, etc. Leur
place en tête de cette édition était donc tout indiquée.
Nous allons du reste passer en revue les différentes
œuvres contenues dans notre premier volume et es-
quisser rapidement l'impression que nous a produite
leur lecture.
I. C'est ainsi que nous avons dû réunir à la fin du volume les
deux Complaintes amoureuses, bien que la première de ces com-
plaintes soit placée dans le ms. du duc de Berry après VEpitve au
dieu d'amours.
XXVI INTRODUCTION
I. — CENT BALLADES
Les Cent Ballades doivent être considérées comme
les premiers essais de Christine. Elles ne sont cer-
tainement pas postérieures aux rondeaux et autres
petites pièces que Fauteur a composées dans sa jeu-
nesse ; d'ailleurs dans tous les mss. elles occu-
pent le premier rang. Rassemblées à la prière d'un
ami resté inconnu (voy. ballade C) les ballades qui
forment ce recueil traitent de sujets forts différents et
paraissent avoir été inspirées à des époques diverses
ou tout au moins à des intervalles de temps assez
notables. Car la date de la mort d'Etienne du Castel
étant connue i, il a été possible de fixer d'une façon
précise l'époque de la composition de deux ballades,
en premier lieu la ballade IX, écrite cinq ans après
la mort de l'époux regretté, c'est-à-dire en 1 394, puis
la ballade XX, par laquelle nous apprenons que le
cœur de la veuve n'a éprouvé aucune impression de
joie depuis près de dix ans, ce qui permet d'assigner
I. Il y a lieu d'adopter, selon toute vraisemblance, l'année iS^g
comme celle de la mort d'Etienne du Castel. Au commencement
de son livre du Chemin de long estude, Christine nous apprend
en effet que son deuil remonte à environ i3 ans, et comme un peu
plus loin elle ajoute qu'elle a commencé à écrire ce pocme au mois
d'octobre 1402, la date de iSSg s'obtient logiquement de ce sim-
ple rapprochement.
(. — CENT BALLADES XXVIT
à cette pièce la date de 1099. Nous pensons donc
que c'est dans un intervalle d'au moins cinq ou six
années qu'ont dû être composés la plupart de ces
morceaux poétiques. Il était d'ailleurs d'usage à cette
époque de réunir ainsi des pièces détachées, inspirées
dans les circonstances les plus diverses et traduisant
les impressions les plus opposées. On les rassemblait
en nombre suffisant pour former un livre sous la ru-
brique « Cent Ballades ». C'est ainsi que la cour
d'amour de Louis d'Orléans nous a donné le livre
des Cent Ballades ^, et que notre poète lui-même,
comme nous l'avons annoncé plus haut, a désigné
sous un titre analogue ses Ballades « d'' Amant et de
Dame » .
Dès les premiers vers Christine nous prévient qu'elle
cède à de pressantes sollicitations et que ses poésies
refléteront la douleur qui s'est emparée d'elle depuis
la mort de celui en qui consistait tout son bonheur;
« Seiilette » , tel est l'écho de ses vers !
Les premières ballades sont en effet empreintes de
la plus profonde tristesse, et l'auteur semble se com-
plaire à retracer longuement ses regrets amers et son
désespoir, mais à partir de la vingt-et-unième ballade'
la veuve éplorée, s'abandonnant à des inspirations
plus séduisantes, élève ses pensées vers les régions de
l'amour le plus pur, et peint avec une exquise sensi-
bilité les sentiments si divers qui peuvent agiter les
I. Le livre des Cent Ballades, publié par M. le marquis de Queux
de Saint-Hilaire. Paris, 1868.
XXVIII INTRODUCTION
cœurs de ceux qui ont aimé ou qui aiment encore.
Christine révèle dans cette poésie toute la richesse
de son talent et de son art des développements ; elle
déploie ses pensées en modulations infinies, et exprime
sous les formes les plus variées les effets d'un même
sentiment ; vingt fois elle refait chaque pièce sans se
répéter, et les ballades se succèdent, traduisant sans
cesse la même idée, et cependant ce sont toujours
des ballades nouvelles.
Ces impressions sont touchantes de vérité et de
simplicité, mais nous ne pouvons y voir, comme l'a
supposé M. Paulin Paris \ l'image des sentiments
personnels de l'auteur. Car l'aimable poète a pris soin
lui-même de nous prévenir contre toute pensée de ce
genre. Ne fallait-il pas d'ailleurs expliquer l'étrange
contraste que produisent ces chants d'amour succé-
dant à des cris d'infortune et de douleur ?
La ballade L doit faire disparaître les moindres
doutes, Christine y fait allusion à ses scrupules et
s'excuse de traiter de sujets d'amours qui paraissent
se rapporter à elle, craignant que ce ne soit un motif
d'insinuations malveillantes ^\ elle ajoute que ces pen-
sées n'ont nullement les tendances que l'on pourrait
supposer; car, bien que de grands seigneurs aient
1. Voy. Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, V, p. i52
et i53.
2. Les diftérentes pièces des Cent Ballades doivent être considé-
rées essentiellement comme des jeux d'esprit et de sentiment. Il
est possible que certaines d'entre elles traduisent les impressions
ressenties par quelques personnages de l'époque ou aient été com-
I. — CENT BALLADES XXIX
montré pour elle de Taffection, son cœur ne ressent
aucune impression d'amour ni de dépit, elle fait d'ail-
leurs appel, dans le refrain de sa ballade, au jugement
de « tous sages ditteurs » . Plus loin (ballade C) la
même préoccupation se traduit encore dans ses deux
vers :
Qu'on le tiengne a esbatement
Sans y gloser mauvaisement.
Le soin que la célèbre femme met à défendre sa
réputation pourrait, jusqu'à un certain point, paraître
exagéré, si Ton ne tenait justement compte des récri-
minations violentes qu'avait dû susciter son ardente
polémique contre l'œuvre la plus estimée et la plus
admirée de son époque, le Roman de la Rose.
Celle qui excellait à retracer dans ses vers la défense
de l'honneur des femmes et la louange de leurs ver-
tus ^, devait bien être jalouse pour elle-même de
semblables éloges. N'avait-elle pas d'ailleurs le droit
de dissiper les moindres doutes qui auraient pu planer
sur son veuvage irréprochable et d'étouffer à l'avance
les calomnies de ses adversaires ? C'est, comme nous
le verrons par la suite, la préoccupation constante
posées à l'intention de seigneurs familiers de la cour de Charles Vf,
mais la révélation de l'auteur à la ballade C
Ne les ay failles pour mérites
Avoir ne aucun paiement
nous interdit de penser qu'il ait pu transformer son talent en offi-
cine de compliments et de complaintes favorables à des intrigues
amoureuses.
1. Voy. VEpitre au dieu d'amours, le Dit de la Rose,... etc..
XXX INTRODUCTION
d'une vie pleine de candeur que tous les historiens se
sont accordés à nous représenter comme le modèle
de la douce et simple vertu.
Les pensées d'amour ne forment pas exclusivement
les sujets de toutes les ballades de Christine de Pisan.
On trouve parsemées çà et là les idées les plus di-
verses, et l'auteur sait varier avec un art accompli
l'expression et le tour de ses poésies : ici le sentiment
des tristesses produites par la maladie (Bail. XLIII),
là réloge finement ironique d'un personnage con-
temporain (Bail. LVIII), puis une dissertation sur
les qualités des bons chevaliers (Bail. LXIV), plus
loin une pièce satirique contre les maris jaloux
(Bail. LXXVIII). Mentionnons encore, en raison de
leur mérite et de leur originalité, la louange d'un
grand chevalier (Bail. XCII), les angoisses causées
par la maladie du roi Charles VI (Bail. XCV), enfin
l'aspiration à la félicité éternelle (Bail. XCIX), comme
placée en opposition avec les sentiments les plus dé-
licats d'amour et de bonheur que l'on puisse éprouver
sur cette terre.
II. — VIRELAIS
Les virelais, au nombre de i6, n'ont pas le même
mérite que les ballades. Il importe cependant de si-
gnaler le premier qui traduit heureusement les efforts
m, BALLADES D ETRANGES FAÇONS. — IV. LAIS XAXl
pénibles du poète pour dissimuler sa douleur, et le
dixième qui nous offre une jolie pièce sur la Saint-
Valentin.
Enfin, notons également le virelai XV parce qu'il
fournit quelques indications sur le sentiment et Tobjet
de ces diverses compositions. Christine y constate de
nouveau que ses poésies sont souvent l'expression de
ses pensées d'amertume et de regrets, mais elle ajoute
que, si on lui donne mission de traduire les impressions
des autres, il lui faut improviser des sentiments oppo-
sés, et qu'alors, pour alléger un peu sa douleur, elle
compose des pièces qui reflètent généralement la joie
et le bonheur.
m. — BALLADES D ÉTRANGES FAÇONS
Ces quatre ballades ont été préparées suivant le
goût et la mode de Tépoque. Elles n'ont d'autre mérite
que celui de la difficulté vaincue.
IV. — LAIS
Les deux compositions que Christine nous donne
SOUS forme de lais ne présentent aucun caractère
XXXII INTRODUCTION
particulier qui puisse nous permettre de leur assigner
une date quelconque ou de supposer avec la moindre
apparence de vraisemblance les motifs possibles de
leur confection.
Nous n'y remarquons qu'un nouveau mode de
poésie d'un genre encore inconnu à notre poète, et
sur lequel il a voulu exercer la verve de son talent
en se conformant d'une façon générale aux principes
exposés par Eustache Deschamps dans son « A?'t de
dictier et de fere chançons, balades, virelais et
rondeaux ^ » et en montrant son habileté à assem-
bler les rimes léonines.
Malheureusement, les règles étroites auxquelles se
trouve assujettie la diction de l'auteur ont pour in-
convénient d'obscurcir fortement la pensée et de ne
laisser entrevoir le plus souvent qu'un sens à peine
intelligible. Car il serait assez difficile de déterminer
exactement la raison d'être du premier lai dont le
sujet réside tout entier dans une éloge vague de l'a-
mour en général.
Le second lai a pour objet la louange intarissable
d'un parfait gentilhomme; l'allure du poète est ici
plus dégagée, plus précise, sa pensée devient plus
claire, la strophe lyrique prend en même temps une
forme plus nette, plus harmonieuse, et l'on y trouve
des réminiscences de la littérature classique parmi
I. Voy. Poésies d' Eustache Deschamps, éd. Crapelet, p. 278.
M . de Queux de Saint-Hilaire a reproduit dans son édition le pas-
sage relatif aux Lais, t. II, p. 337.
RONDEAUX
XXXIII
lesquelles nous devons surtout signaler une longue
exposition d'impossibilités évidemment inspirée des
auteurs anciens. (Voy. Virgile, Egl. I.)
RONDEAUX
Ces rondeaux sont au nombre de 69; le recueil
débute, comme les Cent Ballades, par l'expression de
la douleur et des regrets de Christine, qui fait remon-
ter son deuil à sept années, ce qui nous a permis de
donner au premier rondeau la date de iSgô. Notre
poète commença donc la composition de ses rondeaux
deux ou trois ans seulement après avoir écrit ses
premières ballades, et poursuivit la confection de ces
jolis morceaux parallèlement à celle des Cent Ballades
et de la plupart de ses petites poésies.
Jusqu'au rondeau VIIÏ nous voyons Christine s'a-
bandonner à sa douleur ; mais plus loin, craignant
sans doute de fatiguer le lecteur par la monotonie d^un
sujet aussi triste, elle fait un effort sur elle-même, et,
comme elle l'exprime si bien dans le rondeau XI, il
lui faut désormais « de triste ciier chanter joyeuse-
ment ».
A partir de ce moment se succèdent en effet les
peintures des sentiments multiples auxquels peuvent
donner lieu les différentes formes de Tamour. Inutile
d'insister à nouveau sur le mobile de ces compositions
T. I c
XXXIV INTRODUCTION
légères, nous savons depuis longtemps que nous ne
devons y voir que des jeux d'esprit et de sentiment.
Mais on nous permettra toutefois de recommander le
mérite de ces petites poésies si remarquables par leur
douce nîonotonie et leur finesse d'expression, et où
la grâce, s'alliant à une harmonie parfaite, révèle
toutes les délicatesses de la femme sentimentale que
devait être Christine.
VI. — JEUX A VENDRE
Ces gracieux petits morceaux servaient de distrac-
tion et d'amusement à la meilleure société des xiv^ et
xv^ siècles. Une dame lançait à un gentilhomme ou
un gentilhomme lançait à une dame le nom d'une
fleur, d'un objet quelconque, et la personne interpellée
devait à l'instant même et sans hésitation répondre
par un compliment ou une épigramme rimes-, c'était
un véritable assaut d'esprit et d'à-propos tout à fait
conforme au caractère vif et enjoué de l'époque. Aussi
ne faut-il nullement s'étonner si ce genre de distrac-
tion, qui nous paraîtrait aujourd'hui un peu fastidieux,
obtint rapidement un grand succès de vogue ^, et si
I. Les mss. du xve siècle en fournissent b témoignage. Voy.
notamment un ms. contenant i8o couplets de ventes d'amour et
appartenant à Monseigneur le duc d'Aumak, un autre ms. de ia
vil. — AUTRES BALLADES XXXV
Christine elle-même crut devoir satisfaire à la mode
en accroissant avec son abondance habituelle un ré-
pertoire d'ailleurs facile à étendre à l'infini. Elle ne
composa pas moins de 70 jeux à vendre.
Le succès de ces devises de société alla grandissant
jusqu'à la fin du xvi"^ siècle, comme on peut en juger
par les nombreuses éditions de ventes d'amour qui
se succédèrent depuis la découverte de l'imprimerie ^
Plus tard, la poésie populaire en conserva seule la
tradition jusqu'à nos jours, et particulièrement en
Lorraine , sous l'ancien nom de daiemanîs ou
dây'mans ^. Ajoutons que certains jeux enfantins,
comme les Boîtes d'amourette et le Gorbillon, rap-
pellent encore aujourd'hui les récréations de nos pères.
VII. — AUTRES BALLADES
Les pièces suivantes, comprises sous la rubrique
de « Balades de divers propos » sont dignes des
même époque conservé à la bibliothèque d'Epinal sous le n" ibg,
et un recueil de poésies françaises à Westminster Abbey, signalé
par M. Paul Meyer dans le Bulletin de la Société des Anciens Textes,
1875, p. 25.
1. Voy. dans le Bulletin de la librairie Morgand et Fatout,
n" 7866, l'iniéressante notice de M. E. Picot.
2. Voy. sur cet usage Mélusine, I, col. 570, et II, col. 327, et
Les Chants populaires de la Provence, publiés par M. Damasc Ar-
baud, I, p. 220.
XXXVI INTRODUCTJON
meilleures poésies du recueil des Cent Ballades ; leur
nombre s'élève à 53. Toutefois lesmss. de la famille B
n'en contiennent que 29 \ seuls, comme nous l'avons
déjà dit, les mss. ^1' et A- fournissent le complément.
Il est utile de faire également remarquer que dans
A\ à partir de la ballade XL (fol. 41^°), l'écriture se
modifie d'une façon très apparente et n'est plus évi-
demment tracée par la même main. L'orthographe et
la forme des mots subissent en même temps une trans-
formation contraire aux règles suivies jusqu'ici par
le scribe du ms. Les nouvelles leçons de graphie affec-
tent la forme qui leur est donnée dans les mss. B^
copiés à une époque certainement postérieure. Ce qui
paraîtrait démontrer que ces dernières pièces ont été
composées plus tard et transcrites après coup sur des
feuillets laissés en blanc. Le ms. Harley du Musée
britannique, qui contient un plus grand nombre de
ballades que tous les autres mss,, renferme deux feuil-
lets blancs préparés pour recevoir de nouvelles com-
positions. Du reste les différentes ballades rassemblées
sous le présent titre ne constituent nullement un re-
cueil composé d'avance et dans lequel on puisse re-
connaître un certain ordre. La diversité des sujets
traités, l'absence complète de tout lien, de toute tran-
sition, autorisent, au contraire, à penser que ces bal-
lades ont été écrites à des époques assez éloignées les
unes des autres, suivant un peu le cours des événe-^
ments contemporains qui forment d'ailleurs le thème
de quelques-unes d'entre elles et permettent ainsi de
leur assigner une date certaine. L'ordre chronologique
vu. — AUTRES BALLADES XXXVII
nous paraît avoir été généralement suivi, et c'est pour
ce motif que le ms. Harley, le plus récent, à notre
avis, qui ait été copié directement sur des originaux,
renferme sous la rubrique « Encoj^e aultres Bala-
des » des compositions ne se trouvant dans aucun
autre ms., et faisant allusion, comme la pièce IX,
à des faits que Ton ne peut placer qu'entre 1410
et 1415.
Ainsi, même lorsqu'elle eut abordé ses grandes
compositions, ses œuvres de longue haleine, Christine
ne dédaigna pas de rimer encore quelques ballades
quand la circonstance s'en présentait et que ce cadre
convenait à son inspiration.
Presque toutes ces ballades sont d'ailleurs d'un très
grand mérite et permettent de constater le progrès
réel accompli par le génie de notre poète. Les notes
placées à la fin du volume feront connaître l'objet
de ces différentes pièces et donneront quelques indi-
cations sur les faits ou sur les personnages historiques
auxquels elles se rapportent.
vin. — COMPLAINTES AMOUREUSES
Longues et languissantes tirades de poursuivants
d'amour qui aspirent aux faveurs de leur dame; cette
monotonie douce, quelquefois même expressive, est
heureusement interrompue par des comparaisons em-
XXXVllI
INTRODUCllON
pruntées à la Mythologie, comme l'amour de Pygma-
lion, l'aventure de Deuchalion et de Pyrrha, la puni-
tion de l'insensible Anaxarète.
CENT BALLADES
CENT BALADES
CI COMMENCENT CENT BALADES
mucuNEs gens me prient que je face
i^ Aucuns beaulz diz, et que je leur envoyé,
Et de diltier dient que j'ay la grâce;
Mais, sauve soit leur paix, je ne sçaroye
Faire beaulz diz ne bons; mes toutevoye,
Puis que prié m'en ont de leur bonté,
Peine y mettray, combien qu'ignorant soie,
Pour acomplir leur bonnevoulenté.
12
Mais je n'ay pas sentement ne espace
De faire diz de soûlas ne de joye :
Car ma douleur, qui toutes autres passe,
Mon sentement joyeux du tout desvoye ;
Rubrique B^ Ci c. cent bonnes b.
\. — \ A prie — ?. A- Quelques b. ti. -
1 . :
',2 /4' ùu manque
2 CENT BALADES
Mais du grant dueil qui me tient morne et coye
Puis bien parler assez et a plenté;
Si en diray : voulentiers plus feroye
i6 Pour acomplir leur bonne voulenté.
Et qui vouldra savoir pour quoy efface
Dueil tout mon bien, de legier le diroye :
Ce fist la mort qui fery sanz menace
20 Cellui de qui trestout mon bien avoye;
Laquelle mort m'a mis et met en voye
De desespoir; ne puis je n'oz santé;
De ce feray mes dis, puis qu'on m'en proie,
24 Pour accomplir leur bonne voulenté.
Princes, prenez en gré se je failloie;
Car le ditter je n'ay mie henté,
Mais maint m'en ont prié, et je l'ottroye,
28 Pour accomplir leur bonne voulenté.
II
Ou temps jadis, en la cité de Romme,
Oient Rommains maint noble et bel usage.
Un en y ot: tel fu que quant un homme
En fais d'armes s'en aloit en voyage,
S'il faisoit la aucun beau vasselage,
Après, quant ert a Romme retourné,
Cellui estoit, pour pris de son bernage,
Digne d'estre de lorier couronné.
De cel' honneur on prisoit mouli la somme;
I. — 18 B voulentiers le — 22 A' despoir — 23 A que on
II. — 5 5 Et la f. — 6 J5 Et puis s'en feust a
CENT BALADES
Car le plus preux l'avoir ou le plus sage.
Pour ce pluseurs, qu'vci pas je ne nomme,
12 S'efforçoient d'en avoir Pavantage;
Bien y paru, car de hardi visage
Domtereni ceulz d'Auffrique en leur régné,
Dont maint furent, au retour de Cartage,
i6 Digne d'estre de laurier couronné.
Ce faisoit on jadis ; mais une pomme
Ne sont prisié en France, c'est domage.
Adès les bons, mais tous ceulz on renomme
20 Qui ont avoir ou très grant héritage.
Mais par bonté, trop plus que par lignage,
Doit estre honneur et pris et loz donné
A ceulx qui sont, pour leur noble corage,
24 Digne d'estre de lorier couronné.
Princes, par Dieu c'est grant dueil et grant rage
Quant les biens fais ne sont guerredonné
A ceulx qui sont, au dit de tout lengage,
28 Digne d'estre de lorier couronné.
III
QUANT Lehander passoit la mer salée.
Non pas en nef, ne en batel a nage,
Mais tout a nou, par nuit, en recellée,
Entreprenoit le périlleux passage
Pour la belle Hero au cler visage,
Qui demouroit ou chastel d'Abidonne,
De Tautre part, assez près du rivage ;
II. — 10 B et le p. — 22 B loz et p.
m. — G .<4' de Bidonne
4 CENT BALADES
8 Voyez comment amours amans ordonne!
Ce braz de mer, que Ten clamoit Hellée,
Passoit souvent le ber de hault parage
Pour sa dame veoir, et que cellée
12 Fust celle amour ou son cuer fu en gage.
Mais Fortune qui a fait maint oultrage,
Et a mains bons assez de meschiefs donne,
Fist en la mer trop tempesteux orage.
i6 Voies comment amours amans ordonne !
En celle mer, qui fu parfonde et lée,
Fu Lehander péri, ce fu domage;
Dont la belle fu si fort adoulée
20 Qu'en mer sailli sanz quérir avantage.
Ainsi pery furent d'un seul courage.
Mirez vous cy, sanz que je plus sermone,
Tous amoureux pris d'amoureuse rage.
24 Voyez comment amours amans ordonne !
Mais je me doubt que perdu soit Tusage
D'ainsi amer a trestoute personne;
Mais grant amour fait un fol du plus sage.
28 Voyez comment amours amans ordonne !
IV
PAR envie, qui le monde desroye,
Est trayson couvertement nourrie
En mains faulz cuers, qui se mettent en voye
De mettre a fin leur fausse lecherie,
Et en leurs fais usent de tricherie,
m. — 9 Ali Ilerléc — 21 A- tout d'un ; B' tuit d'un — 27 A'^
Au fort a.
CHNT BALADES
Dont ilz prenent sur maint grant avantage,
7 En iraïson, non pas par vacellage.
En grant pouoir fu la cité de Troye,
Un temps qui fu, sur toute seigneurie ;
Et la regnoit de ce monde, a grant joye,
1 1 En haulte honneur, fleur de chevalerie;
Qui par Grigois fu puis arse et perie,
Et Troyens pris et menez en servage,
14 En traïson, non pas par vacellage.
Alixandre qui du monde ot la proye
Si fu trahy; aussi grant desverie
Reffist Mordret a Artus par tel vove,
18 Dont maint dient qu'il est en faerie.
Le preux Hector, ou ot bonté florie,
Ne Toccist pas Achillès par oultrage,
21 En traïson, non pas par vacellage.
Princes, je dis, nel tenez moquerie,
Que l'en se gard de tel forsennerie.
Voire qui puet, car on fait maint domage
2 5 En traïson, non pas par vacellage.
V
Hk! DieuK, quel dueil, quel rage, quel meschicf,
Quel desconfort, quel dolente aventure,
Pour moy, helas, qui torment ay si grief,
Qu'oncques plus grant ne souffri créature !
IV — 17 yl Mortrett — 19 B Le bon H. ou b. fu f.— 22 B Pour
ce je dy ce n'est pas m.
' V — 4 .di Que o. ; B n'endura
6 CENT BALADES
L'eure maudi que ma vie tant dure,
Car d'autre riens nulle je n'ay envie
Fors de morir ; de plus vivre n'ay cure,
8 Quant cil est mort qui me tenoit en vie.
O dure mort, or as tu trait a chief
Touz mes bons jours, ce m'est chose molt dure,
Quant m'as osté cil qui estoit le chief
12 De tous mes biens et de ma nourriture,
Dont si au bas m'as mis, je le te jure,
Que j'ay désir que du corps soit ravie
Ma doulante lasse ame trop obscure,
i6 Quant cil est mort qui me tenoit en vie.
Et se mes las dolens jours fussent brief,
Au moins cessast la dolour que j'endure;
Mais non seront, ains toudis de rechief
20 Vivray en dueil sanz fin et sanz mesure,
En plains, en plours, en amere pointure.
De touz assaulz dolens seray servie.
D'ainsi mon temps user c'est bien droitture,
24 Quant cil est mort qui me tenoit en vie.
Princes, voiez la très crueuse injure
Que mort me fait, dont fault que je dévie;
Car choite suis en grant mésaventure,
28 Quant cil est mort qui me tenoit en vie.
V. — 10 B c. trop d. — i5 .<4 Ma doloreuse; B Ma doulante a.
qui t. se treuve o. — iq B seroil — 2b B v. comment t. grant i.
— 26 /4' d. fait q.; B La m. me t". — 27 A^ cheoite
CENT BALADES
VI
DUEiL engoisseux, rage desmesurée,
Grief desespoir, plein de forsennement,
Langour sanz fin, vie maleiirée
4 Pleine de plour, d'engoisse et de tourment,
Cuer doloreux qui vit obscurément,
Ténébreux corps sus le point de périr,
Ay, sanz cesser, continuellement ;
8 Et si ne puis ne garir ne morir.
Fierté, durté de joye séparée,
Triste penser, parfont gémissement,
Engoisse grant en las cuer enserrée,
12 Courroux amer porté couvertement.
Morne maintien sanz resjoïssement.
Espoir dolent qui tous biens fait tarir,
Si sont en moy, sanz partir nullement;
i6 ! Et si ne puis ne garir ne morir.
Soussi, anuy qui tous jours a durée,
Aspre veillier, tressaillir en dorment,
Labour en vain, a chiere alangourée
20 En grief travail infortunéement,
Et tout le mal, qu'on puet entièrement
Dire et penser sanz espoir de garir,
Me tourmentent desmesuréement ;
24 Et si ne puis ne garir ne morir.
Princes, priez a Dieu que bien briefment
Me doint la mort, s'autrement secourir
Wl — b A^ q, vid — 19 .4 ^ alanguorée
CENT BALADES
Ne veult le mal ou languis durement ;
Et si ne puis ne garir ne morir.
VII
HA ! Fortune très doloureuse,
Que tu m'as mis du hault au bas!
Ta pointure très venimeuse
4 A mis mon cuer en mains debas.
Ne me povoyes nuire en cas
Ou tu me fusses plus crueuse,
Que de moy ester le soûlas,
8 Qui ma vie tenoit joyeuse.
Je fus Jadis si eiireuse ;
Ce me sembloit qu'il n'estoit pas
Ou monde plus beneiireuse ;
12 Alors ne craignoie tes las,
Grever ne me pouoit plein pas
Ta très fausse envie haineuse,
Que de moy oster le soûlas,
i6 Qui ma vie tenoit joyeuse.
Horrible, inconstant, ténébreuse,
Trop m^as fait jus flatir a cas
Par ta grant malice envieuse
2o Par qui me viennent maulx a tas.
Que ne vengoyes tu, helas !
Autrement t'yre mal piteuse,
Que de moy oster le solas,
VU. — 6 a cruese ; B Dont tu me f. si c. — - /J' ce de — 9 A
Ilelas j. f. si e. — 10 .4' n'estois ; B n'avoit — 17 B Très faulse
h. el t.
CENT BALADES
24 Qui ma vie tenoit joyeuse ?
Très doulz Princes, ne fu ce pas
Cruaulté maie et despiteuse,
Que de moy oster le solas,
28 Qui ma vie tenoit joyeuse ?
VIII
IL a long temps que mon mal comença,
N'oncques despuis ne fina d'empirer
Mon las estât, qui puis ne s'avança,
4 Que Fortune me voult si atirer
Qu'il me convint de moy tout bien tirer;
Et du grief mal qu^il me fault recevoir
7 C'est bien raison que me doye doloir.
Le dueil que j'ay si me tient de pieça.
Mais tant est grant qu'il me fait désirer
Morir briefment, car trop mal me cassa
1 1 Quant ce m'avint qui me fait aïrer;
Ne je ne puis de nul costé virer,
Que je voye riens qui me puist valoir.
14 C'est bien raison que me doye doloir.
Ce fist meseur qui me desavança,
Et Fortune qui voult tout dessirer
Mon boneûr; car depuis lors en ça
18 Nul bien ne pos par devers moy tirer,
Ne je ne sçay penser ne remirer
Comment je vif ; et de tel mal avoir
2 I C'est bien raison que me doye doloir.
Vlll. — 6 A^ Dont du g. m.— 7 B q. m'en d. d. — 12 i>i Ne je
le p. — i5 7j' Ce tu m — 18 /? d. m. atirer
10 CENT BALADES
IX
Odure Mort, tu m'as déshéritée,
Et tout osté mon doulz mondain usage;
Tant m'as grevée et si au bas boutée,
4 Que mais prisier puis pou ton seignorage.
Plus ne me pues en riens porter domage,
Fors tant sanz plus de moy laissier trop vivre.
Car je désir de trestout mon corage
8 Que mes griefs maulx soyent par toy délivre.
Il a cinq ans que je t'ay regraittée
Souventes fois, a très pleureux visage,
Depuis le jour que me fu joye ostée,
j 2 Et que je cheus de franchise en servage.
Quant tu m'ostas le bel et bon et sage,
Laquelle mort a tel tourment me livre
Que moult souvent souhait, pleine de rage,
i6 Que mes griefs maulx soyent par toy délivre.
Se très adonc tu m'eusses eroportée.
Trop m'eusses fait certes grant avantage,
Car depuis lors j'ay esté si hurtée,
20 De grans anuis, et tant reçu d'oultrage,
Et tous les jours reçoy au feur l'emplage.
Que riens ne vueil, ne n'ay désir de suivre,
P'ors seulement toy paier tel truage
24 Que mes griefs maulx soyent par toy délivre.
Princes, oyés en pitié mon language,
- i A- au b. menée — i5 B Qui
;o ii De g. mescliiefs — 22 B ne v. je n
l.K. — i A- au b. menée — i5 B Que je souhaid s. p. de r.
> li Dp rr mfiîrhipfs — 01 R ne v. ie n.
CENT BALADES I I
Et toy Mort, pri, escry moy en ton livre,
Et fay que tost je voye tel message,
Que mes griefs maulx soyent par toy délivre.
SE Fortune a ma mort jurée,
Et du tout tasche a moy destruire.
Ou soye si maleiirée,
4 Qu'il faille qu'en dueil vive et muire,
Que me vault donc pestrir ne cuire,
Tirer, brader, ne peine traire,
7 Puis que Fortune m'est contraire?
Pieça de joye m'a tire'e,
Ne puis ne fina de moy nuire,
Encore est vers moy si yrée,
1 1 Qu'adès me fait de mal en pire,
Quanque bastis elle descire,
Et quel profïit pourroye attraire,
14 Puis que Fortune m'est contraire?
Son influance desraée
Cuidoye tous jours descontire,
Par bien faire a longue endurée,
18 Guidant veoir aucun temps luire
Pour moy qui meseiir fait faire.
Mais riens n'y vault, je n'y puis trafre,
21 Puis que Fortene m'est contraire.
X. — 2 A^ Ou du tout — i5 .4' S. i. désirée
-I
12 CENT BAI.AUES
XI
SEULETE suy et seulete vueil estre,
Seulete m'a mon doulz ami laissiée,
Seulete suy, sanz compaignon ne maistre,
4 Seulete suy, dolente et courrouciée,
Seulete suy en languour mesaisiée,
Seulete suy plus que nulle esgarée,
7 Seulete suy sanz ami demourée.
Seulete suy a huis ou a fenestre,
Seulete suy en un anglet muciée,
Seulete suy pour moy de plours repaistre,
1 1 Seulete suy, dolente ou apaisiée,
Seulete suy, riens n'est qui tant me siée,
Seulete suy en ma chambre enserrée,
i^ Seulete suy sanz ami demourée.
Seulete suy partout et en tout estre.
Seulete suy, ou je voise ou je siée,
Seulete suy plus qu'autre riens terrestre,
i8 Seulete suy de chascun delaissiée,
Seulete suy durement abaissiée,
Seulete suy souvent toute esplourée,
2 1 Seulete suy sanz ami demourée.
Princes, or est ma doulour commenciée :
Seulete suy de tout dueil menaciée,
Seulete suy plus tainte que morée,
25 Seulete suy sanz ami demourée.
XI. — 12 A^ mcsside — i6 A^ sié — 19 A^ abaissici — 22 ^ 2b
Omis dans B.
CENT BALADES l3
XII
QUI trop se fie es grans biens de Fortune,
En vérité, il en est deceii;
Car inconstant elle est plus que la lune.
4 Maint des plus grans s'en sont aperceii,
De ceulz meismes qu'elle a hault acreii,
Trebusche test, et ce voit on souvent
7 Que ses joyes ne sont fors que droit vent.
Qui vit, il voit que c'est chose commune
Que nul, tant soit perfait ne esleii,
N'est espargné quant Fortune répugne
1 1 Contre son bien, c'est son droit et deli
De retoulir le bien qu'on a eti,
Vent chierement, ce scet fol et sçavent
14 Que ses joyes ne sont fors que droit vent.
De sa guise qui n'est pas a touz une
Bien puis parler; car je l'ay bien sceii,
Las moy doiens! car la fausse et enfrune
18 M'a a ce cop trop durement neii,
Car tollu m'a ce dont Dieu pourveii
M'avoit, helas ! bien vois apercevent
2 i Que ses joyes ne sont fors que droit vent,
Rubrique placée enlre la b. XI et la b. XII, B'-^ : Balades de
personnages.
XH. — 3 n Car variable— 5 A^ que elle — 8 A^ Qui vid —
ï2 A que on — 1 5 7i ne s. mais que — 20 B'^ voy appenement —
21 B nt s. mais que
14 CENT BALADES
XIII
C'est fort chose qu'une nef se conduise ,
Es fortunes de mer, a tout par elle,
Sanz maronnier ou patron qui la duise,
4 Et le voile soit au vent qui ventelle ;
Se sauvement a bon port tourne celle,
En vérité c'est chose aventureuse;
7 Car trop griefment est la mer périlleuse.
Et non obstant que parfois soleil luise,
Et que si droit s'en voit que ne chancelle.
Si qu'il semble que nul vent ne lui nuise,
1 1 Ne nul decours, ne la lune nouvelle,
Si est elle pourtant en grant barelle
De soubdain vent ou d'encontre encombreuse ;
14 Car trop griefment est la mer périlleuse.
Si est pitié, quant fault que mort destruise
Nul bon patron, ou meneur de nacelle;
Et est bien droit que le cuer dueille et cuise.
18 Qui a trésor, marchandise ou vaisselle,
Ou seul vaissel qui par la mer brandelle :
N'est pas asseur, mais en voie doubteuse;
21 Car trop griefment est la mer périlleuse.
XIII. — II A^ Ne n. secours
CENT BALADES l5
XIV
SEULETE m'a laissié en grant martyre,
En ce désert monde plein de tristece,
Mon doulz ami. qui en joye sanz yre
4 Tenoit mon cuer, et en toute leesce.
Or est il mort, dont si grief dueil m'oppresse,
Et tel tristour a mon las cuer s'amord
7 Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.
Qu'en puis Je mais, se je pleure et souspire
Mon ami mort, et quelle merveille est ce ?
Car quant mon cuer parfondement remire
j I Comment souef j'ay vescu sans asprece
Très mon enfance et première jeunece
Avecques lui, si grant doulour me mord
14 Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.
Com turtre sui sanz per qui ne désire
Nulle verdour, ains vers le sec s'adrece,
Ou com brebis que lop tache a occire,
j8 Qui s'esbaïst quant son pastour la laisse;
Ainsi suis je laissiée, en grant destrece,
De mon ami, dont j'ay si grant remord
2r Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort.
XIV, — 5 ^ d. si grant deuil — 6 A^ en m. 1. c. — 12 B T.
m'enfance et p. en j. — i3 A' Avec — 16 B mais sus le s. —
17 B Et.
l6 CENT BALADES
XV
HELAS ! helas ! bien puis crier et braire.
Quant j'ay perdu ma mère et ma nourrice,
Qui doulcement me souloic faire taire.
4 Or n'y a mais ame qui me nourrice,
Ne qui ma faim de son doulz lait garisse.
Jamais de moy nul ne prendra la cure,
7 Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.
Plaindre et plourer je doy bien mon affaire;
Car je me sens povre, foiblet et nyce,
Et non sachant pour aucun profïit faire;
1 1 Car jeune suis de sens et de malice.
Or convendra qu'en orphanté languisse,
Et que j'aye mainte maie aventure,
14 Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.
Le temps passé, a tous souloie plaire,
Et m'ofîroit on honneurs, dons et service.
Quant ma mère la doulce et débonnaire
18 Me nourrissoit; or fault que tout tarrisse,
Et qu'a meschief et a doleur périsse -^ "}
Plein de malons et de pouvre enfonture, .
21 Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture.
XV. — 5 ^ de s. d. 1. larice — - A P. que ay — 16 A- B Et
maint nvoffroient et honneur et s.
CENT BALADES I7
XVI
QUI vivement veult bien considérer
Ce monde cy ou il n'a joye entière,
Et les meschiefs qu'il fault y endurer,
4 Et comment mort vient qui tout met en bière,
Qui bien penser veult sus ceste matière,
Il trouvera, s'il a quelque grevance,
Que sur toute reconfortant manière,
8 C'est souvrain bien que prendre en paciencc.
Puis qu'ainsi est qu'on n'y puet demorer,
Pourquoy a l'en ceste vie si chiere ?
Et une autre convient assavourer, '
12 Qui aux pécheurs ne sera pas legiere.
Si vault trop mieulx confession plainiere
Faire en ce monde, et vraye pénitence;
Et qui ara la penance trop fiere,
16 C'est souvrain bien que prendre en pascience.
Chascun vray cuer se doit énamourer
De la vraye celestiel lumière,
Et du seul Dieu que l'en doit aourer.
20 C'est nostre fin et joye derreniere;
Qui sages est, autre solas ne quiere.
Tout autre bien si n'est fors que nuisance.
Et se le monde empesche ou trouble arrière,
24 C'est souvrain bien que prendre en pascience.
XVI. — 3 7:fi q. y f. e. — 9 .4' P. que a. — i3 B c. entière —
i5 Ji )ù q. a. pénitence — 2a .1' denenier
CENT BALADES
XVII
SE de douloureux sentement
Sont tous mes dis, n'est pas merveille;
Car ne peut avoir pensement
4 Joyeux, cuer qui en dueil traveille.
Car, se je dors ou se je veille,
Si suis je en tristour a toute heure,
Si est fort que joye recueille
8 Cuer qui en tel tristour demeure.
N'oublier ne puis nullement
La très grant douleur non pareille.
Qui mon cuer livre a tel tourment,
12 Que souvent me met a l'oreille
Grief desespoir, qui me conseille
' Que tost je m'occie et açcueure ;
Si est fort que joye recueille
i6 Cuer qui en tel tristour demeure.
Si ne pourroye doulcement
Faire dis; car, vueille ou ne vueiile,
M'estuet complaindre trop griefment
20 Le mal, dont fault que je me dueille ;
Dont souvent tremble comme fueille,
Par la douleur qui me cueurt seure.
Si est fort que joye recueille
24 Cuer qui en tel tristour demeure.
XVII. — 12 B m. en 1' — 17 A- Dont ne p. — 21 A^ Et s.
A
CENT BALADES IQ
XVIII
L'CUNES gens ne me finent de dire
Pour quoy je suis si malencolieuse,
Et plus chanter ne me voyent ne rire,
4 Mais plus simple qu'une religieuse,
Qui esire sueil si gaye et si joyeuse.
Mais a bon droit se je ne chante mais;
7 Car trop grief dueil est en mon cuer remais.
Et tant a fait Fortune, Dieu lui mire !
Qu'elle a changié en vie doloreuse
Mes jeux, mes ris, et ce m"a fait eslire
1 1 Dueil pour soûlas, et vie trop greveuse.
Si ay raison d'estre morne et songeuse,
Ne n'ay espoir que j'aye mieulx jamais;
14 Car trop grief dueil est en mon cuer remais.
Merveilles n'est se ma leesce empire;
Car en moy n^a pensée gracieuse,
N'autre plaisir qui a joye me tire.
i8 Pour ce me tient rude et maugracieuse
Le desplaisir de ma vie anuieuse,
Et se je suis triste, je n''en puis mais;
21 Car trop grief dueil est en mon cuer remais.
- XVIII. — I B A. g. si ne me font que d.— 7 /? C. t. grant d.—
8 B Car — 1 1 Z> et paine t. g. — 12 /U m. et soigneuse — i 7 7i
N'aucun
20 CENT BALADES
XIX
LONG temps a que je perdi
Tout mon soûlas et ma joye,
Par la mort que je maudi
4 Souvent; car mis m'a en voye
De jamais nul bien avoir;
Si m'en doy par droit blasmer ;
N'oncques puis je n'oz vouloir
8 De faire ami, ne d'amer.
Ne sçay qu'en deux ne fendi
Mon cuer, du dueil que j'avoye
Trop plus grant que je ne di,
12 Ne que dire ne sçaroye,
Encor mettre en nonchaloir
Ne puis mon corroux amer;
N'oncques puis je n'oz vouloir
i6 De faire ami, ne d'amer.
Depuis lors je n'entendi
A mener soûlas ne joye;
Si en est tout arudi
20 Le sentement que j'avoye.
Car je perdi tout l'espoir
Ou me souloie affermer.
N'oncques puis je n'oz vouloir
24 De faire ami, ne d'amer.
XIX.— i3 n N'encor
CENT BALADES 2 I
XX
COMMENT feroye mes dis
Beaulx, ne bons, ne gracieux,
Quant des ans a près de dix
4 Que mon cuer ne fu joyeux,
N'il n'a femme soubz les cieulx
Qui plus ait eu de meschief ?
7 Encor n'en suis pas a chief.
J'os des biens assez jadis;
Mais en yver temps pluieux
Si pèsent, si enlaidis,
1 1 N'est, ne si très anuieux,
Comme adès en trestous lieux
M'est le temps; mais, par mon chief,
J4 Encor n'en suis pas a chief.
Si ay bien droit se je dis
Mes plains malencolieux ;
Car en tristour est tousdis
i8 Mon dolent cuer, ce scet Dieux,
Ne jamais je n'aray mieulx,
Se ma pesance n'achiet ;
2 1 Encor n'en suis pas a chief.
XX. — 7 i>' E. n'en suis je p. a c. — 8 A Je os
2 2 CENT BALADES
XXI
TANT me prie très doulcement
Cellui qui moult bien le scet faire.
Tant a plaisant contenement,
4 Tant a beau corps et doulz viaire,
Tant est courtois et debonaire,
Tant de grans biens oy de lui dire
7 Qu'a peine le puis escondire.
Il me dit si courtoisement.
En grant doubtance de meffaire,
Comment il m'aime loyaument,
1 1 Et de dire ne se peut taire.
Que néant seroit du retraire;
Et puis si doulcement souspire
14 Qu'a peine le puis escondire.
Si suis en moult grant pensement
Que je feray de cest affaire;
Car son plaisant gouvernement,
18 Vueille ou non, Amours me fait plaire,
Et si ne le vueil mie attraire;
Mais mon cuer vers lui si fort tire
2 1 Qu'a peine le puis escondire.
XX!. — D S T. oy de 1. de g. b. d. — 1 5 Zî Si s. en trop g.
CENl" BAI.ADES * 23
XXII
TANT avez fait par vostre grant doulceur,
Très doulz ami, que vous m'avez conquise.
Plus n'y convient complainte ne clamour,
4 .Ta n'y ara par moy deffense mise.
Amours le veult par sa doulce mgistrise,
Et moy aussi le vueil, car, se m'ait Dieux,
Au fort c'estoit folour quant Je m'avise
8 De reffuser ami si gracieux.
Et j'ay espoir qu'il a tant de valour
En vous, que bien sera m'amour assise,
Quant de beaulté, de grâce et tout honnour
12 II y a tant que c'est drois qu'il soufRse ;
Si est bien drois que sur tous vous eslise;
Car vous estes digne d'avoir trop mieulx.
Et j'ay eu tort, quant tant m'avez requise,
i6 De reffuser ami si gracieux.
Si vous retien et vous donne m'amour.
Mon fin cuer doulz, et vous pri que faintise
Ne soit en vous, ne nul autre faulx tour;
2o Car toute m'a entièrement acquise
Vo doulz maintien, vo manière rassise,
Et vos très doulz amoureux et beaulz yeux.
Si aroye grant tort en toute guise
24 De refïuser ami si gracieux.
Mon douiz ami, que j'aim sur tous et prise,
XXII. — (j .11 Et j. espour — 14 P, C. v. c. bien d. d. m. — i3
A Et je ay ; 5 Si ay — 10 B Ne trouve — 21 .,4' \'ou d. m. vou m.
24 CENT BALADES
J'oy tant de bien de vous dire en tous lieux
Que par raison devroye estre reprise
28 De reffuser ami si gracieux.
XXIII
BIEN doy louer Amours de ses biens fais,
Qui m'a donné ami si très parfait,
Qu'en trestous lieux chascun loue ses fais
4 Et sa beaulté, sa grâce et tout son fait.
Qu'il n'a en lui ne blasme ne meffait;
Dieu l'a parfait en valeur et en grâce,
N'on ne pourroit mieulx vouloir par souhait;
8 Certes c'est cil qui tous les autres passe.
Et avec ce qu'il est sur tous parfais,
Et que son bien est en mains lieux retrait,
Pour moy servir porte tous pesans fais,
12 Et m'aime et craint plus que riens sanz retrait
Ne paour n'ay d'y trouver ja faulz trait.
Car il est tel que trestous maulx efface
De son bon cuer, ou il n''a nul forfait.
16 Certes c'est cil qui tous les autres passe.
Si a mon cuer du tout a lui attrais
Qui est tout sien, c''est bien raison qu'il Tait;
Car tout acquis Ta par ses très doulx trais ;
20 Et vrayement si en mon cuer portrait
Est son gent corps, qu'il n'en sera fors trait
Jamais nul jour, se ma vie ne passe;
Car sanz mentir dire puis tout a fait :
24 Certes c'est cil qui tous les autres passe.
XXUI. — 5 2^ li — 7 ^' Ne on ,
CENT BALADES 25
XXIV
MA doulce amour, ma plaisance chérie,
Mon doulz ami, quanque je puis amer,
Vostre doulceur m'a de tous maulz garie,
Et vrayement je vous puis bien clamer
Fontaine dont tout bien vient,
Et qui en paix et joye me soustient,
Et dont plaisirs me vienent a largece ;
Car vous tout seul me tenez en leece.
Et la doulour qui en mon cuer norrie
S^est longuement, qui tant m'a fait d'amer.
Le bien de vous a de tous poins tarie ;
12 Or ne me puis complaindre ne blasmer
De Fortune qui devient
Bonne pour moy, se en ce point se tient.
Mis m'en avez en la voye et adrece;
1 6 Car vous tout seul me tenez en leece.
Si lo Amours qui, par sa seigneurie,
A tel plaisir m'a voulu reclamer ;
Car dire puis de vray sanz flaterie,
20 Qu'il n'a meilleur de la ne de ça mer
De vous, m'amour, ainsi le tient
Mon cuer pour vray, qui tout a vous se tient,
N'a aultre rien sa pensée ne drece ;
24 Car vous tout seul me tenez en leece.
XXIV. — 10 7i' l'^st — 20 B de ça ne de la m. ; 2J' Q. n'i a m.
— 21 Sic dans tous les mss.; corr. ainsi en si i — 22 B q. a v. i.
se t. — 2'3 B Si ne désir nulle plus grant richesce.
20 CENT BALADES
XXV
DITES moy, mon doulz ami,
S'il est voir ce que j'oy dire,
Que dedens la Saint Rémi
4 Devez aler en l'Empire,
En Alemaigne, bien loings,
Demeurer, si com j'entens,
Quatre moys ou trois du moins?
8 Helas! que j'aray mautemps!
Ne me puet jour ne demi
Sanz vous veoir riens souffire,
Et quant vous serez de mi
12 Loin s, quel sera mon martire !
De mourir me fust besoings
Mieulx que le mal que j'atens;
Rungier me fauldra mes froins.
i6 Helas ! que j'aray mautemps!
Mon cuer partira par mi,
Au dire a Dieu j'en souspire
Souvent et de dueil frémi.
20 Car je fondray com la cire
Des soussis et des grans soings
Que pour vous aray par temps;
Se je vous pers de tous poins,
24 Helas ! que j'aray mautemps! ■
XXV. - 2 .1 ce q. j'oz d.
CENT BAI.ADES 27
XXVI
MON doulz ami, n'aiez malencolie
Se j'ay en moy si joyeuse manière ;
Et se je fais en tous lieux chiere lie,
4 Et de parler a maint suis coustumiere.
Ne croiez pas pour ce, que plus legiere
• Soye envers vous, car c'est pour decepvoir
7 Les mesdisans qui tout veulent savoir.
Car se je suis gaye, cointe et jolie,
C'est tout pour vous que j'aim d'amour entière.
Si ne prenez nul soing qui contralie
1 1 Vostre bon cuer, car pour nulle prière
Je n'ameray autre qui m'en requière;
Mais on doit moult doubter, a dire voir,
14 Les mesdisans qui tout veulent savoir.
Sachiez de voir qu'amours si fort me lie
En vostre amour que n'ay chose tant chiere.
Mais ce seroit a moy trop grant folie
18 De ne faire, fors a vous, bonne chiere.
Ce n'est pas drois, ne chose qui afhere
Devant les gens, pour faire apercevoir
21 Les mesdisans qui tout veulent savoir.
XXVJ. — 3 ^'- Car se — 8 A- B C. se je s. ne g. ne ).— iz A^
Je n'aiineiay
*'\
2 8 CENT BALADES
XXVII
NE Guidiez pas que je soye
Si foie, ne si legiere,
Sire, qu'accorder je doye
4 M'amour a toute prière;
Trop seroye vilotiere,
Ce que oncques mais ne fus;
7 J'en ay fait a maint refîus.
Ja pour ce ne vous anoye,
Ne me faittes pire chiere,
Car amer je ne saroye,
II Ne je n'en suis coustumiere,
Pour homme qui m'en requière;
Aprendre n'en vueil le us;
14 J'en ay fait a maint reffus.
Ne faire je n'en vouldroie
En fais, en dis, en manière,
Chose que faire ne doye
i8 Femme qui honneur a chiere.
Trop mieulx vouldroie estre en bière.
Pour ce, soyent beaulx ou drus,
21 J'en ay fait a maint reffus.
XXVII. — (j li Ne m'en i. — i3 A Vi u& — \b B Car f. je ne v.
— iG A^ c. d. (blanc) m. — 17 W q. f. n'en d. — 20 ZJ P. ce et a
b. et a d.
CENT BALADES 29
XXVIII
MON doulz ami, vueilliez moy pardonner,
Se je ne puis, si tost com je vouldroye,
Parler a vous, car ainçois ordener
4 Me fault comment sera, ne par quel voye.
Car mesdisans me vont gaitant
Qui du meschief et du mal me font tant,
Que je ne puis joye ne bien avoir,
8 Pour le désir que j^ay de vous veoir.
Si pry a Dieu qu'il leur vueille donner
La mort briefment ; car leur vie m'anoye,
Pour ce qu'en dueil me font mes jours tiner
12 Sanz vous veoir, ou est toute ma joye :
Car iiz se vont entremettant
De moy gaitier nuit et jour, mais pourtant
Ne vous oubli, ce pouez vous savoir,
16 Pour le désir que j'ay de vous veoir.
Mais ne sçaront ja eulx si fort pener,
Que, maugié tous, bien briefment ne vous voie.
Car tant feray, se g'y puis assener,
20 Que vous verray, quoy qu'avenir m'en doye,
Et vous feray savoir quant.
Mon doulz ami, déportez vous atant.
Car g'y mettray peine, sachiez de voir,
24 Pour le désir que j'ay de vous veoir.
XXVIII. — fj-irj Manquent dans A'^. — \\ B Car en grief d. me
f. m. j. mener — \2 B S. veoir v. — 21 Sic A B: cnrr. [as]sa
voir '
00 CENT BALADES
XXIX
LE gracieux souvenir,
Qui de vous me vient,
Me fait gaiement tenir.
4 Et il appertient, '
Car tout adès me souvient
Gomment vostre bonté passe
Tous autres, ciiascun le tient,
8 Par Dieu, c'est grant grâce.
Joyedoy bien maintenir,
Quant si bien m^avient,
Qu'amours mon cuer retenir,
12 Dont plus lié devient,
"Vous a fait a qui avient
Bien et bel en toute place
Faire quanque honneur coniient,
i6 Par Dieu, c'est grant grâce.
Ne mal ne me peut venir;
Car mon cuer maintient
Qu'a joye puis avenir,
20 Par vous qui retient
Pense, dit, fait et détient
Tout bien, et tout mal efface
La bonté qui vous soustient,
24 Par Dieu, c'est grant grâce.
XXIX. — 3 fî' Me f. joyeusement t. — 11 A Que mon cuer
veult r. ; lî Qu'amours m"a fait r. — 12 manque iiaus B. — 19 A
puet — 21 manque dans B.
CENT BALADES 3 I
XXX
F AULX mesdisans aront ilz le pouoir
De moy faire mon ami eslongnier?
Nanil, par Dieu! combien que leur savoir
4 Mettent a moy grever sanz espargnier,
Mais ja pourtant ne feront recréant
Mon cuer d'amer; a cellui le créant
Qui Ta du tout, car n'ont pas la poissance
8 Qu'a vraye amour puissent faire grevance.
Grever peut bien mon corps ou mon avoir
Leur faulx agait, que ne puis engigner,
Ou mon honneur, et si puis recepvoir
12 Par eulx maint mal; si le doy ressoigner;
Mais se mon fait devoyent en riant
Partout compter en la ville criant,
Si n'ay je pas ne doubte n'esperance
i6 Qu'a vraye amiour puissent faire grevance.
Par leurs lengues ou il n'a mot de voir
(Je pri a Dieu que l'en leur puist roignier,)
Me destournent mon ami a vcoir ;
20 De ce les voy assez embesoignier,
Et ja par eulx vont maintes gens cieant
Pis qu^il n'y a, et ainsi vont grevant
Maint vray amant; mais n'ay point de doubtance
24 Qu'a vraye amour puissent faire grevance.
XXX. — 145 c. par la V. — 23 S car n'ay p. cie d.
CENT BALADES
XXXI
Mox ami, ne plourez plus ;
Car tant me faittes pitié
Que mon cuer se rent conclus
A vostre doulce amistié.
Reprenez autre manière;
Pour Dieu, plus ne vous douiez,
Et me faittes bonne chiere;
Je vueil quanque vous voulez.
12
i6
Ne plus ne soiez reclus,
Ne pensif, ne dehaitié;
Mais de joye aprenez l'us.
Car bien avez exploitié
Vers Amours qui n'est pas fiere
Encontre vous ; or alez,
J'acorde vostre prière :
Je vueil quanque vous voulez.
20
24
Trop mieulx m'atachent qu'a glus,
Et d'amours font le traittié,
De voz larmes les grans flus
Qui m'occient a moitié.
Ne plus je n'y met enchiere;
Doulz ami, or m'acolez,
Je suis vostre amie chiere ;
Je vueil quanque vous voulez.
XXXI.
10 A^ le arant flus
CENT BALADES 33
XXXII
HELAs! m'amour, vous convient il partir
Et eslongnier de rnoy qui tant vous aim .''
Ce poise moy, s'ainsi est, car sentir
4 Me convendra, de ce soyez certain.
Trop de griefté jusqu'au retour. '
En dueil vivray, en peine et en tristour,
Et me mourray de dueil certainement,
8 Se demeurez loing de moy longuement.
Car vostre est tout mon cucr, sanz repentir.
Ne n'a nul bien sanz vous, ne soir, ne main,
Ne il n'est rien qui le feist alentir
12 De vous amer, tant fust malade ou sain ;
Et, comme en une forte tour.
Est enfermé en lui vo gent atour
Qui m'ocira, n'en doubtez nullement,
i6 Se demeurez loing de moy longuement.
Or me ditez, doulz ami, sanz mentir,
Quant revendrez. Pour le dieu souverain
Ne demourez! car ce feroit martir
20 Mon povre cuer, qui n'a autre rechiim ;
Et ne m'oubliez par nul tour,
Loyal soyez, et loing et cy entour;
Car tant vous aim qu'il m'yra durement
24 Se demourez loing de moy longuement.
XXXU. - 12 n De V. vooir
34 CENT BALADES
XXXIII
EN plourant a grosses goûtes,
Très triste et pleine de dueil,
Ma vraye amour dessus toutes,
4 Cil que j'aim, n'autre ne vueil,
Vous di a Dieu a grant peine.
Car trop grant doulour soustient
Mon cuer, qui grief dueil demaine,
8 Puis que partir vous convient.
Or sont mes joyes desrouptes;
Plus ne chant, si corn je sueil;
Des tristes suivray les routes,
I 2 J'en ay ja passé le sueil,
Puis que je seray longtaine
De vous, et il apertient.
Je demeure de dueil pleine,
i6 Puis que partir vous convient.
Je mourray, n'en faites doubles,
Sans veoir vo doulz accueil.
Ha! Fortune, tu me boutes
20 En dur point, puis que my oeil,
Fors par pensée prochaine.
Ne verront cil qui retient
Mon cuer : c'est chose certaine,
24 Puis que partir vous convient.
XX XIII. — 17 A^ mouray — 18 .4' vou d. a. — 22 .1"2 q. te
lient
CENT BALADES 35
XXXIV
OR est venu le très gracieux moys
De May le gay, ou tant a de doulçours,
Que ces vergiers, ces buissons et ces bois,
4 Sont tout chargiez de verdure et de flours,
Et toute riens se resjoye.
Parmi ces ctiamps tout flourisl et verdoyé,
Ne il n'est riens qui n'entroublie esmay,
8 Pour la doulçour du jolis moys de May.
Ces oisillons vont chantant par degois,
Tout s'esjouïst partout de commun cours,
Fors moy, helas ! qui sueffre trop d'anois,
1 2 Pour ce que loings je suis de mes amours ;
Ne je ne pourroye avoir joye,
Et plus est gay le temps et plus m'anoye.
Mais mieulx cognois adés s'oncques amay,
lô Pour la doulçour du jolis moys de May.
Dont regreter en plourant maintes t'ois
Me fault cellui, dont je n'ay nul secours;
Et les griefs maulx d'amours plus fort cognois,
2o Les pointures, les assaulx et les tours,
En ce doulz temps, que je n'avoye
Oncques mais fait; car toute me desvoye
Le grant désir qu'adès trop plus ferme ay,
2 I- Pour la doulçour du jolis moys de May.
XXXIV. — 3 B prés et b. — i\. A Reverdissent partout de com-
mun cours — 5 A' Et t. r. si s'esjoye, corr. si se resjoye —
i3 B Ex — i-j AD. regraittant — i8 ^i Me l'ait
CENT BALADES
XXXV
JE suis loings de mes amours,
Dont je pleure mainte lerme;
Mais en espoir prens secours
4 Que tost revendra le terme
QuMl m'a mis de retourner.
Ja sont passées trois sepmaines,
Six en devoit séjourner,
8 Tant ont a durer mes peines.
Tant le désire tousjours
Qu'en suis malade et enferme.
Or venez doncques le cours,
12 Amis que j'aim d'amour ferme,
Et vous ferez destourner
Mes angoisses très grevaines;
Car jusques au retourner
i6 Tant ont a durer mes peines.
Pour mener mon dueil en plour.s,
Souvent a par moy m"'enferme;
Mais ce garist mes doulours
20 Qu'a bon espoir je m''afferme
Que Dieu vous vueille amener,
Ou tost nouvelles certaines;
Jusques la me fault pener,
24 Tant ont a durer mes peines.
XXXV.— q B a t. — 14. B trop g. — 20 Zî Qu'au doiilz souve-
nir m'a.
CENT BALADES 3 7
XXXVI
SE vraye amour est en un cuer fichée
Sanz varier et sanz nulle fainiise,
Certes c'est fort que de legier dechée;
4 Ainçois adès de plus en plus Tatise
Ardent désir et l'amour qui s'est mise
Dedens le cuer, qui si le fait lier
Qu'il n'en pourroit partir en nulle guise,
8 Et qui pourroit telle amour oublier?
Pour moy le sçay, qui suis toute sechée
Par trop amer; car, sans recreandise,
Ay si m'amour fermement atachée
j 2 A cil amer, ou je l'ay toute assise,
Qu'en ce monde nul autre avoir ne prise,
Ne je ne fais fors raelencolier.
Quant loings en suis, riens n'est qui me souffise,
16 Et qui pourroit telle amour oublier ?
Si ne pourroit jamais estre arrachée
Si faitte amour, car, pour droit que g'i vise,
Je n'ay pouoir qu'en moy de riens dechée,
20 Et si suis je d'autres assez requise;
Mais riens n'y vault : un seul m'a tout acquise ;
Tant pourchaça. par soy humilier,
Que je me mis du tout a sa franchise,
24 Et qui pourroit telle amour oublier ?
XXXVI. — 8, 16, 24 B celle a. — 17 B Ne ne — rcj A q. r. de
m. d. — 2 I ^' un m'a t. a. — B un m'a du t. a.— 22 B pour s. h.
— 24 A' tel a.
38 CENT BALAUES
XXXVII
POUR vous, m'amour désirée,
Ay joye si adirée,
Sanz menlir,
4 Qu'adès vouldroye sentir
La mort, pour estre tirée
Du mal qui m'a empirée,
7 Et si ne m'en puis partir.
Ne, pour tost estre curée
La peine qu'ay endurée,
Consentir
II Ne me puis ne assentir
A autre amour procurée;
J'en seroye perjurée,
14 Et si ne m'en puis partir.
C'est pour vostre demeurée,
Ma doulce amour savourée,
Qui partir
18 Fera mon cuer com martir,
J'en suis taintte com morée,
Et toute descoulourée,
21 Et si ne m'en puis partir.
XXXVII. -8 Zi Ne p e. t.
CENT BALADES Sg
XXXVI II
HELAs! doulz loyaulx amis,
En grant désir attendoie
Le terme que m'aviez mis
4 De retourner, mais ma joye
Tourne en dueil : tout est cassé
Le bon espoir que j'avoye,
7 Puis que le terme est passé.
Vous m'aviez dit et promis,
Et aussi je l'esperoie,
Que deux moys ou trois demis,
1 1 Demourriez en ceste voye,
Dont je me doubt que lassé
Vous soyez que plus vous voye,
14 Puis que le terme est passé.
Or est de tous poins desmis
Le soûlas qu'avoir soloie,
En pensant que ja remis,
18 Du retour fussiez en voye
De venir; mais effacé
Est mon bien ; car trop m'anoie,
21 Puis que le terme est passé.
XXXVIIl. — ■) B ainsi — i3 B omet le second vous
40 CENT BALADES
XXXIX
QLM a mal, souvent se plaint ;
Car maladie le doit.
Et pour ce sont mi complaint
4 Doulereux, car chascun voit
Comment tourmentée suis
Pour amer, et ma doulour
Nullement celer ne puis;
8 II en pert a ma coulour.
On cognoist bien qui se fainl;
Car qui grant griefté reçoipt,
Le visage en a destaint.
12 Se le cuer est fort destroit,
Et pour ce mes griefs anuis
Amenrissent ma vigour,
Car repos n'ay jour ne nuys ;
i6 II en pert a ma coulour.
Mais cil, par qui j'ay mal maint,
Ne scet, ne cognoist, ne voit
Comment mon cuer est attaint ;
20 Helas! comment le sçaroit,
Car je ne le vis depuis
Demi an, mais son séjour
De la mort m'ovrira Fuis ;
24 II en pert a ma coulour.
XXXIX. — 4 ^' Douloureux — 8 JB II appert a — 14 Zî Amen-
uissent
CENT BAI.AUES 4I
XL
AMOURS, amours, certes tu ris pechié
De nioy lier en tes périlleux las,
Ou mon cuer est si durement fichié,
4 Que moult souvent me convient dire helas !
Et voirement dit Ten voir
Que tu ne scés nullui si chier avoir.
Qu'il n'ait, souvent avient, de ses amours
8 Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.
Au commencier m'as le cuer aluchié,
Par moy donner assés de tes soûlas ;
Mais quant lu l'as fermement atachié,
12 Adonc de ses plaisirs despouillié l'as;
Car, sans lui faire assavoir,
Trestout le bien qu'il souloit recevoir
Lui as osté, et lui rens tous les jours
16 Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.
Et se cellui, par qui en dur point chié,
Ne vient briefment, mal oncques m'affulas
De tes dajigiers par qui du tout dechié
20 De joye avoir, et s'il est d'amer las
Trop me convendra douloir;
Car plus que riens le désir a veoir,
Et, s^il ne vient, j'aray pour mes labours
24 Pour un seul bien plus de cinq cens doulours.
XL, — 6 L'' si chierement a. — 7 ,4 pour ses labours — g B
Au premier m'as le c. si a.— B^ alechié — lo B Pour m. — 18 A^
£' mar o. m.— 19 A^ donjers — 23 B par m . 1.
42 CENT BAI.ADES
XLI
HELAsl au moins se aucune nouvelle
Peusse ouir, par quoy sçeusse comment:
Le tait cellui qui mes maulx renovele,
4 Et qui tenu l'a ja si longuement
De moy loingtain, ce feist aucunement
Moy resjouïr, mais nul n'en fait raport,
7 Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.
Ne sçay s'en nef, en barge, ou en nacelle,
Passa la mer ou s'il va autrement;
S'en Aragon, en Espaigne, en Castelle,
j 1 Ou autre part soit aie, ou briefmtnt
Ne puist venir, ou si prochainement;
Car je ne sçay ou il est, n'a quel port,
14 Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.
Ou peut estre qu'il aime autre plus belle
Que je ne suis, si ne lui chaut granment
De revenir; mais il n'est damoisclie
18 Ne nulle autre, ce sçay certainement,
Qui jamais jour l'aime plus loiaument;
Mais que me vault? quant je n'en ay confort,
21 Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort.
XLI. — i B H. amours — 1 B P. avoir — b A ce fait a — 10
A^ en E. ou en C. — .4- ou C. — iS B ne s. c.
CENT BALADES 43
XLII
OVIDE dit qu'il est un messagier,
Qui en dormant les nouvelles aporte,
Les gens endort, et puis les fait songier
4 De joye ou dueil, songes de mainte sorte.
Morpheûs cil messager on appelle;
Au dieu qui dort est tilz, ce dit la fable.
Qui en pluseurs formes se renouvelle,
8 Cil nonce aux gens mainte chose notable,
Et cellui dieu de someil alegier,
Soye mercy, veult le mal que je porte.
Car nouvelles m'cnvoye sanz dongier
12 De mon ami. autre ne me conforte.
Mais quant chose me dit qui ne m'est belle.
Mon cuer tremble plus que feuille d'arable ;
Car en nul cas de riens le voir ne celle,
i6 Cil nonce aux gens mainte chose notable.
Et ma doulour fait moult assouagier
Le dieu qui dort, certes je fusse morte
Se il ne fust; mais plorer de legier
20 Me fait souvent, car trop me desconforte
Quant il me dit qu^une autre damoiselle
Tient mon ami, et qu'il soit véritable
J'ay grant paour; car, de toute querelle,
24 Cil nonce aux gens mainte chose notable.
XLll. — 3 .4' Orphcùs — lo .1' Sieniu m. — Z3 le ducil q.
je p.
44 ChNT BALADES
XLIII
HÉ Dieux! que le temps m'anuie.
Un jour m'est une sepmaine;
Plus qu'en yver longue pluie,
4 M'est ceste saison grevaine.
Helas! car j'ay la quartaine,
Qui me rent toute estourdie
Souvent et de tristour pleine :
8 Ce me fait la maiadic-
J'ay goust plus amer que suye,
Et coulour pasle et mausaine;
Pour la toux fault que m'appuye
12 Souvent, et me fault Talaine.
Et quant l'excès me demaine,
Adonc ne suis tant hardie
Que je boive que tysaine :
rô Ce me fait la maladie.
Je n'ay garde que m'enfuve;
Car, quant je vois, c'est a peine
Non pas Terre d'une luie,
20 Mais par une chambre plaine.
Encor convient qu'on me maine,
Et souvent fault que je die :
« Soustenez moy, je suis vaine. »
24 Ce me fait la maladie.
Médecins, de mal suis plaine,
Garissez moy, je mendie
XLIII. — 21 ^' que on
CENT BALADES 46
De santté qui m'est longtaine;
Ce me fait la maladie.
XLIV
AMOURS, il est fol qui te croit,
Ne qui a loy servir s'amuse;
Car qui mieulx le sert plus reçoit
4 De grans anuis. et sa vie use
A grant meschief qui s'i esluse;
Grant faissel lui fault soutenir,
7 Je m'en sçay bien a quoy tenir.
Ton bel accueil chascun déçoit,
Chascun attrait, nul ne reff'use,
Assez promet et moult accroît;
I r Mais au payer trestous t'abuse.
Et pis y a, car on accuse
Qui ta vie veult maintenir,
i^. Je m'en sçay bien a quoy tenir.
A la perfin chascun le voit,
Ton fait n'est fors que droiite ruse,
Et s'au commencier on savoit
18 Comment la fin en est confuse,
Tel s'en retrairoit qui y muse;
Mais on ne s'i scet contenir,
21 Je m'en sçay bien a quoy tenir.
XLIV. — 14 et 2 I ^' Je me s.
4^ CENT BALADES
XLV
LR messagier de Renommée,
Qui Pegasus est appelle,
Par qui giant parole est semée,
4 Car ce qu'il scet n'est pas celle,
Cil vole plus tost qu'une aronde,
Et telles nouvelles raporte,
Souvent qu'il semble que tout fonde;
8 Et a la fois grant joye aporte.
Les nouvelles de mainte armée,
Ou s'un pais s'est rebellé,
Ou s'aucune chose est blasmée,
12 A tantost dit et revellé;
Mais souvent ment, car il abonde
En grant parole droitte et torte;
Par lui sont dolent maint au monde;
i6 Et a la fois grant joye aporte.
Cellui m'a la guerre nommée,
Ou mon ami s'en est aie,
Et m\i dit qu'une aultre enamée
20 A, dont j'ay le cuer adoulé,
N'est ne première, nefSeconde
Fois, qu'il ainsi me desconforte;
Dont plourer me fait a grant onde;
24 Et a la fois grant joye aporte.
XL.V. — 2 A' appeliez — 5 A^ Sil — ù B apporte — lo B p,
est r. — 14 A- p. et d. et t.— 17 5 la 1^. donné — K) B que a e.
— 20 A' adouice
CENT BALADES 47
Ainsi, en pensée parfonde
Songe m'euvre de deuil la porte,
Si qu'il m'est vis qu'en plours ja fonde ;
28 Et a la fois grant joye apporte.
XLVI
MESPRENDROYE vers amoufs
De faire nouvel ami,
Quant j'ay, sens avoir secours,
4 Attendu an et demi
Cellui que je tant amoye?
Bien voy qu'il ne lui souvient
De moy, quant ne vient, n'envoyé,
8- Ne nouvelles ne m'en vient.
Pour lui ay eu mains maulx jours,
Et se tel mal eust pour mi,
Plus tost venist que le cours;
12 Car oncques puis ne dormi
Bien, qu'il parti, ne n'oz joye;
Ne sçay quel cause le tient,
Mais n'en oz ne vent ne voye,
16 Ne nouvelles ne m'en vient.
Se ne vueil plus en telz plours
vivre, j ay assez gemi ;
Estre y pourroye tousjours,
20 Qu'il n'en donroit un frémi.
Ce n'est pas drois que je doie
XLV. — 25 tî 28 omis dans A^ et B .
XLVI. — I /î M. je V. a. — 3 A B^ Q. je s. — 8 A^ ne me v.
— f) .42 Par 1. — i5 B M. n. oy
48 CENT BALADES
Lui amer, quant ne lui tient;
Ne ne chault que je le voie,
24 Ne nouvelles ne m'en vient.
XLVil
JAMAIS a moi plus ne s'attende,
Cellui a qui plus ne m'attens,
Puis que vers moy ne vient ne mende.
4 Attendu Tay deux ans par temps,
Plus ne m'en quier donner mau temps;
Folie m'en feroit douloir,
7 Puis qu'il m'a mis en nonchaloir,
Au vray corps Dieu le recoracnde,
Qui le gard de mauvais contens,
Et de tout péril le deffende,
1 1 Combien que plus je ne l'attens,
Et a m'en retraire je tens;
Et de ce fais je mon devoir,
14 Puis qu'il m'a mis en nonchaloir.
Mespris a vers moy, mais Tamende
N"'affiert pas de deniers contens,
Mais du devoir qu'Amours comendc
18 A ceulz qui sont entremettans
D'amours servir; mais mal contens
S'en tient mon cuer, a dire voir,
2 1 Puis qu'il m'a mis en nonchaloir.
XLVIl. — I A- i. p. a m.— 1 1 B- je ne l'entens — 12 /l' jettcns
- B Et a moy r. j'entens
CENT BAI. A DES 49
XLVIII
JE ne te vueil plus servir,
Amours, a Dieu te comand.
Tu me veulz trop asservir,
4 Er paier mauvaisement ;
Pour loier me rends tourment.
C'est fort chose a soustenir ;
7 Je ne m'i vueil plus tenir.
Pour ta grâce desservir
Je t'ay servi loiaument,
Mais je ne puis assovir
I i Mon service, car griefment,
Me tourmentes, dont briefmcnt
Aime mieulx m"'en revenir :
14 Je ne m'i vueil plus tenir.
Qui a toy se vcult plevir,
Et donner entièrement,
Puis descendre, puis gravir,
18 Selon ton commandement,
Lui convient péniblement;
Si m'en doit bien souvenir :
21 Je ne m'i vueil plus tenir.
XLVIll. — li B irop g — 12 B bien b.
bo CENT BALADES
XLIX
N'en parlez plus, je ne vueil point amer ;
Sire, pour Dieu vueiiliez vous en retraire,
Ne me devez ne haïr ne biasmer,
4 Se je ne vueil a nul en tel cas plaire;
Helas! pour Dieu, vueiiliez vous ent retraire.
Car plus ne vueil telle complainte oïr;
j Vous me ferez d'environ vous foïr.
Par telz semblans me feriez diffamer;
A vous seroit grant pechié de ce faire.
Ja vont pluseurs partout dire et semer,
j I Que cy entour vous n'avez riens que faire,
Et si n'est nul qui autant y repaire;
Mais se vous voy de tel plait esjouïr,
14 Vous me ferez d'environ vous fouïr.
Il n'est chanteur, ne sereine de mer,
Qui cuers de gens scevent si bien soubtraire.
Ne beau parler, prier, ne reclamer,
18 Qui me feïst a telle amour attraire,
Si vous suppii que vous en vueiiliez taire;
Car s'autrement ne puis de ce joir,
21 Vous me ferez d'environ vous foïr.
XLIX. — G B celle c. o— c, B X v. sera — 18 B Q. me sceûst
a t. a. uaire — A'^ Q. me faist a tel a.
CENT BALADES 5l
AUCUNES gens porroient mesjugier
Pour ce sur moy que je fais ditz d'amours;
Et diroient que Pamoureux dongier,
4 Je sçay trop bien compter et tous les tours,
Et que ja si vivement
N'en parlasse, sanz Tessay proprement,
Mais, sauve soit la grâce des diseurs,
8 Je m'en raport a tous sages ditteurs.
Car qui se veult de faire ditz chargier
Biaulz et plaisans, soient ou longs ou cours,
Le seulement qui est le plus legier,
12 Et qui mieulx plaist a tous de commun cours,
C'est d'amours, ne autrement
Ne seront fait ne bien ne doulcement,
Ou, se ce n'est, d'aucunes belles meurs,
i6 Je m'en raport a tous sages ditteurs.
Qui pensé la, s'en vueille deschargier.
Qu'en vérité ailleurs sont mes labours.
Pour m'excuser ne le dis ne purgier ;
20 Car araé ont assez de moy meillours,
Mais d'amours je n'ay tourm.ent
Joye ne dueil ; mais pour esbatement
En parlent maint qui ont ailleurs leurs cuers,
24 Je m'en raport a tous sages ditteurs.
L. — 6 ^i Ne p. — i3 B ou a.— 14 D Ne seroit — 18 B n. soit
m. I. — 20 fî de moy a. m.
b2 CENT BALADES
LI
CE n'est pas drois que vous face prière
De moy amer; car mie n'apartient
Que nul amant dame d'amours requière,
4 Car de l'amant ce communément vient.
Mais vraiement c'est grant duel s'il avicnt
Qu'on ait un tel pour ami retenu,
Qui loiaulté ne vérité ne tient;
8 Ce poise moy quant ce m'est avenu.
Et non obstant qu'a moy pas il n^afiere
D'en plus parler, puis qu'a vous n'en souvient,
Si ne me puis je encor tenir si fiere
12 Que ne die le dueil qui me survient.
Car le mien cuer pour mal content se tient
De vous trouver de vraye amour si nu.
Dont je voy bien retraire m'en convient ;
lô Ce poise moy quant ce m'est avenu.
Trop me déçut Amours par vostre chiere,
Qui demonstroit, mon cuer bien le retient,
Que m'amissiez de vraye amour entière.
20 Et vrayement je croy que qui maintient
Tel trayson, pou de preu en retient;
Mais je voy bien qu'il vous est souvenu
Moult pou de moy, mais puis que vous n'en tient,
24 Ce poise moy quant ce m'est avenu.
Ll. — 4 B ce commencement v. — j B Q. v. ne 1. ne t.— 17 B
Amours si me d. p. — -2.1 B en détient — eS B puis qu'a v.
CENT BALADES 53
LU
DE tous les dieux dont Ovide parole
En ses dittiez qui amerent jadis
Tant, par amours qui tous les cuers afole,
4 Qu'ilz en vindrent ça jus de paradis,
Soient trestouz les faulz amans maudiz.
Je pri Pluto, Cerberus, Proserpine,
Que grant meschief ne leur soit pas tardis,
8 Et que jamais leur meschance ne fine.
Cupido pri le dieux d'amours qui vole,
Et Jupiter, Apollo, Paliadis,
La grant Venus qni d'amours lient escole,
1 2 Que de leurs cours banis et enîredis
Soient adès, et tous bien contredis,
Et qu'en leurs cuers mettent d'amours l'espine,
Et qu'ilz soient en tous lieux escondis,
i6 Et que jamais leur meschance ne fine.
Et le dieu Mars qui pas ne porte escole.
Cil qui aide en battaille aux hardis,
Vueille sur eulx descochier tel bricole, .
20 Dont ilz gissent vaincus, maz, estourdis ;
L^honneur d^armes soit en eulx reffroidis,
Et pri Juno la déesse bénigne
Que povreté et mal leur doinl tousdis,
24 Et que jamais leur meschance ne fine.
Et s'oultremer s'en vont en ce tendis,
LU. — l'i B s. tousjours — -4' t. biens c— 14 A- Mais en 1. -
i5 A- Pour tant s — 2i A' Honneur d'à.
54 CENl' BAI.AOLS
Le dieu de mer si trouble la marine
Qu'ilz y soient tous péris et laidis,
28 Et que jamais leur meschance ne fine.
LUI
SAGE seroit qui se saroit garder
Des faulx amans qui adès ont usage
De dire assez pour les femmes frauder;
4 Trop se plaignent de l'amoureuse rage
Qui plus les tient que l'oisellet la cage,
Et vont faignant qu'ilz en ont couleur fade ;
Mais quant a moy tiens de certain corage,
8 Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.
Qui les orroit jurer et bien bourder,
Faire semblant d'estre plus serf qu'un page,
Aler, venir, muser et regarder,
12 Et en parlant recouper leur langage
Pour decepvoir, a pou n'est il si sage
Eulx guermenter a la plaisant et sade !
Mais on peut bien jugier a leur visaige,
16 Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.
De telz amans Dieux les vueille amender.
11 en est moult, je croy, dont c'est dommage,
Qui partout vont aux dames demander
20 Grâce et mercy, ou envoyent message,
Qui ne le font fors pour querre avantage
En certains lieux; pour ce dit ma balade,
LU. — i-] B p. ou 1.
LUI. — 0 A - B\. ï. iaider— 7 A- B M. q. a m. je t. en mon c.
- \b A' on p. b. veoir a — 22 £> En divers
CENT BALADES 56
Qu'en ce cas cy, tant soit de hault parage,
24 Qui plus se plaint n'est pas le plus malade.
LIV
VRAYs amoureux, jeunes, jolis et gais,
Qui desirez a monter en hault pris,
Ayez les cuers nobles, doulz et en paix,
4 Blasme et mesdit soit de vous en despris,
D'acquerre honneur soiez chaulx et espris,
Courtois, loiaulx, sages et gracieux,
Et beaulx parliers, larges, n'aies envie,
Portez honneur aux vaillans et aux vieulx ;
9 Ainsi sera grâce en vous assouvie.
Ne vous chault ja s'estes ou beaulz ou lais,
Granz ou petiz, ja n'en serez repris,
Mais que renom tesmoigne voz bons fais,
i3 Et que soiez en toute honneur apris. ♦
Du fait d'autrui ne parlez en mespris,
Vostre maintien soit bel, et en tous lieux
Soit plaisamment dame de vous servie,
Esbatez vous a honnourables jeux ;
18 Ainsi sera grâce en vous assouvie.
Suivez les bons, ne vous vantez jamais,
Ne a mentir souvent n'aies apris,
Et voulentiers d'armes portez le fais;
22 Qui ce mestier faire a entrepris
Nul ne blasmez, comment qu'il vous soit pris,
Dieu et les sains et les saintes des cieulx
Amez, servez trestoute vostre vie,
,LIV. — 4 A' Blasdit et m.— 6 B l. s. c. et g. — 21 H les fais
56
CFNT BALADES
Et en tous cas vous en sera de mieulx,
27 Ainsi sera grâce en vous assouvie.
Gentiz amans, or soiez doncques lieulx,
El deshonneur sera de vous ravie.
Les fais des bons aiez devant les veuhc,
3i Ainsi sera grâce en vous assouvie.
LV
QUI bien aime n'oublie pas
Son bon ami pour estre ioings
Car en voyage avient maint cas,
4 'Dont li sejourners est besoings;
Mais aucuns on sieult moult amer
Qu'on oublie par long passage.
Car le voiage d'oultremer
8 A fait en amours maint dommage.
Pluseurs en Chipre ou a Damas,
Ou demeurent trois ans ou moins,
S'en vont, ou au corps saint Thomas
12 En Ynde, ou ilz ont mains besoings;
Mais Amours qui les fait armer
Leur rend souvent pou d'avantage,
Car le voiage d'oultremer
16 A fait en amours maint dommage.
Par teiz séjours souvent sont las
Les cuers d'amer, et par telz poinz
Sont oubliez ceulz qui maint pas
20 Font par le monde ei": divers coings;
L\'. — r. A'- Que on
CENT BAIADES 5 7
Aussi n'oseroie affermer
Qu'amis ne changent leur corage.
Car ie voiage d'oultremer
24 A fait en amours maint dommage.
LVI
MON bel ami, je voy trop bien
De vray, quel que le semblant soit.
Que vostre cuer ne m'aime en rien.
4 Bien borgnes est qui ne le voit ;
Vous le dites quoy qu'il en soit,
Mais c'est tout pour moy faire pestre,
7 Car l'oeuvre loe le maistre.
Il appert a vostre maintien
Comment vo cucr d'amer recroit;
Car tout un moys, si com Je tien,
II De moy veoir ne vous chauldroit.
Que m'amissiez qui le croiroit?
Certes, ce ne pourroit estre,
14 CarToeuvre loe le maistre.
Dont trop pour foie je me lien,
Et aussi chascun m'i teiidroit,
De vous amer; car nesun bien
18 De ce venir ne me pourroit,
Puis qu'en riens ne vous en seroit,
Et j'aperçoy trop bien vostre estre ;
21 Car l'oeuvre loe le maistre.
LVI. — 4. A Pou aperçoit q. ne le v. — l'i Sic cia'ts tous les mss.
corr. C. ce ne p. [pas] e. — 16 J3 El c. a.
58 CENT BALADES
LVII
SE J'ay le cuer dolent je n'en puis mais,
Car mon ami s"en vait en Angleterre,
Ne je ne sçay quant le reverray mais
4 Le bel et bon qui mon cuer tient en serre;
Car entre luy et moy ara grant barre;
Mais jamais jour joye ne bien n'aray,
7 Jusques a tant que je le reverray.
Et quant je pense a ses gracieux fais
Doulz et plaisans, trop fort le cuer me serre;
Et comment pour morir, certes, jamais
1 1 Ne me courçast, et ou pourroye querre
Nul plus plaisant? or vueil je Dieu requerre,
Qui le connoit; mais dolente seray,
14 Jusques a tant que je le reverray.
Or est mon cuer chargié de pesant fais,
Dont plains et plours me feront dure guerre;
Et en lui seul seront tous mes regrais:
1 8 Car je l'aim plus que riens qui soit sus terre.
Si convendra que le renvoyé querre,
Ou a douleur et'meschief languiray,
2 1 Jusques a tant que je le reverray.
LVil. — 1 A^ j'en n'en p. m. — 2 jB' va. — 3 /> q. je r.
II B' Ne ine courcist — A- et ou pourroy je q. — 17 ii Car
20 B Ou en à.
CENT BALADES 69
LVIII
DANT chevalier, vous amez moult beaulz ditz;
Mais je vous pri que miealxamiez beaulz faiz.
Au commencier estes un pou tardis,
4 Mais encor vault trop mieulx tart que Jamais,
Vous ne servez fors d'un droit entremais :
Parmi ces cours voz baladez baillier;
C'est le beau fait que vous ferez jamais.
8 Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!
Vous estes bon chevalier et hardis,
Mais vous amez un petit trop la paix,
Si avez droit, car aux acouardiz
12 Est trop pesant des armes le grief fais.
Tel chevalier soit honnis et deffais
Qui pour honneur ressongne a travailler!
Mais le repos vous siet bien désormais.
16 Ha Dieux ! Ha Dieux ! quel vaillant chevalier!
Et pis y a, par Dieu de paradis,
C'est villain fait se vous en pouez mais;
Car malparlier, jengleur, plein de mesdis,
2u Estes tenus et pis, mais je m'en tais,
Dont a la Court partout et au Palais
Vont maint disant qu'on le puist exillier;
De quoy sert il ? De faire virelais.
24 Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!
Le mesdire d^autrui laissiez en paix,
Dant chevalier, car pire en un millier
11 n'a de vous, si dient clers et lais :
28 Ha Dieux! Ha Dieux ! quel vaillant chevalier !
6o
CENT BALADES
LIX
PAR ces moustiers voy venir et aler
Maint amoureux gracieux et faitis,
Qui n'osent pas a leurs dames parler
4 Pour mesdisans qui trop sont ententis
D'eulx agaitier, dont les amans gentilz
S'en vont souvent quMlz n'en ont se mal non.
Et quant ilz sont de l'église partis,
8 Sont ilz aise? certes je croy que non.
Et se bien ont, je croy qu'au paraler
Moult chierement il leur soit départis
Car, qui se veult selon amours riuler,
1 2 II n'a mie pour soy tous bons partis.
Amours les tient subgiez et moult craintis
Que de leur fait il soit aucun renom.
Ytelle gent, soient grans ou petiz,
i6 Sont ilz aise? certes je croy que non.
Mais des mauvais on ne se doit mesler;
Car bien n'en ont, ne mal, mais alentis
Hz sont d'amer et ne scevent celer;
20 Malicieux,- decepvans et faintis
Sont, et mauvais et en leurs fais soubtilz;
Mais ne leur chault s'ilz sont amez ou non.
Se bien leur vient a si pou d'apetis,
24 Sont ilz aise? certes je croy que non.
LIX. — 2 A Ces a. — 3 A' a leur dame — 4 5 q. s. t. c. —
7 li de l'c. sonis — (| .1' que au — 18 /l' el a. — 21 /l- en 1. f.
faiiuir.s
CENT BAI.ADES Ol
LX
Du mal d'amours soiez vous tourmentez,
Vous qui parlez sus les vrais amoureux!
De les blasmer je dis que vous mentez,
4 D'eulx diffamer, ne mesdire sur eulx,
Car bonne gent sont et beneiireux
D'avoir empris si gracieuse vie ;
7 Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.
Car il n'est nul si villain, n'en doubtez,
S'il a gousté des doulz biens savoreux
Qu'Amours départ a ceulx qu'il a domtez,
1 I Que tout gentil, poissant et vigoreux
Il n'en deviegne et de biens plantureux.
Tache de mal est d'eulx du tout ravie;
14 Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.
De mieulx valoir qu'ilz ne font vous vantez,
Faulx mesdisans, villains, maleiireux,
Qui en tous lieux estes si déboutez,
18 Que clîascun fait de vous le dongereux ;
Faillis, lasches estes et paoureux,
Et en eulx est toute grâce assouvie ;
21 Mais vous parlez comme gent pleins d'envie.
LX. — 12 B II ne d.
02 CKNT BALADES
I
LXI
o fut une damoiselle
Que Jupiter ama moult fort.
Juno en ouy la nouvelle;
Se ne lui fu jeu ne déport :
4 Du ciel descent en une nue
Pour son mary surprendre ou fait;
Sur eulx est tout a coup venue
Si les y eust surpris de fait ;
Mais il n'est nul si grant meschief
10 Qu^on ne traye bien a bon chief.
Car Jupiter d'une cautelle
Se couvri; car il fist un sort
Par quoy il tresmûa la belle
En une vache, mais au fort
i5 * S'en est Juno si près tenue,
Qui souspeçon a du méfiait,
Qu'elle a la vache retenue
Malgré que Jupiter en ait.
Mais il n'est nul si grant meschief
20 Qu'on ne traye bien a bon chief.
La vache en garde bailla celle
A Argus, qui jamais ne dort;
Cent yeulz avoit et la pucelle
Toudis gaitoit, mais il fu mort ^
25 Par Mercures qui Fen desnue,
Car au vachier tant tint de plait
LXI. — 8 ^ Et — 10 ^î Que on— zz A- Se c. en taisant un s.
1- A Que elle — 26 A~ G. le v.
CENT BALADES 63
Qu'il l'endort, puis Ta détenue ;
Et ce fu a Juno moult lait.
Mais il n'est nui si grant meschief
3o Qu'on ne traye bien a bon chief.
Pour ce je di qu'une cenelle
Ne vault la garde tant soit fort,
Ne a vallet ne a basselle;
Puis qu'ilz sont tous deux d'un acort,
35 L'amour d'eulz sera maintenue
Et verront, qui que dueil en ait,
L\ni Tautre, et en est avenue
Mainte chose par tel agait;
Mais il n'est nul si grant meschief
40 Qu'on ne traye bien a bon chief.
LXII
Ha! mon ami, que j'ay long temps anié!
Comment as tu le cuer si desloiaulx.
Que moy qui t'ay si doulcement clamé
4 Ami long temps, tu me fais tant de maulz?
Parjur, mauvais, plein de mençonge et faulz,
On te devroit par dessus tous clamer,
7 De moy laissier ainsi pour autre amer.
Je t'avoye dessus tous affermé
Pour mon ami sur tous especiaulx,
Et tous jours t'ay chery et reclamé
I r De tout mo*n cuer qui t'a esté loyaulz;
LXI. — 32 vers rayé dans A^ . — 40 .d' Q. ne tourne
LXII. — 4 7i qu une faiz t. de m. — <'> B On le doit bien — 9 B
P. m. a. trcs chier e. — w B c\. l'ay e.
64 CIÎNT BALADES
Mais plus mauvais n'a n'en France n'en Caulx,
Ne autre part, le cuer as trop amer
14 De moy laissier ainsi pour aultre amer.
Est donc ton cuer si pris et enflammé
De celle qui tant me fait de travaulx,
Que de s'amour soies si affamé
1 8 Que de moy fais contre elle petit taux ?
Tu t^avances de ce faire a bas saulv,
Ce m'est avis, et te doit on blasmer
2 1 De moy laissier ainsi pour aultre amer.
LXIII
A MOURS ! Amours ! ce m'as tu fait,
jL\ Qui m'as mis en si dur parti.
Se ne te feis Je oncques meffait,
4 Et si ay tant de maulx parti
Largement m'en as départi;
Et qui te fait de son cuer don,
7 A il doncques tel guerredon?
Ton soûlas est bien contrefait,
Il s'est de moy tost départi,
Contre le bien mal me reffait ;
1 1 En grant doulour s'est converti,
Tu m'occis sanz dire « gar t'y! »
Va il ainsi qui te sert don,
14 A il doncques tel guerredon ?
Et pour quoy. ne pour quel tort fait,
LXII. — i5 i3 si p. si c. — 20 fi ce me semble
LXIII. — i5 /i Et p. q et p. q. meffait
CENT BALADES 65
M'as tu un tel ami sorti,
Qui ma vie et mes Jours deffait?
Car par lui suis en tel parti
Que tout mon sens est amorti.
'Qui tu esprens de ton brandon,
A il doncques tel guerredon?
LXIV
O AGES et bons, gracieux et courtois,
s^ Doivent esLre par droit tous chevaliers
Larges et frans, doulz, paisibles et cois,
4 Pour acquérir honneur grans voiagiers,
En fais d'armes entreprenans et fiers,
Droit soustenir et defFendre TEglise,
D'armes porter doit estre leur mestiers,
8 Qui maintenir veult Tordre a droite guise;.
Hanter les cours des princes et des roys.
Les fais des bons recorder voulentiers ;
Estre doivent d'orphelins et de lois
12 Et des femmes deffendre cousiumiers,
Acompagnier les nobles estrangiers,
Preux et hardiz et sanz recreandise,
Et voir disans, fermes, vrais et entiers,
i6 Qui maintenir veult Tordre adroite gnise.
Et noblece dont il est si granl voix
Les doit tenir loiaulx et droituriers;
Pour le renom qu'il est des bons françois
20 Leur doit estre tous pesans fais legiers,
LXIII. — 20 Zî Q. t. e. dj tel b. — 21 A guerdon
LXIV. — ■/ A omet D' — 12 /l El de f.
i". 1
66 CENT BALADES
Ne orgueilleux, vanteurs ne losengiers
Ne soient pas, car chascun trop desprisc
Si fais mahains, bourdeurs ne noveliers,
24 Qui maintenir veult l'ordre a droite guise.
Telz chevaliers doit on avoir moult cliiers;
Dieu et les sains et le monde les prise.
Or suive donc toudis si fais sentiers,
28 Qui maintenir veult Tordre a droite guise,
LXV
\ME sanz per, ou tous biens sont assis,
A qui ra'amour j'ay trestouie donnée,
Corps gracieux de doulz maintien rassis,
4 Belle beaulté doulcement atournée.
Que j'aim et craim plus qu'autre chose nce,
Apercevez que je n'ose
Parler avons, ne conter mon martire;
Mais s"il m'esteut le dire a la parclose
g Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.
Car il a Ja des ans bien près de six
Que j'ay en vous m'amour toute assenée,
N'oncques n'osay vous requérir mercis
I 3 Pour la paour que ne soiez tanée
De m'escouter, mais ne puis plus journée
La douleur qui est enclose
Dedens mon cuer endurer sanz le dire;
LXIV. — 23 A Si f. m. vanteurs ne n. — 27 E' or s, doncqucs
si f. s.
LXV. — 10 Zî G. il y a J. — I î A- m'a. en v. — \3 B q. ne
t'eussiez t.
CENT BALADES 67
Mais se voyez que pour vous ne repose,
18 Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.
Gentil cuer doulz, or soient adouicis
Par vous mes maulz, et ma douleur sande.
Car de plorer et plaindre je m'occis,
22 Ne je ne puis sanz mort passer Tannée,
Se ma douleur n'est brief par vous finée.
Relie, plus fresche que rose,
Vo doulce amour demand que tant désire ;
Et quant ne vueil ne requier autre chose,
27 Ne me vueilliez, doulce dame, escondire.
LXVÎ
MON chevalier, mon gracieux servant,
Je sçay de vray que de bon cuer ra'amcz,
Et de long temps je vois apercevant
L'amoureux mal dont tant vous vous blâmez.
Or ne faites plus mate chiere,
Ne vous douiez plus ne jour ne demi,
Car je vous vueil amer d^arnour entière.
Et vous retien pour mon loial ami.
Et la douleur qui tant vous va grevant
Pour moye amour, dont pour mort vous clamez,
Je gariray et vous verray souvent.
Ja ne sera mon corps si enfermez
Que je ne treuve bien manière
De vous veoir; or soiez tout a mi ,
LXV. - 23 B n'e. tost p.— 23 B La vostre a.— 26 A Et se voycs
que pour vous ne repose
LXVI. — 12 Zî si afl't;rmez
68 CENT BALADES
Car eslre vueil aussi vo dame chiere,
i6 Et vous retien pour mon loial ami.
Si gardez bien, ne m'alez décevant,
Car ies loyaulz amans sont clersemez;
Ce croy je bien, mais n'alez ensuivant
20 Les faulz mauvais qui tant sont diffamez.
Pour ce, se je ne vous suis fiere,
Et ay pitié dont tant avez gémi ;
Par quoy ottroy m'amour a vo prière,
24 Et vous retien pour mon loial ami.
LXYII
CHIERE dame, certes je ne pourroie
Vous mercier assez souffisamment
Du noble don que vo doulz cuer envoie
4 A moy, qui suis vostre serf ligement,
De me donner Tamour entièrement
De vous que j'aim et desk a servir;
7 Hé Dieux me doint pouoir du desservir ! -
Or avez vous remply de toute joye
Mon povre cuer, et osté le tourment
Que par long temps pour vous souffert avoye;
I I Or m'avez vous mercy trop grandement.
Pensé avez de mon avancement
De moy vouloir de tous biens assouvir;
14 Hé Dieux me doint pouoir du desservir!
LXVI.— 20 A~ L. f. amans — 21 B Pourtant — 23 A^ m'a. o.
LXVl!. — 3 B^ q. vostre c. ociroye — B^ q. vo d. c. octroyé —
5 /i De moy d.~ 7 iî Ha D.— 7, 21 ,4' Et D. — 8 à 14 omis dans
A^ — 14 BUd I).
CENT BALADES 69
Or seray gay trop plus que ne souloic,
Et bien est drois que vive Jiement ;
Car tant me plaist que vostre amour soit moye
i8 Que, se le monde estoit mien quittement,
Mieulz vouldroie le perdre entièrement
Que vostre amour, ou me vueil asservir;
21 Hé Dieux me doint pouoir du desservir !
LXVIII
DAME, oncques mais je ne vous vi
Que maintenant; mais, sanz meniir,
Mon cuer avez du tout ravi
4 A tousjours mais, sanz départir.
Si me fauldra mains maulz sentir,
Se m'escondissiez ; ce vous pry.
7 Dame, pour Dieu, mercy vous cry.
Grandement ni'arez assouvi,
S'il vous plaist a moy consentir
Vostre amour, et je vous plevi
1 1 Que tout vostre, sanz alenlir,
Suis et seray, n'en quier pariir.
A jointes. mains je vous depry ;
14 Dame, pour Dieu, mercy vous cry.
Durement m'ara asservi,
Vostre beaulté qui amatir
Fera mes ris, et assouvi
18 Sera mon bien ; se assentir
LXVH. - 20 B or m'y v. - 21 B Ha D.
LXVIU. — 4 A-^ B s. repentir — 6 .1' se v. p. — B^ et v,
i.\. A' doulcc d. m. — 18 j3 se consentir
70 CENT BALADES
Voulez ma mort, comme martir
Me mourray ; si oyez mon cry :
2 1 Dame, pour Dieu, mercy vous cry.
LXIX
iL VOUS est bien pris en sursault
Le mal d'amours qui si vous blecc ;
Ne voulez pas avoir deffault
4 Pour avoir de prier paresce.
Je ne suis pas d'amer maistresse,
Et nyce on me devroit clamer,
7 Sire, de si tost vous amer.
Car il m'est vis que dame fault
Contre honneur et contre noblece,
De tost donner ce que tant vault,
1 1 Qu'il n'est nulle plus grant richece
Aux desirans, ne tel leesce.
On vous lairoit pou affamer,
14 Sire, de si tost vous amer.
Et desservir avant vous fault
Les biens d'amours a grant destrece,
Et souffrir le froit et le chault,
18 Que vous en aiez tel largece;
Bien me tendriez a musarresse,
Vous meismes me devriez blasmer,
21 Sire, de si tost vous amer.
LXIX. — 6 B Aussi me d. on blasmer — i5 B Car - 19 B B. m'en
tendriez — 8-21 A intervertit ces deux strophes
CENT BALADES
LXX
\7ovLKz VOUS donc que Je muire,
'' Très belle, pour vous amer?
Helas ! ou pourray je fuire,
4 Se vo doulz cuer m'est amer ?
Je ne me pourroye armer
Contre amours qui si m'assault
7 Que vigueur et cuer me fault.
Pour Dieu ne me vueiiliez nuire.
Très doulce estoille de mer
Par qui je me vueil conduire ;
I I Vous seule vueil reclamer,
Vueillez moy ami clamer,
Ou je vous diray tout hault
14 Que vigcur et cuer me fault.
A vo vouloir me vueil duire,
Et de tous poins confermer;
Autre ne me puet déduire.
18 Si m'i fault du tout fermer,
Sanz nul jour me deffermer
De vous, dont j'ay tel deffault
21 Que vigour et cuer me fault.
LXXI
VosTRE beaultc, vogracieu.^ accueil,
A si mon cuer de vous enamoré,
Dame plaisant, et vo doulz riant oeil,
72 CENT BALADES
4 Que, se je n'ay vostre amour, je morré
Prochainement, et frémir
Fait tout mon cuer quant vo beaulté remir;
Tant suis forment de vostre amour espris,
8 Douice dame, je me rens a vous pris.
Voiez comment pour vous de plours me mueii,
Par quoy vivre longuement ne porré
Pour l'amoureux mal dont si fort me dueil,
12 Que ja m'a près que mort et acouré.
Dame que je vueil cremir,
Aiez pitié de moy qui escremir
Ne puis vers vous, et com d'amer surpris,
1 6 Douice dame, je me rens a vous pris.
Et très plaisant cuer, gentil, sanz orgueil,
Doulz corsellet de moy très aouré,
Je ne désir autre chose, ne vueil
20 Qu\in doulz baisier de vous assavoré;
Plus ne devroye gémir
Se du très doulz viaire ou je me mir
Avoye ce; mais se j'ay riens mespris,
24 Douice dame, je me lens a vous pris.
LXXII
A dame, je ne sçay que dire
De vous et de vostre manière;
Vous me voulez du tout destruire
De moy faire si mate chiere;
LXXI. — 4 ^' se )!i n'c — i) B V . comme p. v.— 20 ^1' Que un
— 21 A ci'cmir — 22 A- me i^iuyr
LXXll. — 2 B ne de v.
CENT BALADES
73
Débouter me voulez arrière
De vous, dont suis desconforté ;
7 Ne sçay qu'on vous a raporté.
Riens ne fais qui vous puist souffire,
Ne chose que je vous requière
Ne faites, dont j'ay trop grant yre.
1 1 Ne soûliez estre coustumiere
D'envers moy estre si très fiere,
Sanz que me soye mal porté;
14 Ne sçay qu'on vous a raporté.
Fondre me feriez com la cire,
Et mon corps moult tost meire en bicre,
De moy de tous biens escondire,
18 Ou je ne sçay, ma dame chiere,
S'un autre en mes biens met enchieie
Qui vo cuer ait mal enorté;
21 Ne sçay qu'on vous a raporté.
Si ne vueilliez qu'a la mort tire
Sanz cause, pour un autre eslire
Qui mon bien en ait enporté;
25 Ne sçay qu'on vous a raporté.
LXXIII
HELAs! ma dame, il me fault eslor^ner
De vo beaulté, dont le cuer trop me deult.
Si m'assauldront-tous maulz sanz espargnier,
LXXII. — 6 B De V. d. j'ay trop de dune — 7 .1' que on — i3
B Se vo cuer est mai cuorté — 14 A^ que on ~ i3 A'- fercs — 20
B Qui de moy vous ait mal porté — 21 et 25 A^ que on — 22 à
2 3 omis dans il
74 CENT BALADES
4 Car plus vous aim que Tristan belle Ysseult,
Belle, ou sont tuit mi ressort.
Or deffauKlront rni gracieux déport;
Car vous estes mon reconfort sur tous,
8 Las! que feray, doulce dame, sanz vous?
Et tous les jours faudra en plours bagner
Mon pouvre cuer, qui trop de mal recueult;
Car autre bien ne convoite a gaigner
12 / Fors vous, belle, ce demande et ce veult.
Si suis en grant desconfort;
Car je ne puis vivre sanz vous au fort,
N'estre de mort par nulle autre rescous,
i6 Las! que feray, doulce dame, sanz vous?
Le départir je doy bien ressongner, /-'>'
Par quoy perdray ce qu'esjoir me seult :
C'est vo doulçour quant lui plaist a daigner
2o Moy conforter, et doulccment m^acueult;
Or n'en aray reconfort,
Dont grief doulour trop durement me mort:
Or suis je bien de tous biens au dessoubz,
24 Las! que feray, doulce dame, sanz vous?
LXXIV
jOULCE dame, a Dieu vous command,
Aler m^en fault, dont il me poisc,
Cent fois a vous me recommand,
Et vous suppli, doulce et courtoise.
Ne m'oubliez ou que je voise ;
LXXîIl. — i5 B N'e. ne puis p. — A'' p. nul a r. — 22 P> t.
grisfment.
CENT BALADES '/S
Et pour retour de ce voiage,
7 Je vous laisse mon cuer en gage.
— Amis, vostre département
Petitement mon cuer renvoise,
Et se m'oubliez nullement,
II II ne sera nul qui racoise
Mon dolent plour. A basse noise
Vous di a Dieu, et pour partage,
14 Je vous laisse mon cuer en gage.
— Belle, sachiez certainement
Que, pour dame ne pour bourgoise,
Ne vous oublieray vraiement;
18 D'autre amour ne donne une boise,
Tost revendray comment qu'il voise,
Et de vous renvoier message,
21 Je vous laisse mon cuer en gage.
LXXV
NE me vueilliez pas oublier
Pour tant si je vous suis lontains.
Belle, je vous vueil supplier
4 Qu'il vous souviengne que je n'aims
Fors vous, et pour tant, se je mains
Hors du pais si longuement,
7 Ne vous oubli je nullement.
Ce me feroit com fol lier,
Et com dervez, et piez et mains.
S'a aultrc veoie aller
1 1 Vostre doulz cuer, niieulz vouldroic ains
Morir que part y eussent mains ;
76 CENT BALADES
«
iMais pour peine, ne pour tourment,
14 Ne vous oubli je nullement.
Si me fault melancolier
Loings de vous, en plours et en plains;
Ne le courroux entroublier
18 Ne puis, dont H miens cuers est pleins;
Et si ne sçavez mes reclaims;
Mais sachiez qu'un tout seul moment
21 Ne vous oubli je nullement.
LXXVI
JE pri a Dieu qu'il lui doint bonne nuit
A la très belle, ou sont tous mes reclaims,
El qu'il ne soit chose qui lui anuit,
4 Fors seulement que d'elle si loings mains.
Car de tel mal moult bien me plaist qu'alains
Soit son doulz cuer, si qu'adès lui souviegne
7 De son ami, désirant qu'il reviegne.
C'est la plus belle et la meilleur, je cuid.
Qui soit ou monde, et si suis tous certains
Que loiaulté du tout gouverne et duit
1 1 Son noble cuer, qui n'est lier ne haultains,
Ne de villain penser taché ne tains;
Si requier Dieu que nouvelles lui viegne
14 De son ami, désirant qu'il reviegne.
LXXV. — 17 S Ne le c. apalicr — 18 5 le m. c. e. tains — ig B
Ne vous ne s.
LXXVI. — ? yi qui vous a. — 3 B C. de ce m. — i3 .4> Si re-
quiert
CENT BALADES 77
Ha ! que fusse je ores ou doulx réduit,
Ou elle maint, la porté ou ampains!
A lui seroit et a moy grant déduit,
i8 Si seroient un pou noz maulx estains;
Dieux! quesceustelleau moins comment JeTaims?
Si le sçara, mais qu'en l'amour se tiegne
2 1 De son ami, désirant qu'il reviegne.
LXXVII
JE ne suis pas vostre pareil,
Car vous estes la non pareille
Du monde, belle sanz orgueil,
4 A qui servir je m'appareille;
Mais sachiez qu'Amours me traveille
Pour vostre amour et me commande,
7 Dame, qu'a vous servir j'entende.
Si oiez le plaint de mon dueil
En pitié, de vo doulce oreille;
Et prenez garde que je vueil
1 1 Estre tout vostre, et ja ne vueille
Vostre doulz cuer que tant me dueille,
Ains lui plaise affin que j'amende,
14 Dame, qu'a vous servir j'entende.
Regardez mo)' de vo doulz oeil,
Dame, car je tremble comme fueille,
Présent vous, ne passer le sueil
LXXVI. — ib iî Et— 18 ^1 moz — B mes m. e.— 19 B Wé —
20 yl m. que
LXXVII. — 3 ZJ Du m. servir s. o. — 7, 14, 21 5 q. v. s. e. —
Il /i E. trestoul v. et ne v.— 12. B V. doulçour— i.(/l' s. entende
78 CENT BALADES
18 N'ose que vo courrouz n'acueille, .
Vostre grant valour ne s'orgueille
Contre moy, ains tel bien me rende,
21 Dame, qu'a vous servir j'entende.
LXXVIII
UE ferons nous de ce mary jaloux?
Je pry a Dieu qu^on le puist escorchier
Tant se prent il de près garde de nous
4 Que ne pouons l'un de l'autre approchier.
A maie hart on le puist atachier,
L'ort, vil, villain, de goûte contrefait,
7 Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!
Estranglé puist estre son corps des loups,
Qu'aussi ne sert il, mais que d"'empesciiier!
A quoy est bon ce vieillart plein de toux,
1 1 Fors a tencier, rechigner et crachier?
Dyable le puist amer ne tenir chier,
Je le hé ti'op, Tarné, vieil et deffait,
14 Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!
Hé! qu'il dessert bien qu'on le face coux
Le baboïa qui ne fait que cerchier
Par sa maison ! hé quel avoir! secoux
18 Un pou sa pel pour faire aler concilier,
Ou les degrez lui faire, sanz marchier,
Tost avaler au villain plein d'agait,
2£ Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait!
LXXVII. — 20 B C. vous
LXXVII!. — 8 ^1 s. c. de 1. - i3 B Je le hé t Tort, vil
vilain, d. — ib B Dieux
CENT BALADES 79
LXXIX
ELAs! ma dame, amours le m'a fait dire
Ce que j'ay dit cora rude et mal apris;
Si ay parlé corn dolent et plein d'yre.
4 Mais ne vueilliez, pour Dieu, tourner a pris
Ce que j'ay dit, doulce dame de pris ;
Car je sçay bien qu'ay parlé rudement,
7 Si vous en cry mercy très humblement.
Car a raison toudis pas ne se tire
Le cuer qui est de jalousie espris,
Car il n'est dueil, ne maladie pire;
II Et on m'a dit, l'autryer le vous rescrips,
Que vous avez a autre amer empris;
Et ce me fist parler plus lollcmenr,
14 Si vous en cry mercy très humblement.
Mais je vous pry qu'il vous vueille souffire
Moy a ami, combien que plus grant pris
Ont mains meilleurs et je soye le pire,
18 Puet bien estre, mais n'aiez eu despris
Mon loial cuer\le vostre amour surpris,
Je vous nommay fausse, certes je ment,
2 I Si vous en cry mercy très humblement.
LXXIX. — b A- Mes paroles d. — 11 .1' l'autre yer — Z3 le
V. escrips — i3 yi' p. felcment — 16 A'^ a. espris — 2; A-
ic V.
80 CENT BALADES
LXXX
K pourray je donc jamais avenir
A vostre amour, ma dame débonnaire,
Pour bien amer et loyaulté tenir,
4 Ne pour prier ou pour service faire?
N'ay je pouoir de vo doulz cuer attraire,
Belle plaisant, mon gracieux cuer doulz,
7 Voulez vous donc que je muire pour vous?
Helas! pour Dieu, vueilliez moy retenir
Pour vostre ami ! car il m'est neccessaire
Se vivre vueil, ne puis plus soustenir
I r Vostre escondit qui m'osie mon salaire ;
Et plus vous serfs et plus m''estes contraire,
Dame d'onneur, me haïez vous sur tous,
14 Voulez vous donc que je muirc pour vous?
Au moins s'un pou vous daignast souvenir
Du dueil amer qu'il me fault pour vous traire;
Pour quoy vous pleust, quant me voiez venir,
iS Vous dire ce dont je ne me puis taire,
Que me feissiez de vostre doulz viaire
Un doulz semblant, mais, quant ne suis rescoux,
21 Voulez vous donc que je muire pour vous?
LXXX, — 4 A- i> ne p. s. — 12 ^1 ni'etez — 17 5 Par quoy
19 B^ Q. me faisiez — 20 B m. se ne — i5 à 20 A'^ :
Quant tout mon fait et tout mon maintenir
N'est autre part et ne veez le contraire,
Ne vous deust il quelque foiz souvenir
Du mal que j'ay pour vous que ne puis taire?
N'a il pitié quelconque en vostre affaire?
Me lairez vous finer en tel courroux ?
CENT BALADES 8l
LXXXI
CE jour de l'an que Peu doit estrener,
Très chiere dame, entièrement vous donne
Mon cuer, mon corps, quanque je puis finer;
4 A vo vouloir de tous poins abandonne
Moy, et mçs biens vous ottroy, belle et bonne;
Si vous envov ce petit dyamant,
7 Prenez en gré le don de vostre amant.
Je vous doy bien tout quanque j'ay donner ;
Car ou monde n'a nulle autre personne
Qui les me peiist tant guerredonner,
1 1 Com vous,, belle, qui la fin et la bonne
Estes, qui tous mes biens drece et ordonne;
Si vueil estre tout vostre en vous amant,
14 Prenez en gré le don de vostre amant.
Or vueilliez donc vo doulz cuer assener
A moy aussi; ne soiez si félonne
Que me faciez jusqu^a la mort pener.
18 Ostez le mal qui en mon cuer s'entonne.
Si porteray des amans la couronne ;
Mon cuer vous donne et le vostre demand,
2 1 Prenez en gré le don de vostre amant.
LXXXI.- 10 A- Q. \t
T I
82 CENT BALADES
LXXXII
|OULCK dame, vueilliez moy pardonner
Se demourc ay un pou longuement ;
Car je n'ay peti plus tost retourner,
4 Dont me desplaist; car trop d'empeschement
M^est survenu, mais croiez fermement
Que vostre suis, ou soie près ou loings,
7 Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.
J'ay bien cuidé la ma vie finer,
Tant eus de mal pour le département
De vous, très belle, et, sanz joye mener,
1 [ J'ay la esté très le commencem.ent
Jusqu'à la fin ; car resjouïssement
, Je n'ay sanz vous, fors mal et tous besoings,
14 Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.
Or suis venu, vueillez moy ordener
Vostre vouloir, car vo commandement
Vueil obéir, et je me doy pener
iS De vous servir ; ne feray autrement
Tant quan vivray, sachiez certainement.
Car la sont tous mes pensers et mes seins,
21 Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.
LXXXII. - I B Chiere d. — 6 B p. el). - 1 1 .4' G'y ay e.
17 B car je m'en vueil p. — A- car je me d. — 19 Z> T. com v.
CENT BALADES 83
LXXXIÎI
TRÈS faulz parjur, renoyé plein de vice,
Plus que Judas rempli de traïson,
De tout mon cuer t^ay amé comme nyce,
4 N"'oncques vers toy ne pensay mesprisoU;
Et pour autre me laisses sanz raison.
Ne deusses pas ce moy faire a nul fueur;
Car tu me metz en trop dure friçon.
8 Ha desloial! comment as tu le cuer?
Dieux, que feist on de telle gent justice?
On en pent maint a trop moins d'achoison,
Se m'en vengier peusse, je garisse
1 2 Des maulx que j'ay pour toy a grant foison.
Que fusses tu destroit en ma prison ?
Ton grant orgueil m'atasse, et la grandeur
Dont tu me fais vivre a tel cuisançon.
i6 Ha desloial ! comment as tu le cuer?
De mes bienfais me rens tel bénéfice,
Ne plus ne moins com fist le faulz Jason
A Medée, qui lui fist tel service
20 Qu'il en conquist la dorée toyson,
Pour lui laissa sa terre et sa maison,
Dont lui rendi après petit d'onneur;
Encor me fais pis sanz comparoison.
24 Ha desloial ! comment as tu le cuer?
LXXXIU. — 7 A'^ Mais — 9 jB' de celle g. — 18 Zî m. que f.
84 CENT BALADES
LXXXIV
SE VOUS me donnez congié
Par conseil de mesdisans.
Dame que servie j'é
4 Par l'espace de dix ans,
Au lit me mettrez gisans:
N'oncques ne m'amastes brief,
7 Se vous me faites tel grief.
N^ay desservi qu'estrangié
Soye, mon devoir faisans,
Et se je suis deslogié
1 1 Pour aultre moins soufîisans,
Qui a vous soit plus plaisans,
Sur lui vendra le meschief,
14 Se vous me faittes tel grief.
Vo cuer est vers moy changié ;
Car tousdis par moz cuisans
Je suis de vous laidengié,
18 Com je fusse un païsans;
Mais je croy que mes nuisans
Leur part aront du relief,
21 Se vous me faittes tel grief.
LXXXIV. — 8 A^ que e. — 19 B M, bien c.
CENT BAI.ADES 85
LXXXV
L'espoir que j^ay de reveoir ma dame
Prochainement, me fait joyeux chanter
A haulte voix ou vert bois soubz la rame,
4 Ou par déduit j'ay apris a hanter
Pour un petit les maulx que j'ay domtcr,
Pour ce qu'adès suis d'elle si longtains ;
7 Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains.
Et je doy bien avoir désir par m'ame
D'elle veoir, car je m'ose vanter
Qu'il n'est ne roy, ne duc, ne prince, n'ame
î t Qui ne voulsist a elle honneur porter,
Pour les grans biens qu'on en ot raconter;
Si me desplait dont d'elle si loins mains;
i \. Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains.
Et sa beaulté, qui le mien cuer cnlîammc.
Me fait souvent gémir et guermenter
Pour le désir, qui m'estraint et affame,
i8 D'elle veoir, pour moy reconforter;
Je chanteray pour mon cuer déporter.
Adès suis loings d'elle ou sont mes reclains;
2 1 Mais, se Dieu plaist, j'en seray plus prochains.
LXXXV. - I ^> rcveir — io A Que il n'c. r. — ii D I\ k
^raiil bien — 17 A- Tant nie destraint d. fort et a. — î8 A- et
p. ni. conforter — 19 A- et m. c. 6.
86 CCNT BALADES
LXXXVI
JADIS par amours anioient
Et les dieux et les déesses,
Ce dit Ovide, et avoient
4 Pour amours maintes destresses ;
Foy, loiaulté et promesses
Tenoient sanz decepvoir,
7 Se les fables dient voir.
Et du ciel Jus descendoient.
Non obstant leurs grans hauteces,
Et a estre amez queroient
II Les haulz dieux pleins de nobleces;
Pour amours leurs grans richeces
Mettoient en nonchaloir,
14 Se les fables dient voir.
Lors si très contrains estoient,
Nymphes et enchanterresses,
Et les dieux qui lors regnoient,
18 Satirielz et maistresses,
D'amours, qu'a trop grans largeces
Mettoient corps et avoir,
21 Se les fables dient voir.
Pour ce, princes etprincepces
Doivent amer et savoir
D'amours toutes les adresces.
25 Se les fables dient voir.
LXXXVI. — iG ^1 Nyphes — 19 S qui t g. 1. — 24 ^! tous
l. a. — 22 à 23 omis dans A'~
CENT BAI.ADES 87
LXXXVII
PUIS qu'ainsi est que je ne vous puis plaire,
Ma belle amour, ma dame souveraine,
Pour nul travail que mete a vous complaire,
4 Je n'y fais riens fors que perdre ma peine;
Ainçois me lairiez mourir.
Que daignissiez le mal que j'ay garir.
Si ne vueil plus vous faire l'anuieux,
8 A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeux.
Ce poise moy, quant je ne puis attraire
Vostre doulz cuer, car je vous acertaine
Que se pleii vous eiist mon affaire,
12 Oncques plus fort Paaris n'ama Heleine
Que feisse vous; mais pourrir
Y pourroie attendant que merir
Me deiissiez; et pour ce, pour le mieulx,
16 A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeulx.
Et non pourtant ne m'en vueil si retraire,
Que s'il est riens, de ce soiez certaine,
Que je puisse pour vous dire ne faire
20 A vostre gré, dame de doulçour pleine,
Je le feray, mais périr
Me laisseriez ainçois que secourir
Me voulsissiez ; pour ce, ains que soie vieulx,
24 A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yculx.
LXXXVII. — 3 A' travai — 2j B Me dainanijsicz
88 CENT BALADES
Q
LXXXVIII
u'kn puis Je mais, se je porte le noir,
Quant il convient qu'a tous mes plaisirs faille.
Puis qu'eslongner me fault le doulz manoir
4 Ou Ten ne veult plus que je viegne n'aille,
Dont mon cuer est entrez en grant bataille,
Qui de dueil est plus noirci qu'errement;
Mais quant fauldra que tout bien me deffaille,
8 Ce sera fort se je vif longuement!
Ha ! ma dame, je me doy bien doloir,
Quant il convient que hors du pais saille
Ou vous estes, m'amour et mon vouloir;
12 Ne pouoir n'ay que d'aultre riens me chaille;
Tout autre amour je ne prise une maille;
De vous venoit tout mon avancement.
Mais puis qu'Amours si pesant fais me baille,
\6 Ce sera fort se je vif longuement!
En grant languour vivray et main et soir.
Que maudit soit qui telz morseaux me taille
Par quoy vous pers, dont mieulz vouldroie avoir
20 La mort briefment que vous perdre sanz faille;
Car ou monde n'a dame qui vous vaille,
Ne de beaulté, ne de gouvernement.
De vous me part, las! je ne sçay ou j'aille,
24 Ce sera fort se je vif longuement !
LXXXVIII. — 7 .1-' q. t. mou b. d. — 12 B .le n'ay p. — i3 B
T. a. bien — 17 B je v. m. 'j\ s. — 2 3 .4' ou je a.
CKNT BALADES 89
LXXXIX
MAINTES gens sont qui veulent par maistrise
Les biens d^amouis avoir et acquérir;
C'est grant folour ; car n'est drois qu'en tel guise
4 On doie amours contraindre et surquerir.
Car humblement on doit ce requérir
Qui est donné franchement sanz contrainte,
7 Ou autrement l'amour est fausse et fainte.
Et s'il avient qu'aucuns aient acquise
Icelle amour par grant soing de quérir,
A eulx vuelent qu'elle soit si soubzmise,
I 1 Comme se droit leur faisoit conquérir;
Pour ce souvent font la doulçour périr
Qui doit estre par doulce grâce attainte,
14 Ou autrement l'amour est fausse et fainte.
Si n'y doit nul user de seigneurise,
N'en fait, n'en dit, mais mieulz voloir moiir.
Que maistrisier le doulz don que franchise
18 Fait ottroier et rigueur fait périr;
Bien servir doit, pour guerredon merir,
Le vray amant obeïr en grant crainte,
2 1 Ou autrement l'amour est fausse et fainte.
LXXXIX.— 8 yli c'a.— 11 .1' 1. f. acqucrir — i3 .4'Bp. droiitc
g. — i5 5 Si n'y d. nulz y ouvrer de main mise — i-j B Que ce
qui est octroyé par f. — iS B Vuelient par leur rigneur iaire p.
QO CENT BALADES
XG
BALADE POUETIQUE
SE de Juno, la déesse poissant,
N'est Adonnis bien briefment secouru,
Le fier dieu Mars Tira trop angoissant.
4 Es fors lians Vulcans est encoru ;
Venus Tama jadis, bien y paru,
Mais ne lui peut adès en riens aidier;
7 II y morra briefment, au mien cuidier.
Et durement lui est Pallas nuisant,
Mais Mercures est pour lui acouru,
Qui fait son fait trouble apparoir luisant,
1 1 Devant le dieu Jupiter comparu
Est Adonnis, contre lui apparu
C'est Cerberus qui trop scet de plaiJier;
14 II y morra briefment, au mien cuidier.
Trestous les dieux lui sont mal advlsanl,
Fors Mercures par qui Argus moru,
Mais s'a Juno aloit abellissant
18 II ne seroit de nul a mort féru ;
Mes s'Appollo le fiert a trop grand ru,
Sauldra le sang, tout lui fera vuidier ;
21 II y morra briefment, au mien cuidier.
XC. — ly A-i Se A. — fî Et
CENT BALADES 9I
XCI
t
A ucuNEs gens mettent entente et cure
1\ K espier ce que les autres font.
Et d'autruy fait moult parlent, et n'ont cure
4 De riens celer, et les bons contrefont ;
Mais envie, qui si les frit et fond,
Les fait parler et de chascun mesdire,
7 N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire.
C'est grant meschief que la vie tant dure
A telle gent, et que Dieu ne confont
Si fais gloutons, par lesquelz grant injure
1 1 Reçoivent maint qui desservi ne Tout,
Simples et bons semblent de premier bout,
Mains en y a qui sont de Judas pire,
14 N'il n'est si bon qu'ilz n"y treuvent a dire.
Leur faulz parlei' et leur maie murmure
Empeschent gent, meismes l'air en coi ront,
Et qui plus ment volentiers plus en jure,
iS C'est le droit cours que gent mesdisant vont;
Merveilles est que la terre ne font
Dessoubz tel gent, car d'eux le monde empire,
21 N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire.
XCI.— 5 A^ fruit — 7 ^' Nul — lô A^ Empeschc— iS .4- Ce
le maintien q. g. m. ont — fi q. g. m. ont
g 2 CtNT BALADES
A'
XCII
VEC les preux bien devez estre mis,
Bon chevalier vaillant, plein de procce,
Qui par valeur d'armes avez soubsmis
4 Maint grant païs et mainte forteresse.
Du preux Hector vous ensuivez i'aJrece,
Et de César qui fu sage et vaillant,
Alixandre qui sala travaillant
8 Tant qu'il conquist le monde entièrement,
Et a Judas Machabée ensement,
Au bon David, Josiié, par tel guise,
Ainsi est il de vous certainement,
12 En qui Dieux a toute proece assise.
Charles le grant a qui Dieu fu amis,
Le bon Artus ou tant ot de noblece,
A Godefroy qui fut grans anemis
i6 Aux mescreans, trop leur fist de destrece,
Vostre bonté d'eulx ensuivir s'adrcce.
Par emploier trestout vostre vaillant
A conquérir a l'espée taillant
20 Pris et honneur, si semblez droittement
Le droit soleil qui luit ou firmament,
Que chascun veult désirer, aim.e et prise,
Ainsi est il de vous certainement,
24 En qui Dieux a toute proece assise.
Et tant vous a Dieu donné et promis
De ses hauls biens et a si grant largccc,
XCII. — i B \i. c. p de trcs grant p. — 14 B ou trop ot —
B Q.. c. V. der.ire
CENT BAIADES qS
Que se vivoit adès Semiramis,
28 Qui Jadis fu royne et grant maistresse.
L'amour de vous tendroit a grant richece.
Car bien qui soit n'est en vous deffaillant;
N'en nesun cas nul ne vous voit taillant,
32 Par tout le mande en tient on parlement.
Les bons Rommains jadis si vaillamment
Se portèrent qu'ilz ont louange acquise,
Ainsi est il de vous certainement,
36 En qui Dieux a toute proece assise.
XCIII
LES roys, les princes et les sages,
Et les preux du temps ancien,
Hz avoient tout plein d'usa^ies,
4 Dont l'en ne fait maintenant rien ;
Hz amoient sur toute rien
Honneur trop plus que convoitise.
Mais adès qui garde le sien,
8 H a assez science acquise,
Proece, honneur, grans vacelages
Ot l'empereur Ottonien,
Sage fu, prudent et moult larges,
12 Pour ce de ses tais lui prist bien;
Mais qui tient en destroit lien
Son avoir, adès cil on prise,
Quel que soit le nyce maintien,
16 Ha assez science acquise.
XCIl. — 3i 5 Ne en nul cas — 3^ A^ q. o. vaillance a,
XCIII. — 1 A- B Kt les gens — 12 li de ses biens
94 CENT BALADES
Et pour ce font de grans oaltrages
Les convoiteux de mal merrien
Aux pouvres gens, et mains domages
20 Mais Jamais ne diroient « tien »,
Mais trop bien « ce cy sera mien »;
Qui de traire a soy scet ia guise,
Par fiaterie ou par moyen,
24 ÎI a assez science acquise.
XGIV
ui que die le contraire,
On doit loiaulté tenir
En tout quanque l'en veult faire,
4 Qui veult a grant preu venii- ;
Et qui barat maintenir
Veult, a la fin mal lui prcnt,
7 Mais fol ne croit jusqu'il prent.
Loiaulté est neccessaire
A qui tent a avenir
A honneur et grant salaire;
II N'il ne doit apartenir
Que cil doye bien fenir,
Qui a barater se prent,
14 Mais fol ne croit jusqu'il prent.
Et trop mieulx se vauldroit lairc,
Que de dire et soustenir
Que de loiaulté retraire
18 Se convient, qui devenir
XCin. — 23 ^1 P. f. et p. m.
XCIV. — \b lî Fa t. se V. m. t.
CENT BALADES gb
Veult riche, et fraude tenir;
Qui le fait au laz se prent,
2 1 Mais fol ne croit jusqu'il prent.
XCV
Nous devons bien, sur tout aultre dommage,
Plaindre cellui du royaume de France,
Qui fut et est le règne et héritage
4 Des crestiens de plus haulte poissance;
Mais Dieux le fiert adès de poignant lance,
Par quoy de joye et de soulaz mendie;
Pour noz péchiez si porte la penance
8 Nostre bon Roy qui est en maladie.
C'est grant pitié; car prince de son aage
Ou monde n'yert de pareille vaillance,
Et de tous lieux princes de hault parage
12 Desiroient s'amour et s'aliance.
De tous amez estoit très son enfance;
Encor n'est pas, Dieux msrcis, refïroidie
Ycelle amour, combien qu'ait grant grevancc
i6 Nostre bon Roy qui est en maladie.
Si prions Dieu, de très humble coragc.
Que au bon Roy soit escu et deffence
Contre tous maulz, et de son grief majage
20 Lui doint santé; car j'ay ferme créance
Que, s'il avoit de son mal allegance,
Encor seroit, quoy qu'adès on en die,
XCV. 3 i)2 Cl l'héritage — b A"^ D. le fiers — 20 Ji c. j'ay t.
espérance — 21 A' omet ce vers — 2-^ B Qu'eiicor
gÔ CENT BALADES
Prince vaillant et de bonne ordenance
24 Nostre bon Roy qui est en maladie.
XGVI
BIEN nobles est qui en soy a bonté,
Il n'est trésor qui a tel valeur monte,
Et en hault pris bien doit estre monté
4 Cil qui est bon ; et aussi toute honte
Doit bien le mauvais avoir;
Pour tant, s'il a grant poissance ou avoir,
Ou que si bel soit que riens ne lui faille,
8 S'il n'a bonté, trestout ne vault pas maille.
Et quant les fais des bons sont raconté,
On s'esjouit partout ou Ten les conte ;
Et que des bons mauvais soient donté
1 2 A chascun plaist, et par nombre on les conte
Les bons pour ramentevoir.
Chascun vouldroit, plus qu'il ne fait, valoir;
Car il n'est nul, tant sa richece vaille,
16 S'il n'a bonté, trestout ne vault pas maille.
Plus nobles est et plus est ahonté,
Soit prince ou roy, duc, chevalier ou conte,
Se en valeur les autres surmonté
20 N'a et en bien. Gentillece que monte
Se mieulx ne se fait valoir
Qu'autres ne font? Il est bon assavoir
Qu'il n'est nulz homs, de quelque lieu qu'il saille,
24 S'il n'a bonté, trestout ne vault pas niaille.
XCVI. — 1 1 A- Et q. d. b. les m. sont d. — B F.t se les b. les
m. ont d. — ib B Car homs c|ni soit — 21 B Qui — 23 A tant sa
riche jse vaille.
CENT BALADES 97
XCVII
DE comaïun cours chascun a trop plus chiers
De Fortune les biens, que de Nature;
Mais c'est a tort, car ilz sont si legiers
4 Qu'on n'en devroit a nul fuer avoir cure.
Boëce en fait mension
En son livre de Gonsolacion,
Qui repreuve de Fortune la gloire ;
8 Si font pluseurs sages qui font a croire.
Et non obstant que ces dons soient chiers,
Et que chascun a les avoir met cure,
Si veons nous qu'honneurs et grans deniers
12 Tost deffaillent, et a maint petit dure
La grant exaltacion
De Fortune, qui a condicion
De tost changier, ce nous dit mainte hystoirc ;
16 Si font pluseurs sages qui font a croire.
Mais si certains de Nature et entiers
Sont les grans biens, que nulle créature
N'en est rempli, qui lui soit ja mestiers
20 D'avoir paour de Fortune la dure.
C'est sens et discrecion
Entendement, consideracion,
Aristote moult apreuve mémoire ;
24 Si font pluseurs sages qui font :•. croire.
XGVll. — g A- q. tes J. — 11 ^' que h.
T. 1.
t)8 CENT BALADES
XCVIII
Tous hommes ont le désir de savoir
Et a bon droit il n'est si grant richece;
Mais puis que tous veulent science avoir,
4 Comment veult nul desprisier tel hauiece,
Car ilz sont maint qui n'en ont pas largece.
Ne de leur fait n'est nulle mension,
7 Qui des sages font grant derrision.
Et pour ce dit le philosophe voir,
Que le plus grand anemi de sagece
C'est l'ignorant; mais maint pour nul avoir
1 î Ne pourroient hebergier tel hostesse,
Dieux la donne par esleue promesse ;
Mais pluscurs sont sanz nulle occasion,
14 Qui des sages font grant derrision, -^
Si doit on bien mettre force et devoir
A acquérir si très noble richeîre;
Car qui bien Ta, trop est grant son pouoir.
1 8 Très eureux sont ceulz dont elle est princece
De gouverner tous leurs fais com maistrece.
Entre eulz et ceulz sont en division
2 i Qui des sages font grand derrision.
XGVill. — 1 B Trestous h. désirent assavoir — 4 B Pour quoy
— G B Ne de 1. sens — 10 .4^ Est — 12 B D. la d. pour — iG B
si t. haulte noblesse — 18 5 Moult sont e. c. — 20 A- Mais e.
CENT BALADES 99
XCIX
SI comme il est raison que ciiascun croie
En un seul Dieu, sanz faire aucune double,
Qui aux esleus son paradis ottroie
4 Et les pervers laidement en déboute,
Est il a tous neccessaiie
De parvenir au souverain repaire
A la parfin, ou toute riens repose.
8 Dieux nous y maint trestous a la parclose I
Et non obstant qu'en peschié se desvoye
Tout cuer humain, et que le monde boute
En maint metîais, si doit on toutevoie
12 Soy retourner vers Dieu; car une i;oute
De larme fait a Dieu plaire
Le repentant, tant est très débonnaire ;
Si est rescript en la divine prose.
16 Dieux nous y maint trestous a la parclose!
Si devons, tous et toutes, quérir voie
De parvenir avec la noble route
Des benois sains, ou vit et règne a joye
20 Le très hault Dieu, en qui est bonté toute,
Qui nous donra tel salaire,
Se nous voulons repentir et bien faire,
Ou joye et paix et grant gloire est enclose.
24 Dieux nous y maint trestous a la parclose!
XCIX. — jo ^' Tu — i3 ^' Si est escripl — 19 ^ Do b. s.
100
CENT BALADES
GENT balades ay cy escriptes,
Trestoutes de mon sentement.
Si en sont rnes promesses quiies
A qui m'en pria chierement.
Nommée m'i suis proprement;
Qlù le vouldra savoir ou non,
En la centiesme entièrement
En escrit y ay mis mon nom.
12
i6
Si pry ceulz qui les auront littes,
Et qui les liront ensement,
Et partout ou ilz seront dittes,
Qu''on le tiengne a esbatement,
Sanz y gloser mauvaisement;
Car je n''y pense se bien non.
Et au dernier ver proprement
En escrit y ay mis mon nom.
20
24
Ne les ay faitîes pour mérites
Avoir, ne aucun paiement;
Mais en mes pensées esliites
Les av. et bien petitement
Souffiroit mon entendement
Les faire dignes de renom,
Non pour tant desrenierement
En escrit y ay mis mon nom.
ExpLiciT CKNT Balades
C. — ■] A proprement — i5 /l'Iî di^rrenier — iq ,4^ Fors
qu'en — '20 B mais b. — On trouve dans les mots « en escrit »
Vanac^iamms de Crestiiie.
VIRELAYS
CI COMMENCENT VIRELAYS
^i^ft^'- chante par couverture,
yî^j ¥q Mais mieulx pleurassent mi oeil
(^-J^ Ne nul ne scet le traveil
Que mon pouvre cuer endure.
Pour ce muce ma doulour
Qu'en nul je ne voy pitié,
Plus a Tcn cause de plour
Mains treuve Ten d'amistié.
i3
Pour ce plainte ne murmure
Ne fais de mon piteux dueii ;
Ainçois ris quant pleurer vucil.
Et sanz rime et sanz mesure'
Je clfante par couverture.
102 VIRELAYS
Petit porte de valour
De soy monstrer dehaitié,
Ne le tiennent qu'a folour
17 Geulz qui ont le cuer haitié
Si n'ay de demonstrer cure
L'entencion de mon vueil,
Ains, tout ainsi conn Je sueii,
Pour celler ma peine obscure,
22 Je citante par couverture.
Il
A MIS, je ne sçay que dire
/~\ De vous, car vostre manière
Monstre que d'amour legiere
4 M'amez, dont j'ay trop grant yre.
Je ne sçay se vous rusez,
Mais a vous ne puis parler,
Et tondis vous excusez
8 QuMl vous fault ailleurs aler.
Bien voyque vo cuer ne tire
Qu'en sus de moy traire arrière ;
Et pour vostre morne chiere,
Qui tousdis vers moy empire,
1 3 Amis, je ne sçay que dire.
De maint estes encusez,
Si ne le pouez celer,
Qu'en un lieu souvent mussez,
1 7 Ou l'en vous fait engeler
II. — 5 5 Me s. se vous vous r.
VIRELA.YS J03
Pour attendre, et je souspire
Quant l'en me dit que j'enquiere
De vous, combien qu'il n'affiere.
Mais pour ce que oy tant mesdire
23 Amis, je ne sçay que dire.
III
POL'R le grant bien qui en vous maint,
Bel et bon, ou mon cuer remaint,
Je vueil vivre joyeusement,
Car vous me donnez sentement
5 De très grans plaisirs avoir maint.
Car quant j''oy dire que l'en tient
Que vostre gent corps se contient,
Si haultement, en toute honneur,
Que grâce et loz vous apariient
Sur tous autres, bien le retient
Il Mon cuer qui ne pourroit grigneur
Joye avoir, et quant il atlaint
A vostre amour qui Fa attaiiît,
C'est moult grant rcsjouïsscment
Et pour ce vit très liement
Mon cuer qui d'amer ne se faint
17 Pour le grant bien qui en vous maint.
Et quant je pense et me souvient
Du très grant plaisir qui me vit nt
De vous, ami?, de tous ia flour,
m. — G A- j'oz — 7 /3 se maintici.i — S .4 ' en loul h. — 11 l>
pouoit g.
104 VJRELAYS
J'ay tel joye, souvent avient,
Que ne sçay que mon cuer devient,
23 Tant suis prise de giant doulçour.
En ce penser giette un doulz plaint
Mon cuer, qui a vous se complaint,
Quant vous estes trop longuement
Sanz moy veoir; car seulement
L'amour de vous le mien cuei vaint.
29 Pour le grant bien qui en vous maint.
IV
COMME autre fois me suis plainte
Et complaintte,
De toy, desloial Fortune,
Qui commune
Es a tous, en guise mainte,
6 Et moult faintte.
Si n'es pas encore lasse
De moy nuire,
Ainçois ta fausse fallace
10 Me fait cuire
Le cuer, dont j'ay couleur tainte;
Car attainte
Suis de douleur et rancune,
Non pas une
Seule mais de mille ençainte
Et estrainte,
17 Comme autre fois me suis plainte.
IV. — b B a 'd. m. — ib A- de m. aUaiiue.
VIRELAYS lOb
Mais il n'est riens qui ne passe;
Pour ce cuire
Me convient en celle masse
2 1 Pour moy duire
En tes tours qui m'ont destraintte
Et contraintte,
Si que n'ay joye nesune
O enfrune !
Desloial ! tu m'as enpaintte
En grant craintre,
28 Comme autre fois me suis plainte.
V
BELLE ou il n'a que redire,
De qui Ten ne peut mesdire,
Sanz mentir,
Or vous vueiiliez consentir
A estre de mes maulz mire;
Car Amours m'a fait eslire
7 Vous que j'aim sanz alentir.
Regardez ma voulenté,
Et comment entalenté
Suis par désir
D'obéir a vo bonté;
Car vous avez surmonté
i3 A vo plaisir
IV. — iS Zî me p. -— 20 B en cestc m. — 24 B Tant q.
V. — 2 ^ D. i]. iiulz ne p. m. — i i ,i' D'o. et talenté — B De
servir vostrc bonté — 12 /l' De seivir car s. — i3 /l' A vou
I06 VIRELAYS
Mon cuerqui ne puct desdire
Vo vueil, mais trop grief martire
Fault sentir
A moy qui n'en vueil partir
Pour riens, car je ne désire
Fors vous, sanz y contredire,
Que j'aim sanz ja repentir,
21 Belle ou il n'a que redire.
A vous qui m'avez dompté
Je me suis tant guermenté
A long loisir.
Si doy bien estre rente
Des biens, dont avez plenté;
27 Doncques choisir
Vueillés moy si que souffire
Vous daigne sanz escondire,
Car partir
Ferez mon ciiercom martir,
Si que le mal qui m'empire
Ostez, car trop me martire;
Et vous vueilliez convertir,
35 Belle ou il n'a que redire.
VI
MON gracieux reconfort,
Mon ressort,
Mon ami loial et vray,
De ma joye le droit port,
V. — 14 /l' M'avez sy ne puis d. — i5 /4' Vou v, — 22 .-1'
doublé — 32 B Doncques le m. — 34 A^ Ov
VIRELAYS 107
Et le port
Que toudis, tant corn vivray,
7 Poursuivray.
En vous, dont je me navray,
Mon vivre ay
Mis, et jusques a la mort
Jamais autre ami n'avray ;
Ce devray
i3 Faire, et j'en ay doulz enort.
Car par vo gracieux port,
Que je port
En mon cuer, je recevray
Joye, plaisir et confort,
Ne de fort
Amer ne vous decevray;
Si avray
21 Mon gracieux reconfort.
Ne oncques ne dessevray
Ne seuvray
Mon cuer de loial acort,
Et toudis, si com savrav,
M'esmouvray
27 A vivre en ce doulz recort.
Car tant me vient doulz raport,
Sanz nul tort,
De vous, que j'apercevray
Que vivre sanz desconfort
Doy au fort;
Et pour ce joye ensuivray,
— VI. — \z A- Ce me d. - 17 /!■ J. et p. et c. — 22 A- Ne ja nt
— 2fc> A'^ me V. bon r.
108 VIRELAYS
Et suivray
35 Mon gracieux reconfort.
VII
LA grant douleur que je porte
Est si aspre et si très forte
Qu'il n"est riens qui conforter
Me peûst ne aporter
j Joye, ains vouluroie estre morte,
Puis que je pers mes amours,
Mon ami, mon espérance
Qui s'en va, dedens briefs jours,
9 Hors du royaume de France
Demeurer, lasse! il emporte
Mon cuer qui se desconforte ;
Bien se doit desconforter,
Car jamais joye enorter
Ne me peut, dont se déporte
I b La grant doulour que je porte.
Si n'aray jamais secours
Du mal qui met a oultrance
Mon las cuer, qui noyé en plours
■ 9 Pour la dure departance
De cil qui euvre la porte
De ma mort et qui m'enortc
Desespoir, qui raporter
Vil. — 12 oviis dans A'. — 14 /»' N. m. p. ne me déporter —
16 il^ Si n'a. plus de s.
VIRELAYS 109
Me vient dueil et enporter
Ma joye, et dueil me raporte
La grant doulour que je porte.
VIII
luis que vous estes parjure
Vers moy, dont c^est grand laidur;
A vous qui m'aviez promis
Moy estre loyaulz amis;
5 Vostre loiauhé pou dure.
Je vous avoye donnée
M'amour toute entièrement.
Guidant lavoir assennée
g En vous bien et haultement.
Car vous aviez mis grant cure
A l'avoir, mais je vous jure
Et promez, puis qu'entremis
S'est vo cuer d'estre remis,
Que de vostre amour n'ay cure
i5 Puis que vous estes parjure,
Tost est ccste amour linée
Dont me desplaist grandement.
Car ja ne fusse ta née
19 De vous amer loyaument.
Mais n'est pas drois que j'endure
Vostre grant fausseté pure;
Ce poise moy quant g'y mis
VIII. - 3 iJ A moy
110 VIRELAYS
Mon cuer, s"'il en est desmis
Point ne vous feray d'injure,
25 Puis que vous estes parjure.
IX
JE suis de tout dueil assaillie
Et plus qu'oncques mais maubaillie,
Quant cellui se veult marier
Que )"amoye sanz varier,
5 Si suis de joye en dueil saillie.
Helas! il m'avoit promis
Que ja ne se marieroit,
Quant tout mon cuer en lui mis,
g Et qu'a lousjours tout mifin seroit ;
Mal eschange m'en a baillie,
Car hors s'est mis de ma baillie;
Une autre veult apparier,
Et encontre moy guerrier;
'Puis que s'amour or m'est faillie
I 5 Je suis de tout dueil assaillie.
Celiui devient mes anemis
Qui jadis vers moy se tiroit
Comme mes vrais loiaulx amis,
19 En moy regardant souspiroit.
Or est celle amour tressaillie
IX. — 6 et 8 Sic dans ions les mss. Corr. H. il m'a. [bien] p.—
Q. t. ni. c. en 1. [ay] m. — 10 li vers omis. — 1 1 B Mais — 14 B
Car p. q. s. m. f.
VIRELAYS 1 I (
En autre, et vers moy deffaillie ;
Car ne lui puis, pour tarier,
Sa voulenté contrarier.
Dont d'en morir j'en suis taillie,
25 Je suis de tout dueil assaillie.
X
TRiîs doulz ami, or t'en souviegne
Que au jour d"ui je re retiea
Pour mon ami, et aussi mien
4 Vueil je que tout ton cuer deviegnc ;
Car c'est la guise, et bien l'entens,
Entre les amans ordennée,
Que le premier jour du printemps
8 On retiengne ami pour Tannée.
A celle fin que l'amour tiegne
Un chappellet vert fait très bien ;
On doit donner chascun le sien,
Tant que l'autre année reviegne
i3 Très doulx ami, or t'en souviegne.
Si t'ay choisi et bien attens;
Car m'amour te sera donnée ;
Grant peine as souffert, mais par temps
17 Te sera bien guerredonnée.
Afin que la guise maintiengne
Le jour Saint Valeniin, or tien
Mon chappellet, mais ça le tien,
IX. — 24 B Si suis d'en m. bien t.
I 12 VIRELAYS
Je t'ameray, quoy qu'il aviegne,
22 Très doulx ami. or t'en souviegne.
XI
EN ce printemps gracieux
D'estre gai suis envieux,
Tout a l'onnour
De ma dame, qui vigour
De ses doulz yeulz
Me donne, dont par lesquielx
7 Vifs en baudour.
Toute riens fait son atour
De mener Joye a son tour,
Bois et préz lieulx
Sont, qu'ilz semblent de verdour
Estre vestus et de flour
i3 Et qui mieulx mieulx.
Oysiaulx chantent en maint lieux;
Pour le temps délicieux
Et plein d'odour
Se mettent hors de tristour
Joennes et vieux;
Tous meinent et ris et jeux
Ou temps paschour,
2 1 En ce printemps gracieux.
Et moy n'ay je bien coulour
X. — 21 A^ B 5c t'aimcray
XI. — iQ BT. m. r. et gicux -- 20 B Ou t. pastour — 2i B
Et m. en ay je c.
VIREI.AYS Il;5
D'est re gay, quant la meilleur,
Ainsi m'aist Dieux,
Qui soir, je sers sanz erreur,
N'a autre je n'ay favour,
27 Car soubz les cieulx
N'a dame ou biens soient tieulx;
Si doy estre curieux
Pour sa valour
D'elle servir sanz séjour,
Car anieux
Ne pourroit estre homs moriieulx
De tel douîçour
35 En ce printemps gracieux.
XII
O E pris et los estoit a départir
O Et a donner, selon mon jugement;
J'en sçay aucuns qui bien petitement
Y devroient a mon avis partir.
Et non obstant qu'ilz cuident bien avoir
Assez beauté, gentillece et proece,
Et que chascun cuide un prince valoir,
A leurs beaulx tais appert leur grant nobicce.
Mais puis qu'ion voit, qui qu'il soit; consentir
A villains fais et parler laidement.
Pas nobles n'est; ains deust on rudement
XI. — 24 A^ Ami se m'a. D. — -28 li ou b. sont t. — 32 A^ G.
en mieulx
XII. - 9 A^ Car
1- 1 5
1 14 VIRELAYS
D'entre les bons si faitte gent sortir,
i3 Se pris et les estoit a départir.
Ne en leurs dis il n'a nul mot de voir,
Grans vanteurs sont, n'il n'est si grant maislrece
Qu'ilz n'osent bien dire que leur vouloir
17 En ont tout fait, hé Dieux! quel gentillece!
Comme il siet mal a noble homme a mentir
Et mesdire de femme ! et vrayement
Telle gent sont drois viilains purement,
Et devroit on leur renom amortir,
22 Se pris et los estoit a départir.
XIII
|iEux ! que j'ay esté deceûe
De cellui, dont je bien cuidoie
Qu'entièrement s'amour fust moye !
4 A tart me suis aperceiie.
Or sçay je toute rencloure
Et comment il se gouvernoit:
Une autre amoit, j'en suis seûre,
8 Et si beau semblant nie monstroit
Que j'ay ferme créance eue,
Qu'il ne desirast autre joye
Fors moy; mais temps est que je voie
La traïson qu'il m'a teûe;
1 3 Dieux ! que j'ay esté deceuc !
XII. — 19 B N'a m. — 20 B Telles gens
XIII. — 2 A que je b. c— 4^ A t. m'y s. a.— 5 je omis dans B
VIRELAYS I ID
Mais d'une chose l'asseurc.
Puis que je voy qu'il me déçoit,
Que jamais sa regardeure,
17 Ne le semblant qu'il me monstroit,
Ne les bourdes dont m'a peûc,
Ne feront tant que je le croie ; •
Car oncques mais, se Dieux me voie,
Ne fu tel traïson veiie.
22 Dieux! que j'ay esté deceûe !
XIV
TRESTOUT me vient a rebours,
Mal a point et au contraire.
En tous cas, en mon affaire :
4 Je pers en vain mes labours.
Ce n'est pas de maintenant
Qu^ainsi je suis démenée,
Car dix ans en un tenant
8 J'ay esté infortunée.
Mal me prent de commun cours
De tout quanquc je vueil faire,
Et ce que me devroit plaire
Me deffuit. et a tous tours
i3 Trestout me vient a rebours.
Pour riens me vais sousteiiant
Puis que Fortune cncharnée
XIII. — 21 B t. faulssetc v.
XIV. — 12 A- Me (Jcstruii — B ci a t. jours
IlG ViRELAYS
Est SUS moi, qui démenant
17 Par mainte très dure année
Me va, et Dieux est si sours
Qu'il ne daigne vers moy traire
Son oreille débonnaire ;
Pour ce, plus tost que le cours,
22 Trestout me vient a rebours.
XV
E meschief, d'anui, de peine,
Je fais dis communément,
Car selon mon sentement
4 Sont, et de chose certaine;
Mais quant d'autrui voulenté
Faire dis me vueil chargier,
De cuer mal entalenté
8 Les me fault si loings cerchier,
Et de pensée foraine ;
Pour ce y metz je longuement :
C'est un droit controuvement ;
Car a toute heure suis pleine
i3 De meschief, d'anui, de peine.
Et se le cuer dolent é
11 ne m'est mie legier
Joyeux ditz faire a plenté,
17 Mais pour un pou alci^ier
XV. — 2 iî Je f. d. legieremcnt - i5 B^ Il n'est m. de I ,
VIKEI.AYS I 1 7
La doulour qui m'est prochaine
Je les fais communément
Joyeux, trestout ensement,
Comme se je fusse saine
22 De meschief, d'anui, de peine.
XVI
ON doit croire ce que la loy commande;
Il est trop folz qui encontre s'opose;
Et s'elle fait a croire, je suppose
4 Que maint devront envers Dieu grant amende.
. Il est bien voir que naturelement
. Nous sommes tous enclins et entechiez
A tost pechier; mais plus orriblement
8 Cheent aucuns en trop plus grant péchiez
Qu'autres ne font, et se l'en me demande
Quelz gens ce sont, vérité dire n'ose
Pour leur grandeur, mais Dieux scet toute chose,
Et s'il est voir qu^en enfer on descende,
i3 On doit croire ce que la loy commande.
Merveilles n'est s'on voit communément
Au monde moult avenir de meschiefs;
Car trop de maulx sont fait couvertemcnt
17 De maint meismes qui sont docteurs et cliiefs
De doctrincr le monde qu'il s'amende,
Mais Dieux scet bien quelle pensée enclose
XVI. — 9 .11 Que a. — 17 jB' q. s, des d. c— B- q. s. d. c. —
j8 B D'cndocirincr — iq B q. p. est e.
ii8
22
VIRELAYS
Est en leurs cuers, combien qu'on les alose
Pour leur estas; mais, a quoy que l'en tende,
On doit croire ce que la loy commande.
io B En 1. faulx c.
BALADES D'ESTRANGE FAÇON
BALADE RETROGRADE
QUI SE DIT A DROIT ET A REBOURS
^ ï^^i^ouLÇOUR, bonté, gentillece,
1 l^l^^/' Noblece, beaulté, grant honnour,
^y^^^ Valour, maintien et sagece,
Humblece en doulz plaisant atour,
Gonforteresse en savour,
Dueil angoisseux secourable,
Acueil bel et agréable.
II
14
Flour plaisant, de grant b.aultece
Princece, ma prisiée amour,
Tour forte, noble fortresse,
Largece en honneste séjour,
Déesse, estoille, cler jour,
Oeil, mirouer aimable,
Acueil bel et agréable.
Titre A- B. de plusieurs façons
Ballade rétrograde — i A^ Doulccur — 4. A U ou d. — b A en
savoir — 8 ^' Fleur
120 BALADES D tSTRANGE FAÇON
Coulour fine, vraie adrece,
Tresce blonde, et bonne oudour,
Ardour, souesve simplece,
i8 Parece sanz nulle foulour,
Lucrèce de simple ciemour,
Brueil de soûlas delictable,
21 Acueil bel et agréable.
Maisiresse loyal, ma tenrour,
Leesse plaisant, ma doulour,
Vueil dire a vous très louable
25 Acueil bel et agréable.
BALADE A RIMES REPRISES
FLOUR de beaulté en valour souverain,
Raim de bonté, plante de toute grâce,
Grâce d'avoir sur tous le pris a plain,
4 Plain de savoir et qui tous maulz efface,
Face plaisant, corps digne de louenge,
Ange en semblant ou il n'a que redire,
D^yre vuidié, a vous des preux ou renge,
8 Renge mon cuer qui fors vous ne désire.
Et j'ay espoir qu'il soit en vostre main
Main jour et nuit en gracieux espace,
Passe le temps, car ja a bien haultain
12 Atain par vous, et amours qui m'enlasce
Lasce mon cuer qui du vostre est eschange.
Change vous fais de lui qui vous remire.
B. rétrograde. — ib A' Couleur — 17 .-1' A. s. en s. — ;
25 omis dans A
B. à rimes reprises. — 3 B le p. s. t. — i3 5 en est change
BALADtS D ESI RANGE FAÇON 121
Mire plaisant, a vous qui joye arrange,
i6 Renge mon cuer qui fors vous ne désire.
Si me contraint a Tamour dont vous aim
L'aim de voz yeulz ou grant doulçour s'amasse,
Masse cl'onneur ou j'ay tout mon reclaim,
20 Glaim des vaillans dont nul temps ne me lasse.
Lasse ! comment or a prime m"i prenge?
Pren je en amer riens qui mon bien dessire,
Sire, en vo main qui des bons ne desrenge
24 Renge mon cuer qui fors vous ne désire.
Amis loyaulx, cil cjui maint meschief venge,
Venge mon cuer du vostre en lieu eslire,
Lire a doulz son, afin que je le prenge,
28 Renge mon cuer qui fors vous ne désire.
BALADE A RESPONSES
MON doulz ami. — Ma chiere dame.
— S'acoute a moy. — Très volentiers,
— M'aimes tu bien? — Ouïl, par m'ame.
4 — Si fais je toy. ~ C^est doulz mestiers.
— De quoy? — D'amer. — Voire, sanz tiers.
— Deux cuers en un. - Sanz decepvoir
7 — Voire aux loiaulz. — Tu as dit voir.
Dame sanz per. — Amis sanz blasme.
— Quant vous verray? — T'est il mestiers?
— Oïl ; tosi soit. — Je crain diffame.
Il — Qui le saroit? — Les nouveliers.
B. à vimcs reprises. — l'S A^ B- de vous y. — 20 ZJ' ca nul t.
— 25 à 28 omis dans A
122 BALADES D ESTRANGE FAÇON
— Occions les! — Hz sont trop fiers.
— Nuisent ilz doncques? — Qu'il voir.
14 — Voire aux loiaulz. — Tu as dit voir.
Las! que feray ? — Sueffre la flamme.
— De qui? — D'amours. — Voire, et dongiers.
— Elle m'art tout. — Et moy entame.
18 — Que ferons nous? — Soyons entiers.
~ Sanz reconfort. — Nannil, mestiers
A aux amans. — Quoy ? — Bon espoir.
21 — Voire aux loiaulz. — Tu as dit voir.
Dame ottroiez. — Ami, requiers
Que vous voie. — Quier les sentiers.
— Peine y mettray, — C'est le devoir.
25 — Voire aux loiaulx. — Tu as dit voir.
BALADE A VERS A RESPONCES
AMOURS, escoute ma complainte?
— Or dis : qu'as tu ? de quoy te plains?
— De toy par qui je suis destraintte.
— Tort as quant de ce te complains?
5 — Non ay voir, car ma joye estains.
— Joye en aras s'en toy ne tient?
— Trop crain le granl mal qui en vient.
— Pense au bien, non pas au dommage?
— Vueille ou non, d'un seul me souvient.
B. a lesponces. — i5 A^ Je âens le dart — Et moy la f. — iq /l'
N'a nul ni.
B. a vers a responces. — Rubrique omise dans A^ et B— C'est
la 21' ballade des ballades de divers propos dans B — 3 B^ des-
tainte — 7 B Je c. trop le m. q. en v. ~ ij B Mon cuer vueille ou
non un retient
BALADES d'ESTRANGE FAÇON 123
10 — Aime le ; si feras que sage.
Veulz tu que j'aime? est ce contrainte?
— C'est drois quant ton cuer est attains.
— Sera ce cil qui m'a estraintte?
— Ouïl, car de tout bien est pleins
1 5 — Je n"ay donc pas tort si je Taims ?
— Non, car chascun a bon le tient.
— Mais se mon honneur ne soustient?
— Si fera voir, c'est son usage.
— Or m'en di ce qu''il apartient?
20 — Aime le ; si feras que sage.
Raison me met en trop grant crainte?
— Ne la croys, joye touk a mains.
— Tu m'as vers elle en guerre enpainte ?
— Desconfis la, joing moy les mains.
23 — Honneur dit qu'en vauldroie mains?
— Il ment, chascun bon en devient.
— Fait et donc amer me convient?
— Ce te sera grant avantage.
•— Que feray donc se cil revient ?
3o ~ Aime le; si feras que sage.
Princes gentilz, Amours me tient?
B. a vers a responces. — 1 1 5 V. tu dont qu'a.— 12 B Droit est
— i3 A qui m'a destraiiute — 14 ZJ de tous biens — ij A^ El —
19 .4' Or me di qu'en faire a. — 21 B R. me tient — 23 B Rai-
son dit — 16 à 2q B :
Ella ment et qui le maintient?
— Helas! merveilleux cas m'avient.
— De quoy?— D'amer; est ce l"oIag.i ?
— Ouïl, quant d^amy me souvient.
~ '5i à33 B
Amours, ou yray ? ou me tient ?
— Ne fuy plus, mais fay moy honimaye.
— Que feray je se cil revient?
J24
BAI.ADES D ESTRANGE FAÇON
H
— Il apertient bien a ton aage.
— Un bel ami mon cuer retient?
— Aime le; si feras que sage.
LAYS
LAY DE GLXV VERS LEON I M ES
(bî^^^ïi MOURs, plaisant nourriture,
Très sade et doulce pasture.
Pleine de bonne aventure,
Et vie très beneureuse,
Du vray loial cuer l'ointture,
Qui entour lui fais ceinture
De joye, c'est ta droitture,
Doulce espérance amoureuse.
Et qui toute créature
10 Esjois de ta nature
Peine fais par aventure;
Mais elle est si doulcereuse
Qu'on te suit tout a esture,
N^il n'est ponce ne rasture
Rubrique A^ Si s'ensuit une assemblée de plusieurs rimes auques
toutes leonnines en façon de lay pour apprendre à rimer leonni-
ncment. — B^ Lay de lxii vers leonimes — Le tns. B-, dont
quelques feuillets ont été arrachés, ne contient pas ce lai — b B^
Du V. c. 1. — i3 /4' C'en
I 20 LAYS
i5 Qui effaçast ta pointure
Tant est au cuer savoureuse.
T
*ANT plait ta vie a maintenir
A qui loial se veult tenir
En ton agréable dongier,
20 Pour le bien qu''on puct retenir
De toy servir, quant retenir
Daignes l'amant sanz estrangier.
De toy si li fais soustenir
Sa peine en gré, et s"astenir
25 Se veult de jamais ne changicr,
Du bien lui fais grant point tenir
Qui a lui doit apartenir,
Mais qu'il s"'y tiegne sanz bougier.
ET s'il est aucun qui sousliegne
Que de toi viengne
Plus mal que bien, vers moi viegne
Et retiegne ;
Prouver lui vueil que nullement
N'en vient mal, mais qu'on s'y contiengne
35 Et maintiegne ;
Si bien que par droit apartiegtie
Que chascun tiengne
Que servi soies loiaument.
Mais qui fault, mal lui en conviengne
ï6 B^ en c s. — ig A" B ' En ton très doulz plaisant dangier
— 23 A^ Sa V. — 26 jBi g. part t. — 28 B^ q. se t. — 3i -Sic
dans tous les mss. Corr. [quej v. m. v. — 32 Sic dans tous les ntss.
Cotr. Et [le] r. — 34 A^ qu'on s'y tiengne.— 35 Sic dans tous les
}7iss. Corr. Et [s'yj m.
LAYS 127
40 Quoy qu'il aviengr.e
Ne, qui que loiaulté te tiengne,
Croy qu'il soustiegne
Joye et doulceur plus que tourment,
Mais drois est qu'a Tamant soviegne
45 Que gay se tiegne,
N'en lui fausseté ne retiengne,
Sanz plus detiengne
Une amour vraye seulement.
c I ANT y a compris
5o I T^ , • •
A De bien en ton pns,
Qu'on ne pourroit extimer
Le bien que la pris
En ton doulz pourpris
A, par loyaument amer;
55 Ne par droit repris
Cuer de toy espris
Ne doit estre, ne blasmer
On ne puet le pris
De toy, car apris
60 II a vie sanz amer.
Tu pues mander
Et comander,
Sanz amender,
De mal garder,
41 que Oi>iis dans yl' et B — 46 B^ N'en plusieurs lieux n'aille
ne viengne — 48 /4' U. a seule vraiemcnt — 5o ii' De b. en toy
p. — fj'5 /î' ajoute Ne nul frauder
I2Ô LAYS
65 Ducil retardt:r,
Un cuer bourJer,
D'amour bauder,
A loy soulder,
Poindre et larder,
70 Et posséder
Sanz nul fraudei-,
Faire tarder
De demander
Pour foy garder
75 De mal monder.
Peine csmonder,
Joye abonder,
Tout marchander.
Et dueil seder,
80 Bas affonder,
Et reffonder,
Bel regarder,
Voir recorder,
Sanz point bourdcr,
85 Pais accorder,
65 fi' Et bien garder — B^ ajoute:
Et toy bourder
Senz essourder
— 66 B' Un c. bauder — 67 B^ De feu bourder — 70 à 72 fi' ;
Tout eschauder
Et lapider
Faire haboiider
— 73 el 74 omis dans fi' — 76 B^ Et c. ~ 77 omis dans B^ —
■jq A- Et posséder — omis dans B^ — 82 B^ Bien r. — H'i et
^'4 B^ :
Et faiz garder
De trop tarder
— 85 à 87 omis dans B^
LAYS I 29
Non descorder,
Droit recorder
Pour amender,
En sens fonder
90 Et perfonder.
E
T s'aucuns n'ont de ta vie
Nulle envie,
Ains la veulent mesprisier,
Gentillece est d'eulx ravie ;
■95 Car plevie
L'ont les bons pour eulx aisier,
Et plaisier
Fais les cuers, ou poursuivie
Est joye sanz delaissier.
100 Par toy est dame servie,
Assouvie
Sanz amenuisier
Son honneur n^estre asservie
Mais suivie
io5 De baudour, qui rabassier
Et froissier
Fait doulour qui gent desvie;
Joye est qui la puet puisier.
90 B Et refonder — 94 A^ de eulx r.— 99 /l Et suivie— 100 et
loi A Joye et sanz point delaissier — N'abaissier — 102 B^ Sic,
Corr. Sanz [jamaisl a. — io5 B^ De joye qui abaissier — 107 A
Assouvie. — lo-j et 108 B' :
Ne jamais n'ycrt assouvie
Doulour qui la peut puisier.
T. l
I 30 LAYS
MAIS on fait maint mauvais raport,
Disant qu'au port
De toy a doulereux aport,
Et dont pluseurs se duellent,
Et que moult pou y a déport
Quoy qu'on s'i port
ii5 Gaiement, et qu'en gré le port
Cellui ou ceulx qui te veulent.
Et que mieulx vault qu'on se déport
De ton aport,
Que tel faissel on s'en emport,
120 Et qu'a ton molin meulent
Paille sanz grain ceulz qui ton port
Suivent, déport
N'ont de toy ne qui les raport
A bien, ains périr suellent.
123
SI est trop mau dit,
Car pour voir je tien
Que, sanz contredit,
Quant Ten devient tien
I lo ^2 £)g ton fait en d. q. p. — m A' douloureux — 1 14 iii
124 A- :
Cil qui aime s'il n'a le port
De toy et d'espoir qui le port,
Dont mains amans mieulx veulent
Que la mort briefmeiit les emport
Que le mal qu'il fault que l'en port
Par toj', et qui n'ont pas raport
De douleur tous ceulx qui te veulent.
— 1 16 Sic dans tous les mss. Corr. Cil — B^ qui ce v. — 1 18 £'
De t. emport — 1 19 5^ ou on e.
LAYS l3l
On se desrudist,
i3o Qui ton doulz maintien
Poursuit, n'escondit,
Si com je maintien,
N'yerl ja ne desdit.
L'amant, qui du tien
i35 Enrichis, mesdit
Het; pour ce soustien
Que qui te laidist
Son meffait retien
Et fais un edit
140 Ou pour fol le lien ;
De toy soit maudit
Et son prou detien.
S
OIT party,
Ressorty,
145 Perverty,
De ton doulz soûlas
Hors sorty,
Converti
En party
i5o Dur party
Qui mesdit de tes laz !
Dire halas!
Vain et las!
Comme las,
i55 Lui fais sanz dire « gar Vy»,
S'ainsi Tas
Se follas
Ne meslas
î3o et i3i omis dans A^.— i33 A Ne n'y. ja d.— 137 B^ Q. q.
ce 1. i53 et 134 intervertis dans B' — ôy B'^ S'affblaz
]33 LAYS
N'affolas
160 One nul, cil soit amorty.
S
I débat son chief
En vain, qui destruire
Guide par nul chief
Ton fait, ne toy nuire,
1 65 Que l'en voit sur tous reluire
Et qui est tant fort
Que ou monde n'a tel effort.
Et c'est grant meschief
De tel gent, qui duire
170 Guident de rechief
Le monde, et recuire
En nouvel sain, et réduire
Gent sanz le confort
De toy, mais tu vains au fort.
^7-' A MOURS sanz chalange,
x\ Honneur et louange
T'apartient, et, ment ge?
Quant fus par l'archange
En ce monde estrange
180 Envoyé en change
De la maie arrange
Qui nous mist en fange,
Et par toy en range
Ou ciel sommes d'ange,
i83 Ce fu noble eschange
iStjfii Ne soulaz — i65 B^ sur tout. — 167 fii Qu'el m. —
173 A^ Veult s. — 181 B^ De la grant losange — i85 à
LAYS l33
Et un doLilz meslange,
Dont se te revenge
Nul ne m^en laidenge,
Car ne me desrenge
190 De loial losenge.
Mon cuer s'i essange
Quant bien il te venge
Et du tout estranse
195
Haineuse grange.
r\oNT blasmec
Ne clamée,
Diffamée
Ne nommée,
Mau renommée
200 Ne fusmée
Ne dois estre, mais amée
Et prisée plus qu^autre rien.
Car armée
Enarmée,
2o5 Affermée,
Confermée
T'es et formée
Bien fermée
192 Z2' :
Dont lie me reppan go
De toy louer quand je
Dy voir et appraii gi;
Quant tort me laidange.
Qui pour tel eschaiige
Dist que je te venge ;
Quant je te revenge
Mon cuer s'i essange
— iQQ A^ Mon r. — 206 A^ confermé — 5' ajoute Enl'ourmcc
io8 manque dans B^
/ 34 LAYS
Pour nous, c'est chose informée.
2 10 Ne le nyer n^y vauldroit rien.
Exprimée
Ne primée,
Point friraée
N'extimée
2i5 De hors limée
Trop semmée
Ne pues estre n'enflammée
En ce monde terrien.
A iNS est dommage
2 20 xV. Qu'en ton hommage
Et fol et sage
Par droit usage
N'est, car l'oultrage
Qui fait la rage
225 Ou monde ombrage
Par maie et fausse convoitise.
Seroit en cage
Et hors usage ;
Ne tel langage,
23o Comme on l'engage
Par le hautage
D'orgueil qui nage
En maint rivage,
N'iert ou monde, et ce qui Tatise
235 C'est le buvrage
Qu'envie charge
210.42 vault r. — 2i3 A'^ Ne fermée; B^ Ne firmée — 21 5
omis dans B' — 228 B' h. d'usage — 23J fi' En tout r.
LAYS l35
Qui n'assowage,
Ains deheberge
De son héberge
240 Toy qui sanz barge.
Comme en mer large,
Vas flotant par telle faintise.
Mais ou passage,
Ou le péage
245 Devons de gage,
En i'eritage
Du monde ombrage
Y a y m âge
De fausse targe,
25o D'amour fainte et fausse cointisc.
S'
1 conclus qu'en ta closture,
Vrayc non pas couverture,
On ne doit avoir roupturc
A vie très doulcereuse,
255 Et qui en fait sa pousiure
Jusqu'il soit en sépulture
Il puet bien la pourtraiture
Porter de paix laiireuse.
Car avec lui par jointure
260 L'a a très forte cousture
237 A:^ ajoute De nul malage — sSg is' ajoute Met et en ser-
vage — 241 omis dans B^ — 247 à 2bo B^ :
Du monde targe
De faulz ymage
Y a qui charge
D'avoir fausse et fainte cointise.
— 256 A' Jusque il
l36 LAYS
Cousue par aveniure
Si que peine doulereuse
N'ara en la deffritture
Infernal qui, par droitiure,
265 Funist humaine faiiture
En Torde valée ombreuse.
EXPLICIT LAY LKONIME,
S'
LAY
E je ne finoye de dire
Et d'escripre,
Je ne pourroie souffire,
Amis, pour louer assez,
5 En cent ans voire passez,
Vostre bonté, n'a descripre
Vo beaulté ou Pen se mire,
N'a redire
N'y a, si sont amassez
lo En vous tous biens entassez
Ou grâce et honneur se tire.
NUI n'est royaume n'empire
Ou eslire
On peûst tel, n'oy lire
i5 N'ay des vaillans trespassez
Lay leoninic. — 262 A douloureuse
Lay. — Titre JS' Autre lay — 2 5 Ne — b omis dans A^
A N'ay de v.
LAYS iSy
Tant de bien, vous effassez
Leur grant vaillance, beau sire;
Car le monde se remire
Et désire
20 Vous qui tous vices cassez
Ne du bien n'estes lassez
Nul temps, n'on n'en puet mesdire.
E
T quant vous estes si parfait
~j Que chascun loe vostre fait
25 Et dit que vous n'avez pareil
Ne qu'oncques nul n'y vid méfiait,
Mais cil qui les despris reffait,
Plein de sens et de bon conseil
Enluminant com le soleil
3o Qui toutes ténèbres deffait,
Et ou prouece a son recueil,
La porte de joye et le sueil
Et cil qui les nobles reffait.
Ne vous doy je de cuer parfait
35 Amer et m'esjoïr de fait
D'avoir ami si a mon vueil,
Bon, noble et preux, qui het tort fait,
Ne qui n'a riens de contrefait,
Bel, jeune et doulz, plaisant a Tueil,
40 Franc, courtois et de doulz accueil,
Si bon que ou monde n'a si fait
Humain, très humble, sanz orgueil ;
Si puis dire, nul n"en ait ducii,
Cil qui tout bien met a effait.
16 .4 T. de b. certes beau sire — 17 ^' vers rayé — 26 qu'
manque dans A^ — B El qu'o. n. ne v. — 33 B Et des nobles le
plus parfait — 3y B omet et — 39 B omet et — 42 Z> h. et s. o.
I 38 LAYS
45 Y^ X, se m'amour vous doy nommer
JL-/ N'ami clamer
Et reclamer,
Sachiez que j'en fais mon devoir
Si bien qu'on ne m'en doit blasmer ;
5o Car affermer
Et confermer
Amours a fait par estouvoir
Mon cuer en vous, si que mouvoir
Pour nul avoir
55 Cellui vouloir
Je ne pourroie. Ains a la mer
Osteroie trestout l'amer;
Doulçour avoir,
Et remouvoir
60 Li feroie et s'iaue toloir
Entièrement, et reprimer
Son flo que l'en voit cscumer,
Toute semer
Et enflammer
65 S'arene, et que fable fust voir,
Le monde de nouvel former,
55 omis dans jB — 56 B Ne l'en p. A. de la m. — 58 à 60 B :
Et doulçour luy feroye avoir
Et 1 émouvoir
Son cours et son eaue toloir
— 60 et 61 ^^ Sa nature par droit devoir — S'on veult bien chanter
et rimer. — ôi omis dans B — 62 B Et s. ï. qu'on v. — 65 à 6b B :
Retcndroyc et poissons armer
Et enflammer
Toute et semer
E'arene et que fable fust voir
LAYS 1 39
Fondre, entamer
Et refformer
Pierres dures, et feu plouvoir,
Les estoilles toutes ardoir,
Que main fust soir,
Sans desmouvoir
Tout l'umain siècle consommer,
Paistre le monde, et affermer
Et apparoir
Que blanc fust noir
Feroie, ainçois que desmouvoir
Me pelisse de vous amer.
CAR vous estes la joyc
Qui me resjoye
Et avoye
A tout bien,
Ne sanz vous ne pourroie
Et ne vouldroie
86 Ne saroie
67 A- Soukire e. — 67 à 73 S :
Tout le inonde en un gant fermer,
Fondre, entamer
Et refformer
Pierres dures, et feu plouvoir,
Les estoilles faire former.
Toutes sciences concevoir,
Les mors ravoir
— 70 A^ t. frimer — 71 à -jb A' :
Et exlimer
Sans reprimer,
Toutes sciences concevoir
Et tout humain siècle alfamer,
Le ciel fermer
Sans delTermcr
— 74 à 70 manquent dans B— 79 5 C. v. e. la voyc — So B Q. uu
ravoyc — 83 A- Et s — 84 B Ne ne v.
1 40 LA.YS
Valoir rien,
Et pour ce a vous emploie
Toute et ottroye
L'amour iroye ;
90 Car sçay bien
Que vous estes la voie
Qui me ravoie,
Ne m'esjoye
Aultre rien,
95 Et c'est ce qui m'apoyc
Ou que je soye,
Mais que voie
Vo maintien.
SI n'en cuic
Car je m
ide estre decetie,
100 <~^ l^ar )e me suis apperceûe
Que vous m'amez de cuer entier;
Car par long temps m'avez sceue
Et quant j'ay bien l'amour sceiie,
Qui n'est pas depuis avantier
io5 Encommenciée, e[ que mestier
Vous estoit que l'ust receûe
Vostre amour ou pou exploitier
Postés long temps par nul sentier,
Lors fu vostre amour conceiie
110 En moy qui si bien m'a sceiie
Que mon cuer de joye est rentier.
Car par seulement la velie
Avoir de vous Je suis peiie
De quanque on pourroit souhaidicr
1 1 5 D'autre bien, car j'ay eslelie
87 S en V. e. — gi B Q. v. e. la joye — 92 B Q. me rcsjoyc —
99 B Si ne c.
LAYS 141
Ma Joye en vous, chose est deiie
De vous amer, c''est doulz mesiier
Ou l'on apprent a accointier
Tout honneur; si suis pourveiie
120 D'ami loial, au mien cuidier,
Qui de moy fait tout mal vuidier.
S'en lo Amour par qui eiie
Ay vostre amour et qui meïie
M'a a l'amer encommcncier.
125
T~^ T puis qu'Amours nous a joins
Ensemble et conjoins,
Soient noz soins,
Et près et loings,
Amis, de loiaument
l3o Nous entr'amer et tous besoins
Et tous amers poins,
Se sommes poins
De durs poins,
Nous porterons doulcement
i35 Et vivrons joyeusement
Et très liement
Gaiement
Car nous serons enoins
De doulz espoir qui fermement
140 Et très purement
Finement
Nous soustendra a ses poins.
116 B Ma gloire — 126 A E. et joins — i33 oviis dans A" —
i34 A^ N. p. très d. — i35 omis devis A ~ î'ii.j A De d. penser q.
finement — 141 o»iis daus A
142 LAYS
E
T d'ainsi nos Jours u^er
Sanz mal user
145 Nulz ne pourra accuser
De nul meffait nostre vie,
Ne sur nous nul mal causer
Ne gloser,
Car sur nul n'arons envie
i5o Ne vouloir d'autre encuser
Pour nous excuser.
Car de tous poins assouvie
Leesce en nostre penser
Sera, par quoy ert ravie,
i55 Sanz nul offenser,
Tristece qui gent dévie,
De nous, qui fausser
Ne voulons, ainçois plevie,
Sanz nul jour cesser,
160 Avons foy vraye assouvie.
E
T pour tant se mesdisans
Pour nous grever
Vont disant leurs moz cuisans
Par controuver
i65 Ne devons pas estre aver
Des trésors doulz, advisans,
Qu^Amours aux amans trouver,
Par esprouver,
Fait sur tous biens reluisans,
170 Et qui sauver
145 SI accoisier — i5o A accuser — 160 iS ajoute Senz jamais
fausser — ibù A d. et a.
LAYS 14$
Pevent de tous maulz nuisans
Sanz emblasver.
Si n'en soions pas exans;
Pour quoy laver
lyS Nous en devons, quant lever
En joye plus de dix ans
Nous puet li moins souffisans
Des biens, prouver
Le puis par tous poursuivans,
i8o Sanz controuver.
E
T s'en contrée longtaine
Vostre noblece vous meine
Et la prouece haultaine,
Qui vo noble cuer demeine,
i85 Ce me sera moult grant peine;
Mais je prendrai reconfort
En ce que je suis certaine
Que de vraie amour certaine,
Plus qu'aultre chose mondaine,
190 Ne que Paris belle Heleine,
Comme dame souveraine,
M'amez de tout vostre effort.
Et combien que de dueil pleine
Seray nuit, jour et sepmaine,
195 Et tout le temps triste et vainc,
Sanz estre lie ne saine,
En pire point qu'en quartaine,
Ce me soustendra au fort
Que, se Dieux tost vous rameine,
200 Oncques si joyeuse estraine
N'ot dame, noble ou villaine,
194 B n. et j. et s.
1 44 LAYS
Com j'aray, ne chastellaine,
Quant tendray en mon demaine
Vous e-|ue j'aim sur tous très fort.
2o5 ^^ vous pri, ma vraye amour,
O Ma doulçour,
Mon bien, ma paix, ma vigour,
Mon retour,
La riens que j'aime le mieulx,
210 Qu'en tous lieux
Gay, jolis, Joieux tousjour,
Sanz mal tour.
Soyez et plein de baudour.
Pour m^amour; car se m'aist Dieux,
2 1 5 Pour vous sera mon atour
Par honnour
Gay, jolis, gent et joyeux.
Si me tendray sanz tristour
Ne doulour;
220 Car voz amoureux beaulz yeulz
Tous mes dieux
Gariront par leur vigour,
De vous venra la savour
Par quoy mes jours seront tieulx.
22D
AMIS, de mes maulx le mire,
Qui sanz yre
Me tenez et sanz deffrire,
De qui les grans biens tauxes
Ne pourroient ne pensez
23o Estre, car tout tire a tire
207^1' viguour — 212 omis dans B — 225 A' de m. yeulz
le m.
235
LAYS
Vostre bon cuer les atire.
Ou remire
Ont tous ceulx qui oppressez
Sont et de dueii empressez
Cui martire;
145
Et le mal qui les empire
Et fait trire
Confortez par vo doulz rire
Qui le mien cucr enlascez.
240 Je vous pri ja ne cessez
D'estre en l'amoureux navire
Qui vers toute joye tire
Et n'empire,
Ne ja ne vous en lascez,
245 Et vous serez surhaulcez
Sur tous bons sanz contredire.
EXPLICIT Lay
236 A q. 1. fait firre — 237 omis dans A — 238 B p. voz d. r.
— 23g A- Et le — 242 I) v. t. j. vire — 244 Ne jamais jour ne
faussez
I. 1
RONDEAUX
I (1396)
^.^ç^OM turtre suis sanz per toute seulete
pM^ Et com brebis sanz pastour esgarée;
<g^^^ Car par la mort fus jadis séparée
De mon doulz per, qu'a toute heure regrette.
Il a sept ans que le perdi, lassette,
Mieulx me vaulsist estre lors enterrée!
Com turtre suis sans per toute seulete.
Car depuis lors en dueil et en souffrcte
Et en meschief très grief suis demeurée,
Ne n'ay espoir, tant com j'aré durée,
D'avoir soûlas qui en joye me mette ;
Com turire suis sans per toute seulete.
1. — 4 /4' regraitte — 10 B Ne je n'e.
148 RONDEAUX
II
QUE me vaull donc le complaindre
Ne moy plaindre
De la doulour que je port
Quant en riens ne puet remaindre?
Ains est graindre
6 Et sera jusqu'à la mort.
Tant me vient doulour attaindre,
Que restraindre
Ne puis mon grant desconfort ;
10 Que me vault donc le complaindre?
Quant cil qu'amoye sanz faindre
Mort estraindre
A voulu, dont m'a fait tort;
Ce a fait ma joye estaindre,
Ne attaindre
Ne poz puis a nul déport;
17 Que me vault donc le complaindre?
III
J
E suis vesve, seulete et noir vestue,
A triste vis simplement affalée;
En grant courroux et manière adoulée
Porte le dueil très amer qui me lue.
G iî Et ce s. — 12 A' estaindre
RONDEAUX 149
Et bien est droit que soye rabatue,
Pleine de plour et petit enparlée;
7 Je suis vesve, seulete et noir vestue.
Puis qu'ay perdu cil par qui ramenteue
M'est la douleur, dont je suis affolée,
Tous mes bons jours et ma joye est alée.
En dur estât ma fortune embatue;
12 Je suis vesve, seulete et noir vestue.
IV
PUIS qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil
Et que jamais n'aray bien en ce monde,
Viegne la mort qui du mal me confonde,
4 Qui si me tient et pour qui morir vueil.
Et delaissier bien doy quanque amer sueil,
Si qu'en griefz plours mon doloreux cuer fonde,
7 Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil.
De tout maintien et contenance et dueil
Doy bien sembler femme, en qui dueil habonde;
Car tant est grant le mal qui me suronde
Que de la mort désir passer le sueil,
12 Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil.
III. — II fi En d. e. je me suis e.
IV. — 3 -B Je suis d'accort que le m. me c. — 3 Zî l£t d. d. b.
— 8 Zîde c. d.
l5o PONDEAUX
UELQUE chiere que je face
Et comment que souvent rie,
Si n'y a il plus marrie,
4 Je croy, de moy en la place.
A tort seroie en ma grâce,
Car joye est en moy tarie,
7 Quelque chiere que je face.
Mais pas n'appert a ma face
La doulour qui me tarie,
Qui nulle heure n'est garie ;
Mais grief dueil ma joye efface,
12 Quelque chiere que je face.
VI
EN espérant de mieulx avoir,
Me fault le temps dissimuler,
Combien que voye reculer
Toutes choses a mon vouloir.
Pour tant s'il me fault vestir noir
Et simplement moy afïuler,
En espérant de mieulx avoir,
Se Fortune me fait douloir,
4 jS Je c. que m. — 6 /l' G. joy — 8 pas omis dans Z>'
\
RONDEAUX l5l
Il le me convient endurer,
Et selon le temps moy riuler
Et en bon gré tout recevoir,
12 En espérant de mieulx avoir.
VII
JE ne sçay comment je dure;
Car mon dolent cuer font d'yre,
Et plaindre n'oze, ne dire
4 Ma doulereuse aventure,
Ma dolente vie obscure,
Riens, fors la mort, ne désire;
7 Je ne sçay comment je dure.
Et me fault par couverture
Chanter quant mon cuer souspirc,
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieux scet ce que j'endure ;
12 Je ne scav comment je dure.
VIII
PUIS que vous vous en alez,
Je ne vous sçay plus que dire,
M'amour, mais en grief niartire
Me tendrez, se vous voulez.
VII. — 2 A^ feiu d'y. — ^ A' douloureuse — b B Ne ma lasse
V. o.
VIII. — 4 se omis dans fi'
l52 RONDEAUX
Ne sçay se vous en douiez;
Mais nul mal n'est du mien pire
7 Puis que vous vous en alez.
Baisiez moy et m'acolez,
Pour Dieu, vueilliez moy rescripi e,
Et du mal soiez le mire,
Dont le mien cuer affolez
12 Puis que vous vous en alez.
IX
EL a mes yeulx. et bon a mon avis,
Très assouvi de grâce et de tout bien,
Digne d'onneur, plaisant sur toute rien,
4 Estes m'amour sur touz a mon devis.
Jeune, gentil, gent de corps et de vis,
Sage, humble et doulz, de gracieux maintien,
7 Bel a mes yeulx, et bon a mon avis.
Et quant veoir je vous puis vis a vis
J'ay tel plaisir, dont vous estes tout mien,
Qu'en ce mor.de plus ne vouldroie rien ;
Car vous estes sur tous, je vous plevis,
12 Bel a mes vculx, et bon a mon avis.
RONDEAUX
l53
PUIS qu'Amours le te consent.
Par qui as empris l'emprise,
Amis, dont tu m'as surprise,
4 Mon cuer aussi s'i assent.
Mon vouloir du tout descent
A toy amer san.z faintise,
7 Puis qu''Amours le te consent.
Si n'a il pas un en cent
Dont Amours m'eust ainsi prise;
Mais quant c'est par ta maistrise
Ne te doy estre nuisant,
12 Puis qu'Amours le te consent.
XI
DE triste cuer chanter joyeusement
Et rire en dueil c'est chose fort a faire,
De son penser moiistrer tout le contraire,
N'yssir doulz ris de doulent sentement,
Ainsi me fault faire communément,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste cuer chanter joyeusement.
X. — 3 B M. cuer encline et descent — lo M. q. c'est pour sa
m. — 11 A^ e. musent.
XL — 2/1' est c. ~ B c. forte a t. — 2 et 3 intervertis dans A'^
l54 RONDEAUX
Car en mon cuer porte couvertement
Le dueil qui soit qui plus me puet desplaire,
Et si me fault, pour les gens faire taire,
Rire en plorant et très amèrement
1 2 De triste cuer chanter joyeusement.
XII
POUR ce que je suis longtains
De vous, belle, que tant aims,
A nulle joye n'attains,
4 Ains est mon bien tout estains.
Ou pais aux tremontains
Mon cuer est de doulour tains,
7 Pour ce que je suis longtains.
Regretant voz biens haultains
Je mourray, j'en suis certains;
Car je seray désert ains
Que cy m'ait joye ratains,
12 Pour ce que je suis longtains.
XIII
C'est grant bien que de ces amours,
Qui miracles font si appertes
Que maintes dames font appertes
Xil. — A- Ou lieu ou t. — 6 A- Je suis adès de duei! t. — ii B
Qui cy n'ait
XIII. — I A SCS a. — 3 £ Qui
RONDEAUX l55
Qui ja aloient en decours.
Hz garissent, de commun cours,
De plusgrans maulz que fièvres quartes,
C'est grant bien que de ses amours.
N'il n'est si vieulx, soit longs ou cours,
S'il en est bien férus acertes,
Qu'il ne lui semble tout de certes
Qu'il prendroit bien !e lièvre au cours;
C'est grant bien que de ses amours.
XIV
M 'amour, mon bien, ma dame, ma princepse
Tresmontaine, qui a bon port m'adrece,
Dequanque j'ay, souveraine maistresse.
Estes dame et confort de ma leesce.
Je vous doy bien appeller ma déesse,
Mon doulz espoir, mon mur, ma forteresse,
M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse.
Car si belle ne fut oncques Lucrèce,
Ne prisiée tant Pénélope en Grèce,
Semiramis vous passez en noblece.
Si vous doy bien dire, par grant humblece,
M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse.
XIV. — 1,7, }2 A^ et ma p. — 4 A- c. et 1. — B de ma des-
tresse — 6 A' M. d. trésor — S A^ C. de beauté tant n'ot L. — B
C. plus b. vous estes que L. — q B Plus p. que P. — 11 B p. s,.
leesce
l56 RONDEAUX
XV
QUANT je ne fois a nul tort,
Pour quoy me doit on blasmer
De mon doulz ami amer ?
4 Et a son vueil je m'acord.
S'en lui est tout mon déport,
N'autre n'y puet droit clamer,
7 Quant je ne fois a nul tort.
Je l'aim, qu'en est il au fort?
En fault il tel plait semer
Partout pour moy diffamer?
En ay je desservi mort
12 Quant je ne fois a nul tort?
XVI
DouLCE dame, que j'ay long temps servie,
Je vous suppii, alegiez ma doulour
Et mon complaint ne tenez a folour,
Si soit par vous ma grief peine assovie.
Voiez comment pour vous amer desvic.
Je pers vigour, sens, manière et coulour,
Doulce dame, que j'ay long temps servie.
XV. — 4B S'a son doulz vouloir m'accort — b B dévie — 9 ^'
t. p. mener.
XVI. - 3 A'- Et mec.
RONDEAUX iSy
Ne n'aiez pas de moy grever envie,
Ou je mourray d'amoureuse chalour
Pour vo beauté et vo fresche coulour.
Et pour ce adès pour eslongner ma vie,
1 2 Doulce dame, que j'ay long temps servie.
XVII
JE suis joyeux, et je le doy bien estre,
D'avoir ouy si très doulce nouvelle
Que ma dame son doulz ami m'appelle ;
4 Or n'est de moy ou monde plus grant maistre.
Ne me pourroit chose venir senestre
Puis qu'elle dit que je suis amé d'elle,
7 Je suis joyeuK, et je le doy bien estre.
Et quant je suis en paradis terrestre
Et hors d'enfer, pour la doulçour de celle
Que chascun tient des dames la plus belle,
Et je regard son maintien et son estre,
12 Je suis joyeux, et je le doy bien estre.
R
XVIII
UNS vairs yeulx, qui mon cuer avez pris
Par voz regars pleins de laz amoureux,
XVI. — lo A^ P. vou h. — B et pour vostre valeur — il B p.
aloingnier
XVII. — 4 B si g. m. — 6 A' P. que elle — B^ P. que je di q.
XVIII. — i BR. vers y.
l58 RONDEAUX
A vous me rcns, si me tiens eïii eux
4 D'estre par vous si doulcement surpris.
On ne pourroit sommer le très grant pris
De voz grans biens qui tant sont savoureux,
7 Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris.
Tant estes doulz, plaisant et bien apris,
Qu'où monde n'a homme si doulereux
Que, s'un regart en avoit doulcereux,
Que tantost n'eust par vous confort repris,
£ 2 Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris.
XIX
TOUT en pensant a la beauté, ma dame,
Qu'on ne pourroit prisier souffisament,
Ce rondellet ay fait présentement ;
4 Car mon penser n'est ailleurs, par mon ame.
Se Je l'ay l'ait ne s'en esmerveille ame,
Car survenu m'en est lesentement
7 Tout en pensant a la beauté, ma dame.
De vraie amour, qui mon cuer tout enflamme,
Est tout venu le doulz enortemenl
Qui esjoïst mon cuer trop grandement,
Dont suis plus gay que oyselet sus la rame,
12 Tout en pensant a la beauté, ma dame.
XVIII. — 4 D'e. de v. — o A' douloureux — .j B Ou m.— 1 1 /l^
Q. p. V. n'c. t. c. r.
XIX, — 9 A- E. tost V.
RONDEAUX 109
XX
SAGE maintien, parement de beauté,
Assis en corps digne de grant louenge,
Cuer terme et vray, qui nulle heure ne change,
4 En celle maint en qui j'ay feaulié.
Très grant honneur, grant grâce et leaulté
Si la conduit et nulle heure n^estrange,
7 Sage maintien, parement de beauté.
Cuer noble et hault sanz raim de cruauté,
Humilité qui nullui ne laidenge,
Et assez a la belle comme un ange,
Pour gouverner une grant royauité,
12 Sage maintien, parement de beauté.
XXI
S 'espoir n'estoit, qui me vient conforter,
Et souvenir qui mes maulx fait tarir,
Les maulx que j'ay ne pourroie porter.
Dont ne me veult ma dame secourir.
Car desconfort me vouldroit aporter
Présent de mort, et me feroit périr,
S'espoir n'estoit, qui me vient conforter.
XX. — 4 il Et c. m. a q. — 5 fi T. liaultc h. g. g. et loyauté
XXI. — 7. A^ D q. f. m. m. i. — 3 J5 Le mal q. j'ay — G B
Presens
l6o RONDEAUX
Mais souvenir si me vient raporter
Joye et soûlas, ei espoir de garir,
Et que pitié luy fera enorter
Ma garison, si me faudroit morir
12 S^espoir n'estoit, qui me vient conforter.
XXII
DE tous amans je suis le plus joyeux,
Puis qu'envers moy s'est ma dame acoisicc,
Qui contre mi si mal ère apaisiée
4 Que je n'osoie aler devant ses yeulx.
Puis qu'elle a fait la paix, or me va mieulx,
Et qu'il lui plaist que je Taie baisiée
7 De tous amans je suis le plus joyeux.
Moult m'a esté son courroux anieux
Et a porter la doulour mesaisiée,
Mais or suis liez quant elle est amaisiée ;
Puis qu'ainsi va, et louez en soit Dieux,
12 De tous amans je suis le plus joyeux.
XXIII
BELLE, ce que j'ay requis
Or le vueilliez ottroier,
Car par tant de fois proier
Bien le doy avoir conquis.
XX[I. — 3 vl' erre — A^ mi ert si m. a. — B^ y-re — 5 .4' P.
que elle — lo A^ amaisié
XXIII. - 2 yl2 V. le moy o.
RONDEAUX l6l
Je l'ay ja si long temps quis,
Et pour tre's bien emploier,
7 Belle, ce que j'ay requis..
Se de moy avez enquis,
Ne me devez pas noyer
Mon guerdon, ne mon loicr;
Car par raison j'ai acquis,
12 Belle, ce que j'ay requis.
XXIV
JAMAIS ne vestiray que noir,
Puis que l'en m'a donné congié,
Et que du tout m"a estrangié
4 Ma dame qui me fist son hoir.
Plus n'entreray en son manoir,
El peur le très grant dueil que j'ay
7 Jamais ne vestiray que noir.
Si ne quier plus cy remanoir,
Durement y suis laidengié,
Trop s'est le temps vers moy changié,
Et pour plus en ce dueil manoir
12 Jamais ne vestiray que noir.
XXV
EN plains, en plours me faull user mon temps,
Se de vous n"ay, dame, aucun reconTort
XXIV. — 3 fi Et de tous peins m'a e. — G fi Et p. ce du g. d.
T. I M
102 RONDEAUX
Mieulx me vauldroit biiefment morir au fort
4 Que soustenir la douleur que j'attens.
Pour vous, Belle, je nie morray par temps,
Et sachiez bien qu'en trop grant desçonfort,
7 En plains, en plours me fault user mon temps.
Et se vo très doulz cuer est consentens,
Que je muire, certes ce seroit fort
De reschaper contre si grant effort;
Car vraiement, se vivoie cent ans,
12 En plains, en plours me fault user mon temps.
XXVI
VISAGE doulz, plaisant, ou je me mire,
De grant beaulté le parfait exemplaire,
3 Moult suis joyeux et lié quant vous remire.
Ne il n'est riens qui me peiist souffire
Sans vous veoir, et bien me devez plaire,
6 Visage doulz, plaisant, ou je me mire.
Car ou monde l'en ne pourroit eslire
Nul si très bel, et je ne me puis taire
De vous louer, si me fault souvent dire :
10 Visage doulz, plaisant, ou je me mire.
XXV. — ô B q. très g. d. — 8 A^ Et se vostre d. — D Puis que
vo cuer si en est c.
XXVI. — 5 vers effacé dans A
RONDEAUX l63
XXVII
A Dieu, ma dame, je m'en vois;
Cent fois a vous me recommande,
3 Je revendra)' dcdcns un mois.
Plus ne verray a ceste fois
Vo beaulté qui toudis amende;
6 A Dieu, ma dame, je m'en vois.
Et de voz biens cent mille fois
Vous remercy, Dieu Je vous rende,
Ne m'obliés pas toutefois;
10 A Dieu, ma dame, Je m'en vois.
XXVIII
A Dieu, mon ami, vous command,
A Dieu, cil dont tout mon bien vient,
3 Et pour Dieu retournez briefment.
En plorant très amèrement,
Puis que départir vous convient,
6. A Dieu, mon ami vous command.
«
Or ne m'obliez nullement,
Car toudis de vous me souvient;
Baisiez moy au département,
10 A Dieu, mon ami, vous command.
XXYII et XXVIII. — Ces deux rondeaux sont placés à la suite
du rondeau Xl.\l dans A^
164 RONDEAUX
XXIX
L me semble qu'il a cent ans
Que iiion ami de moy parti
Il ara quinze jours par temps.
Il me semble qu'il a cent ans!
Ainsi m'a anuié le temps,
Car depuis lors qu'il départi
Il me semble qu'il a cent ans!
XXX
L a au jour d'ui un mois
Que mon ami s'en ala.
Mon cuer remaint morne et cois,
Il a au jour d'ui un mois.
« A Dieu, me dit, je m'en vois » ;
Ne puis a moy ne parla,
Il a au jour d'ui un mois. ^
XXXI
K loiauké me puet valoir
Et bien servir et fort amer,
Sanz faille j'aré mon vouloir.
RONDEAUX l65
Ne me fault plaindre ne doloir
Ne dire qu'ave dueil amer,
6 Se loiaulté me puet valoir.
Et s'on la met en nonchaloir
Il me vauldroit mieux estre en mer,
Mais nulz ne puet mon droit toloir
10 Se loi^TÏÏlté me puet valoir.
XXXI l
TRES doulz regart, amoureux, attraiant,
Plein de doulçour et de grant reconfort,
3 Mon cuer occis et navrez en treiant.
Mais ]a pour ce ne t'ailles retrayant
De traire a moy de trestout ton effort,
6 Très doulz regart, amoureux, attraiant.
Car en mon cuer ta doulceur pourtraiant
Va vraie amour, par quoy mon desconfort
En garis tout en mon cuer soubtraiant,
10 Très doulz regart, amoureux, attraiant.
XXXIII
LE plus bel qui soit en France,
Le meilleur et le plus doulx,
Helas! que ne venez vous?
XXXU. — 4 A^ M. non pour tant ne t'a.— A^ ne t'a. recrcant
7 /12 Et — 8 fi Va bonne a.
l66 RONDEAUX
M'amour, ma loial fiance,
Mon dieu terrien sur tous,
6 Le plus bel qui soit en France.
S'il est en vostre puissance
Pour quoy n'approchiez de nous?
Si verre lors sanz doubtance
lo Le plus bel qui soit en France.
XXXIV
J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire
Pour vous, belle, mais ce sera pechié ;
3 Car desservi n'ay que me doiez nuire.
Se vous voulez au fort melasssier cuire
En mon meschief sanz estre relachié,
6 Jen suis d'acort s'il vous plaist que je muire.
Car a vo vueil je me doy du tout duire,
Et de voz laz, ou je suis atachié,
Ne partiray se me voulez destruire,
10 J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire.
XXXV
DE mieulx en mieulx vous vueil servir,
Ma dame, dont tout mon bien vient,
Pour vostre grâce desservir.
XXXIII. — 8 B P. q. tost n'approuchons nous
XXXIV. — 7 -S je me vueil du t. d. — A' C. a vou v. — g i5'
Ne me p.
RONDEAUX 1 67
Et pour moy du tout asservir
A vous, ainsi qu'il apertient,
6 De mieulx en mieulx vous vueil servir.
Mais ne me vueiliiez desservir
De joye, se mon bien avient;
Car pour vo vouloir assouvir
10 De mieulx en mieulx vous vueil servir.
H
XXXVI
ÉLAs ! le très mauvais songe
■ Que j'ay ceste nuit songé,
3 Fait que mon cuer toudis songe.
Oncques ne retint esponge
Mieulx chose, certes, que j'é,
6 Helas! le très mauvais songe.
Mais ne me dit chose dont je
Doye espérer que congié ;
Dieux doint que ce soit menconge,
10 Helas ! le tre's mauvais songe.
XXXVII
T'
'kés doulce dame, or suis je revenu
Prest d'obeïr, s'il vous plait commander,
3 Comme vo serf vous me poucz mander.
XXXVI. - 5 ^1 Nulle riens c. — H B' Ne d. e. c.
l68 RONDEAUX
J^ay longuement esté de joye nu
Hors du pays, mais, pour tout amender,
6 Très doulce dame, or suis je revenu.
Mais Je ne sçay s'il vous est souvenu
De moy qui vueil vous servir sanz tarder,
Et en espoir de vo grâce garder,
10 Très doulce dame, or suis je revenu.
XXXVIII
PUIS qu''ainsi est que ne puis pourchacier
Nulle merci vers vous, machiere dame,
3 De vous me pars, moult courroucié par m'ame.
D'y plus venir ne me quier avancier,
Car ce pourroit vous tourner a diffame
6 Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier.
Et si ne sçay comment pourray laissier
L'amour que j"ay a vous, qui si m'enflamme;
Mais du laissier ne me doit blasmer ame
10 Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier.
XXXIX
DouLCK dame, je vous requier
Vostre amour que je vueil chérir;
Donnez la moy sanz renchérir,
XXXVII. — 9 jB Et en e. de voslre amour g.
XXXVIII. - 7 S Ne si ne s.
RONDEAUX »6(J
Or m'ottroiez ce que je quier,
Et pour faire mes maulz tarir,
6 Doulce dame, je vous requier.
Et se vers vous tel grâce acquier
Je penseray du remerir,
Et pour mes pesances garir,
10 Doulce dame, je vous requier.
XL
SE m'amour voulsisse ottroicr
Ja pieça m'a esté requise,
3 Mais j'ay ailleurs m'cntenle mise
On vendroit trop tart au_proier.
Et pour tant bien je vous avise
6 Se m'amour voulsisse ottroier.
Car maint dient que par loier
La devroient avoir acquise,
Si fusse ailleurs pieça assise,
10 Se m'amour voulsisse ottroier.
XLI
DE tel dueil m'avez rempli,
Dame, par vostre refîus
Qu'oncques plus dolent ne fus.
XL. — b B Sire et p. t. je v. a. — 9 li Si l'aroyc ja a. a.
XLI. — 2 B D. pour v. — 3 B Q. si d.
ÏJO RONDEAUX
Mis m'avez en si dur pli
Qu'enroiddis suis comme uns fus,
6 De tel dueil m'avez rempli.
Que m'occiez vous suppli,
Car de mère mar ne's fus,
Nul de moy n'est plus confus,
10 De tel dueil m'avez rempli.
XLII
OR est mon cuer rentré en double peine
Quant le mary, ma dame, est revenu,
2 Qui du pais s'est hors long temps tenu.
Helas! j'ay eu du tout en mon demaine
Joye et plaisir et soulaz maintenu,
6 Or est mon cuer rentré en double peine.
Il me touldra, Dieux lui doint maie estraine,
Tout mon déduit, car souvent et menu
J'estoye d'elle au giste retenu,
10 Or est mon cuer rentré en double peine.
XLI. — 4 Zî Or suiz en si très d. p. — y B Tuez moy je v. s.
— 8 A^ B dt m. mal. — g A'~ Ne de m. — fi N'il n'e. de m.
XLII. — i, 6, 10 Al entrez en d. p.— 4. A a m. d. — 5 B L p.
et s. — 9 ^ J'e au g. d'e. r.
RONDEAUX 171
XLIII
HÉ lune! trop luis long'uement,
Par toy pers les biens doulcereux
3 Qu'Amours donne aux vrais amoureux.
Ta clarté nuit trop durement
A mon cuer qui est désireux,
6 Hé lune! trop luis longuement.
Car tu fais le decevrement
De moy et du doulz savoureux;
Nous ne t'en savons gré touz deux,
10 Hé lune! trop luis longuement.
XLIV
AMIS, ne vous desconfortez,
Car je seray en vostre aye,
Et, fusse enclose en abbaye.
Ne seray du mal que portez
Conforter lente n'esbahie.
Amis, ne vous desconfortez.
Toudis environ moy hentez
Et ne doublez nulle envayc,
XLIII. — 4 5 Ta c. luist t. d. — 8 fî Et nous tiens tous Jeux
langoureux
XLIV. - 8 J5 Ne ned.
172 RONDEAUX
Et se je suis pour vous haïe,
10 Amis, ne vous desconfortez.
V
XLV
SOUFFisE vous bel accueil,
Sire, trop me requérez,
3 Tout perdrez se tout querez.
Plus donner je ne vous vueil
A présent, mais espérez,
6 Souffise vous bel accueil.
Toudis plus que je ne sueil
Vous donne, et plus acquérez
Et tant plus me surquerez,
10 Souftise vous bel accueil.
XL VI
SE souvent vais au moustier,
C'est tout pour veoir la belle
Fresche com rose nouvelle.
D'en parler n'est nul mestier,
XLIV. — g B par v..h.
XLV. — 2 A''^ Trop de choses r. — 4 A'^ B Car p. d. nev. v. —
4 A^ je ne v. quier. — 7 ■^- Miculx vous fais q. — B Kt t. p. q.
ne s.— 8 A- Mais tant p. y a. — 9 A- Et t. p. me requérez — B
Et de t. p. me querez
XLVI. — 2 4' p. veir
RONDEAUX 17^
Pour quoy fait on tel nouvelle
6 Se souvent vais au moustier?
Il n'est voye ne sentier
Ou Je voise que pour elle;
Folz est qui fol m'en appelle
10 Se souvent vais au moustier.
XLVII
COMBIEN qu'adès ne vous voie,
Simple et coye
Ou est ma joye,
Quej'aim et serfs loiaument,
Ne pourroie nullement,
6 Vivre se je vous perdoie.
Car sanz vous je ne pourroie
Ne saroie
Ne vouldroie
Vivre un jour tant seulement,
1 1 Combien qu'adès ne vous voie.
Et si sachiez toutevoie
Que j'emploie,
Ou que je soye,
En vous tout mon pensement ;
Car il n'est avancement
Qui me venist d'autre voie,
18 Combien qu'adès ne vous voie.
XLVlI. — 5 i3 Ne p. longuement — 8 Manque dans .1' —
() Sic dans tous les mss., Con\ [Ne] ne v.
I 74 RONDEAUX
XLVIII
COMME surpris
Et entrepris
De vostre amour,
Je me rens pris
En vo pourpris,
6 Dame d'onnour.
Si ne mespris
Quant j'entrepris
Si haulte honneur
10 Comme surpris.
Mais en despris
Ne m"ait le pris
De vo valour ;
Car j'ay apris
Les biens compris
En vo doulçour
ly Comme surpris.
XLIX
Vous en pourriez exillier
Un millier
Des amans par vo doulz oeil,
Plains d'esvcil,
XLVIII. — 9 ^' Si hault h.
XLIX, — 4 .1' Sanz ovgueil
RONDEAUX 17b
Qui ont fait maint fretillier
Et veillier.
Je m'en sens plus que ne sueil
8 Et m'en dueil.
Belle, qui bien traveillier
Et piilicr
Savez cuers a vostre vueil,
En recueil
i3 Vous en pourriez exillier.
Mais bien sçavez pou baillicr
Et taillier
Moins de Joye et plus de dueil
17 Sur le sueil,
Pour musars entortillier,
Gonseillier,
Par vostre altraiant acueil
Sans orgueil
22 Vous en pourriez exillier.
POUR attraire
Vostre amour,
Et moy traire
De doulour
Me vueil traire
Vers vous, flour,
Sanz retrairc
XLIX. — ■] et S manquent dans A^ et B ~ \\ A^ S. c.a vo doulz
vueil — 12 manque dans A^ et B — 14 .4' fi Et — 17 yl" En rc-
cuuil — 20 et 21 vers effacé:^ dans A^ — 21 B En requeil
176 RONDEAUX
8 Nuit ne jour.
Ne doy taire
Ma langour,
Mais retraire
Sanz rigour
i3 Pour aitraire.
Exemplaire
De valour,
Pour vous plaire
17 Tant labour,
Je vueil faire
Par honnour
Et pourtraire
Vo doulçour
22 Pour attraire.
AMIS, V
Je V
LI
enez encore nuit,
ous ay aultre fois dit Teure.
Pour en joye estrc a no déduit,
Amis, venez encore nuit.
Car ce qui nous empesche et nuit
N'y est pas, pour ce, sanz demeure,
Amis, venez encore nuit.
L. — 17 BTout 1.
LI. — 3 B Et pour rijener noslie
RONDEAUX
LU
IL me tarde que lundi viengne
Car mon ami doy veoir lors.
A Hn qu'entre mes bras le tiengne
Il me tarde que lundi viengne.
Si lui pri qu'il lui en souviengne;
Car pour veoir son gentil corps
Il me tarde que lundi viengne.
LUI
C
EST anelet que j'ay ou aoy
Mon doulz ami le m'a donné.
Souvent nous assemble toudoy
Cest anelet que j'ay ou doy.
Je l'aime bien, faire le doy;
Car pour ma joye est ordené
Cest anelet que j'ay ou doy.
LIV
L
A cause de mon annuy
N'ose plaindre n'a nul dire.
LU. — 2 .1' C. m. a. doit venir 1.
LIV. — Omis dans A
T. I
l'Jà RONDEAUX
Ne la diray demain n'uy
4 La cause de mon annuy.
Se Je pleure a nul n'enuy,
Et mourir me fera d'ire
7 La cause de mon annuy.
LV
URE chose est a soustenir
Quant cuer pleure et la bouche cliante;
Et de faire dueil se tenir
Dure chose est a soustenir.
Faire le fault qui soustenir
Veult honneur qui mesdisans hante,
Dure chose est a soustenir.
LVI
CIL qui m'a mis en pensée novelle
Et qui requiert que Je le vueille amer
Me plaist sur tous, non obstant qu'afermer
Ne lui vueille m'amour, ainçois lui celle.
Et si est il plus doulz qu'une pucelle,
Jeune, plaisant, bel, courtois, sanz amer
Cil qui m'a mis en pensée novelle.
LV. — 5 B q. maintenir.
LVI. — 3/4' que fermer — 6 B i. p. doulz
RONDEAUX 179
Mais de paour qu'estre en peust nouvelle
Je n'ose en lui du tout m^amcur fermer,
Le retenir, ne mon ami clamer.
Si est il bien digne d'avoir plus belle
Cil qui m'a mis en pensée novelle.
LVII
VcsTRE doulçour mou cuer aurait,
Je ne vous vueil plus reffuser ;
Doulz ami, que vault le muser
4 Quant par voz yeulx Amours me trait?
Si vous vueil amer sanz retrait
A tousjours mais, car sanz ruser
7 Vostre doulçour mon cuer attrait.
Or soiez tout mien, sanz faulx trait,
Ainsi pourrons noz jours user
En grant doulçour, sanz mal user;
Car par vostre plaisant attrait
12 Vostre doulçour mon cuer attrait.
LVIIl
O E d'ami je suis servie,
O Craintte, obeïe et amée,
Je ne doy estrc blasmée
D'avoir entrepris tel vie.
LVI. — 9 yli m'a- du t. — 10 B Ne r. — 11 .4' d'amer p. b.
LVII. — 'i A \c ruser — 4 ^4^ p. vous y.
1 8o ROJOEAUX
Ne nie suis pas asservie.
Ainçois suis dame clamée
7 Se d'ami je suis servie.
Car de tous biens assouvie
Seray par sa renommée ;
Si n'en seray ja clamée
Foie, se n'est par envie,
12 Se d'ami je suis servie.
c
LIX
HiERE dame, plaise vous ottioier
Ce que vous ay humblement supplié.
Sanz que d'aultre vous en face proicr,
Chiere dame, plaise vous ottroier.
Mon cuer, mon corps, quanque j"ay en loicr,
Tout je vous offre, et pour moy faire lié,
Ciiiere dame, plaise vous otiroier.
LX
Vous n'y pouez, la place est prise,
Sire, vous perdez vostre peine :
De moy prier c'est chose vaine,
Car un bel et bon m'a acquise.
LVlîl. — 9 S Je suis p. sa r,
LIX. — Omrs dans B
LX. — 4 B C. un seul m'a du tout a.
RONDEAUX l8l
Et c'est droit qu'un seul me souffise,
Plus n'en vueil, folz est qui s'en peine;
7 Vous n'y pouez, la place est prise.
Toute m'amour ay en lui mise
Et l'ameray d'amour certaine,
Mais ne m'en tenez a villaine;
Car je vous di qu'en nulle guise
12 Vous n'y pouez, la place est prise.
LXI
S'il vous soufiist, il me doit bien scuffire;
Mais quant a moymieulxvoulsisse autrement:
Car je voy bien qu'il ne vous chault grandment
4 De moy veoir ; or, de par dieu, beau sire,
Passer m'en fault, combien que j'en souspire;
Mais puis qu'amer voulez si faittement
7 S'il vous souffist, il me doit bien souffiie.
Car n'est pas drois que dame plus désire
Que son ami n'aime plus loiaument,
Puis qu'ainsi va, je vous di plainement
Que j'en feray comme vous : a tout dire,
12 S'il vous soufHst, il me doit bien souffire.
LX . - 5 et G B :
Toute m'amour ay ailleurs mise,
J'ayme un autre d'amour certaine
8 e/ 9 B :
C'est raison qu';in seul me soulTise,
Plus n'en vueil, folz est qui s'en paine
9 A ' F.t l'aimeray
LXI. — q ^1 Q. s. a. m'a. — 5 p. ardammcnt -- 1 1 jB Q. je t.
l82 KONDEAUX
LXII
SOURCE de plour, rivière de tristece,
Flun de doulour, mer d'amertume pleine
M'avironiient et noyent en grant peine
4 Mon pouvre cuer qui trop sent de destresce.
Si m'affondent et plungent en asprece ;
Car parmi moy cuerent plus fort que Saine
7 Source de plour, rivière de tristece.
Et leurs grans floz cheent a grant largece,
Si com le vent de Fortune les meine,
Tous dessus moy, dont si bas suis qu'a peine
Releveray, tant durement m'oppresse
12 Source de plour, rivière de tristece.
LXIIl
BKL et doulz et gracieux,
Jeune, courtois, sanz amer,
Qui avez mis en amer
Vostre cuer pour valoir mieuix.
Vray, loial soiez et tieulx
Qu'on vouspuist partout clamer
Bel et doulz et gracieux.
l.XII. - Omis dans B
LXIU. — Omis dans B
RONDEAUX l83
Et, ainçois que soiez vieulx,
Faites vous tant renommer
Qu'on vous puist pariout nommer
Bon, vaillant, et en tous lieux
12 Bel et doulz et oracieux.
LXIV
POUR quoi m'avez vous ce fait,
Très bel, ou n'a que redire ?
Et si sçavex mon martire
4 N'oncques ne vous lis meffait.
Et parti estes de fait,
Sanz mov daigner a Dieu dire;
7 Pour quoy m'avez vous ce fait?
Au dieu d'amours du tort fait
Me plaindray disant : Dieux Sire,
Ami m'avez fait eslire,
Dont me vient si dur effait,
12 Pour quoy m''avez vous ce fait?
LXV
S 'ainsi me dure
Ne puis durer
Je muir d'arJurc,
4 S'ainsi me dure.
LXIV. — Omix d.vis B
lo4 RONDEAUX
DoLilour ay dure
A endurer
7 S'ainsi me dure.
A
LXVI
MouREUx oeil,
Plaisant archier.
De toy me dueil,
Amoureux œil.
Car ton accueil
Me vens trop chier,
Amoureux œil.
LXVII
A dame
Secours.
Par m'ame,
Ma dame.
J'enflame
D'amours,
Ma dame.
RONDEAU >: l85
LXVIIl
J
E VOIS
Jouer.
Au bois
Je vois.
Pour nois
Trouver
Je vois.
LXIX
D
lEUX
Est.
Quieux ?
Dieux.
Cieulx
Plaist
Dieux.
LXIX. — oviis dans A
^XPLICIT IVONDEAULX.
JEUX A VENDRE
E VOUS vens la passe rose,
(l^il 1^ — Belle, dire ne vous ose
■%^.)^^ Comment Amours vers vous me tire,
Si l'apercevez tout sanz dire.
Je'vous vens la fueillc tremblant.
— Maint faulx amans, par leur semblant,
Font grant mençonge sembler voire,
Si ne doit on mie tour croire.
3-
Je vous vens la paternoslre.
— Vous sçavez bien que je suis vostrc.
Ne oncques a autre ne fus,
Si ne faittes de moy reffus,
l88 JEUX A VENDRE
Belle que j'aim, mais sanz demour
6 Me vueilliez donner vostre amour.
Je vous vens le papegay. '
— Vous estes bel et bon et gay,
Sire, et en tous cas bien apris;
Mais oncques a amer n'appris,
Encore n'y sçaroie aprendre
N'a amer par amours me prendre.
Je vous vens la fleur de mellier.
— Sire joly chevalier,
Telle pour vous souvent souspire
Qui vous aime et ne l'ose dire.
Je vous vens l'esparvier apris.
— Bien vouldroie estre de tel pris.
Qu'aucune damoiselle ou dame
Me daignast amer, car, par m'ame,
A mon pouoir l'aserviroie
Tant que s'amour dcsserviroie.
Je vous vens le vert muguet.
— Mcsdisans sont en agair,
3. — 5 fi et s. d.
4. — 4 ^1 Ne o. — 5 S E. ne s.
6. — 6 B Si q.
JEUX A VENDRE 1 89
Amis, pour nous agaitier;
Si querez autre sentier
Quant vers moy venir devrez
Et Peure sonner orrez.
8
Du dieu d'amours vous vens le dart
Qui m'a navré par le regart
De voz beaulx yeulx, dame jolie,
Qui a vous amer si me lie
Que j'en seray a mort livré
Se par vous ne suis délivré.
Du pré d'Amours vous vens l'usage.
— Pas n'apert a vostre visage
Que vous soicz d'amours malade ;
Car la maladie est moult sade
Dont le visage en riens n'empire,
Mais tel n'a nul mal qui souspirc.
10
Je vous vens la fleur de lis.
— Vray amant doit estre jolis,
Sage, courtois et bien apris,
Amer honneur, armes et pris,
Loial, secret et sanz amer,
Qui tel l'a bien le doit amer.
■j. — 3 A'^ Doulx a. p.
8. — G B S(i p. V. n'en s. d.
10. — 5 ^' S. 1. et s. a. — G /l' b la d. a.
igO JEUX A VENDRE
I I
Je vous vens du rosier la fueiile.
— Je pri au dieu d'amours qu'il vueille
Briefment m'oltroier tant de grâce
Qu'acquérir puisse vostre grâce.
Je vous vens la turterelle.
— Seulete et toute a par elle
Saiiz per s'envole esgarée,
Ainsi suis Je demourée,
Dont jamais je n''aray joye
Pour nulle chose que j'oye.
i3
Je vous vens le cerf voulant.
— De bien amer ne soiez lent,
Amis, car vous avez amie
Qui talent d'autre amer n\i mie;
Si lui soiez vrais et entiers,
Car elle vous aime sanz tiers.
H
Je vous vens le chappel de Sauk.
— S' Amours vous prent par ses assaulx',
Dame jolie et gracieuse,
Ne soiez nul jour envieuse
De voz loiaulx amours fausser,
Pour abaissier ne pour haulcer.
ri. — 3 de manque dans A^
j3. — I A' d'à. a. n'a envie
JLUX A Vr.NDRE ' IQl
Se vous estes uame clame'e
De vostre ami et bien amée,
Tenez vous y ; j'ay oui dire
ro Que qui pluscliange plus s'empire.
i5
Je vous vens la harpe et la lire.
— Vraie amour si m'a fait eslire
Vous seule pour dame et maistresse,
Belle, or me mettez en Tadrece
De joye avoir, et a mon dit
Vous accordez sanz contredit.
i6
Je vous vens les gans de laine.
— Je seroie trop villaine
Se vostre amour reffusoie ;
Car volcntiers si j'osoie
Seroit en vous m'amour ferme'e
Par si que de vous fusse amée,
Car vous estes digne d'avoir
D'Heleine le corps et l'avoir.
Je vous vens la fleur de parvanche.
— N'aiez pas le cuer en la manche,
Amans de bonne volcnte',
Hardiement joye et santé
Requérez, mais loiaulz soiez
14. — 10 B omet s'
i5. — G C V. a. s. es:ondit
iG. — ,S /; De II
192 JEUX A VENDRE
En quelque lieu que vous soiez,
Car se fausseté en vous maint
8 Des biens d'amours y perdrez maint.
18
Je vous vens la rose amatic.
— Vous avez vostre foi menlie
Vers Amours, dont vous valez mains,
De telz tours sçavez faire mains,
Si se fait bon des gens retraire
Qui sont a loiaulté contraire.
19
Je vous vens le pont qui se haulce.
— Dieux! que vous semblez estre faulse,
Bien savoir conter et rabatre,
Et a maint l'eaue faire batre,
Et faire en vain cornars veillier
Et pour néant eulx traveillier,
Monstrer semblant de fort amer,
Sanz en sentir ne doulz n'amer.
20
Je vous vens le panier d'ozicr.
— On ne doit amer ne proisier
Homme qui de femme mesdie,
Ne le croire de riens qu'il die;
Si estes de ce renommé
Dont vous en estes moins amé.
17. — S A^ y manque
18. — 3 A^ de gcnt r.
JEUX A VENDRE igS
21
Je vous vens l'oisellet en cage.
— Se vous estes faulx c'est dommage,
Car vous estes et bel et doulz,
Si n'aiez telle tache en vous
Et digne serez d'estre amé,
Bel et bon et bien lenommé.
22
Je vous vens le vers chapellet.
— Nul amant ne peut estre let,
Mais que ses taches soient bonnes,
De loiaulté suive les bonnes,
Si sera digne que l'en l'aime
Et que sa dame ami le claime.
23
Je vous vens la clerc fontaine.
— Je voy bien que je pers ma peine,
Dame, de tant vous requérir;
I^uis que riens n'y puis acquérir ;
Qu'oncques vous vy l'eure maudi.
Je m"en vois et a Dieu vous ui.
24
Je vous vens le chappel de soie.
— Guidiez vous qu'a pourveoir soie
D'ami plaisant, jeune et joly,
21. — C' B B.l et bien r.
24. — 'SB D'à. reiuii j. cl j.
T. I i3
jgi JEUX A VENDRE
Qui de bon cuer m'aime et Je li ?
N'anil voir ; si pert bien sa peine
6 Qui de m'amour avoir se peine.
Je vous vens le cuer du lion.
— Vostre cuer et le mien lion
A tousjours, mais sanz deslier,
Et pour nostre amour alier
Par vray serment le promettons
Et corps et avoir y mettons.
26
Je vous vens la couldre qui ploie.
— En bien amer mon cuer emploie;
Je ne sçay se je suis amée,
Mais Je ne doy estre blasmée
D'avoir mon cuer a cil donné
Qui sur tous est bien renommé.
27
Je vous vens Tanelet d''or fin.
— Je pri a Dieu que maie fin
Puissent tous ces mesdisans faire,
- Qui se meslent d'auirui affaire;
Souvent esveillent Jalousie,
Qui met pluseurs en frénésie.
28
D'un espaivicr vous vens la longe.
17. — 6 i> Q. p. m.
JEUX A VENDRE igb
— Quant un amant plein de mençonge
Est et souvent parjur trouvé,
D'Amours doit estre reprouvé;
Car amant ne doit a sa dame
Mentir ne pour loz ne pour blasme.
29
Je vous vens le coulomb ramage.
— On scet assez bien vostre usage,
Assez sçavez du bas vouler
En faingnant plaindre et flajoler,
Et en mains lieux quérir santé,
Dient ceulz qLii vous ont henté.
3o
Je vous vens le songe amoureux,
Qui fait joyeux ou doukreux
Estre cellui qui l'a songié.
— Ma dame, le songe que j'é
Fait a nuit, ferez estre voir.
Se je puis vostre amour avoir.
3i
Je vous vens l'aloc qui vole.
— Vostre gracieuse parole,
Et vostre doulz et bel semblant,
Doulz ami, va mon cuer emblant.
Si ne vous puis plus escondire,
Car vostre suis sanz contredire.
28. — 6 A- B M. ne p. mort ne p. b.
3o. — 2 A' douloureux — b A^ laites c. v.
'ji. — 2 yi' gracieux
igÔ JEUX A VENDRE
32
Je vous vens Tespée de guerre.
— Que venez vouscy entour querre,
Sire, qui si bien savez faindre
Le loial amant et vous plaindre ;
Par vous sont maintes barguignées,
Blanches, brunes, ou bien pignéos :
Si alez hors de no dongier
8 Ailleurs voz roisins vendengier.
33
Je vous vens la fleur d'acolie.
— Je suis en grant mélancolie,
Amis, que ne m'aiez change'e;
Car vous m'avez trop estrangde,
Dittes m'en le voir, sanz ruser,
Sanz plus m.e faire en vain muse
34
Je vous vens la branche d'olive.
— Ou monde n'a femme qui vive
Que je vueille servir fors vous.
Si me retenez donc sur tous,
Belle plaisant de moy chérie,
Ne soiez vers moy rencherie.
35
Je vous vens la fleur d'oriie.
— Je suis d'amours bien sortie;
32. — 8 A'^ V. voisins V.
33. — 7 B' merencolie
35. — i A- b, partie
JFUK A VENDRIî I 97
Car j'ay ami loial et bon,
A qui cuer, corps et amour don.
36
Je vous vens le chapel de bievre.
— Jalousie vauit pis que fièvre;
Si ne croiez riens qu'on vous die
Qui vous traye a tel maladie,
Se voulez amours maintenir,
Gaiement et lié vous tenir.
37
Je vous vens la rose de may.
— Oncques en ma vie n'amay
Autant dame nedamoiselle
Que je fais vous, gente pucelle,
Si me retenez a ami,
Car tout avez le cuer de mi.
38
Je vous vens la fleur de scLir.
— Je ne suis pas bien aselir
Que j'aye vosire amour ou non
Pour tant se d'ami ay le nom ;
Car partout vostre belle chiere,
Ce me semble, envers nul n'est ficre.
39
Je vous vens la violcte.
36. — 6 B Lyenienl el gay v. l.
37. — 4 B Comme T.
38. — 6 A'^ n'e. chère
igS JEUX A VENDRE
— De joye mon cuer voleté,
Quant je voy vostre doulz vis
A Sur tous bel a mon avis.
40
Je vous vens le blanc corbel.
— Vostre gracieux corps bel
Et vostre ris savoureux
Fait mon cuer estre amoureux.
Je vous vens l'aloue volant.
— De bien amer n'avez talent;
Mais vous savez bien décevoir,
Pluseurs ne l'ont pas assavoir.
42
Je vous vens le dyamant.
— Sachiez que j'ay bel amant,
N'il n'est homme soubz les cieulx
A mon gré plus gracieux.
43
Je vous vens le tourret de nez.
— Gay et joli vous maintenez,
S'estre voulez renommé
Et des dames bien amé.
42. — 3 A'^ li n'e. — B N'il n'a h. — 4 B A m. g. qui vaille
mieulx
43. — 4 ^1' Et de d. b. a. — B Des d. et b. a.
JEUX A VENDRE I 99
44
Je vous vens la matjoleine.
— Je tiens la dame a vilaine,
Se amant mercy lui crie
Et humblement la deprie,
De repondre rudement
Et lui mettre a sus qu'il ment.
45
Je vous vens la fucille de houx.
— J'ay bel ami plaisant et doulx ;
Dieu veuille qu'aussi bon soit il
Corne il est bel, jeune et gentil,
46
Je vous vens la blonde tresce.
— Ma très gracieuse maistresse,
Que j'aim et crain et servir vueil,
Très belle, plaisant, sanz orgueil,
Comandez moy, je suis tout prcst
A vous obeïr sanz arrest.
47
Je vous vens le souspir parfont,
Que mains faulz amans contrefont.
— Telz gens fièrent sanz deffier,
Si ne s''i doit on pas fier,
Car tel a assez souspiré
44. — 3 Zi Quant amy m. 1. c.
45. — 4 A b. .qent el g.
200 JEUX A VENDRE
6 Qui n'est malade n'empiré.
48
Je vous vens le blanc orillier.
— Assez ne me puis merveillier
Gomment Amours peut endurer
Fausseté si long temps durer
Qu'a peine qui veulc esprouver
6 Puet on nullui loial trouver.
49
Je vous vens la voulant aronde.
— Dame, la plus belle du monde,
Pour Dieu, aiez de moy pitié;
4 Car je muir pour vostre amitié.
5o
Du blanc pain vous vens la mie.
— Pour Dieu, ne m'oubliez mie
Quant je seray loing de vous,
4 A Dieu vous di, mon cuer doulz.
5i
Je vous vens la rose d'Artois.
— Amez honneur, soiez courtois.
Bien servez en toute saison,
Et des biens arez a foison.
52
Je vous vens la colombclle.
— Dame qui tant estes belle.
JEUX A VENDRE 201
Ne vLieilliez avoir en despris
Vostre ami pour vostre grant pris,
Mais prenez son service en gré, ,
Si le mettrez en hault degré.
53
Je vous vens le blanc cueuvrechief.
— Vostre amour met a grant meschief
Mon las cuer, qui toudis souspire
Pour vous, n'il n'est mal du sien pire.
H
Je vous vens de soye le laz.
— Oncques vray amant ne fut las
De bien amer pour escondit,
On dit communément un dit :
Que qui bien puet souffrir il vaint ;
Et ainsi l'ont esprouvé maint.
55
Je vous vens l'anelet d'argent.
— Vostre doulz gracieux corps geni,
Voz ris, voz yeulx, vo doulz chanter
Feroit les mors ressuciter;
Ne je ne suis pas souvenant
Qu'oncques veisse plus avenant.
Si. — 6 Z> Si le meuez
34. — b B Q. q. b. veult s. — 6 B Car
33. - 2 doulz manque dans A- et B — .- A'- v. r. v. gicuî
2 02 JKUX A VENDRE
56
Je vous vens la fleur de glay.
— Chantons, dançons, menons bon glay,
En despit de mesdisans
4 Qui aux amans sont nuisans.
5?
Je vous vens la perle fine.
— Se par vous ma doulour ne fine,
j-Ma dame très afllinée,
4 .Vous fustes pour ma fin née;
Car Antours m'a si affiné
Que tost me verrez deffiné;
Mais mieulx vueil ma vie finer
8 Que d'ainsi languir ne finer.
58
Je ne vens ne donne les yeulz
Beaulz et plaisans, doulz, gracieux,
De vo beau vis, qui m'ont attrait,
Doulce dame, par leur doulz trait,
Ainçois les retiens pour ma part;
6 Car par eulx tout mal de moy part.
59
Chascun vous vent, mais je vous veui! donner
Mon cuer, mon corps, et vous abandoner
56. — I B Je V. V. la fueille de g. — 4 5 Q. s. a. a. n.
57. — 2 ^- Se p. V. mon mal ne f.
58. — 4 ii p. vo d. t. — b B dénia p.
59. — I /1"« vous donne — 2 A- v. abandonne — et manque
dans B'
JEUX A VENDRE 2o3
Tout quanque j"ay, si n'en faites reffus,
Très belle a qui suis et scray et fus.
60
Je vous vens la fîeur de peschier.
— Je ne vous vueil mie cmpeschier ;
Parler voulez secrètement ?
Je m'en vois, a Dieu vous command.
61
Je vous vens du rosier la branche.
— Oncqucs neige ne fu plus blanche,
Ne rose en may plus coulourée
Qu'est la beauté fine esmerée
De celle en qui entièrement
Me suis donné tout ligement.
62
Je vous vens d'Amours la prison.
— S'oncques vers vous fis mesprison,
Pour Dieu, prenez moy a mercy,
Ma dame, je vous cry mercy,
Et je suis tout prest d'amender
Ce qu'il vous plaira commander.
63
Je vous vcus la rose vermeille.
— Amours me comande et conseille
Que je face de vous ma dame,
Dites moy, belle, par vostre ame,
204 JEUX A VENDRE
Pourray je vostre amour avoir
6 Se Je fais vers vous mon devoir?
64
Je vous vens plein panier de fiours.
— On ne doit marchander d'amours,
On doit servir a Paveniure;
S'ainsi faites par aventure,
Des biens d'Amours arez assez,
6 Se vous n'estes d'amer lassez.
65
Je vous vens la feuille de tremble.
— De paour tout le cuer me tremble,
Que pour moy ne soiez blasmcc,
4 Ma belle dame très amée;
Et, se vers vous je n'ose aler
Pour la doubtance du parler
De ceulz qui nous ont encusé,
8 Si m'en tenez pour excusé.
66
Le Saphir vous vens d'Orient.
— Ce que je vous di en riant;
Que mon cuer a vous amer muse.
Ne le tenez pour tant a ruse ;
Car je le vous di tout accrtes,
6 Et vous aime plus que rien certes.
67
Fiours vous vens de toutes couleurs.
63. — b et 6 intervertis dans B
63. — 3 A' vous s. b.
JEUX A VENDRE 205
— Je suis gary de mes douleurs,
Quant vous me faittes bonne chiere,
Ma gracieuse dame chiere ;
Mais quani vers moy estes yrée
La mort est de mov désirée.
68
Je vous vens le lévrier courant.
— Pour vostre amour me vois moranî;
Ce pouez vous veoir a l'ueil,
Et pitié n'en avez ne dueil.
69
Je vous vens la fleur mipartie.
— Sommes nous a Ja départie
De noz amours, beau douizami?
S'il est ainsi ce poise mi,
Car je ne Tay pas desservi ;
Doulent suis quant oncques vous vi.
70
Je vous vens l'escrinet tout plein.
— Mon nom y trouverez a plain
Et de cil qu'oncques plusamay,
Par qui j'ay souiîeit maint esmay,
Se vous y querez proprement;
Or regardez mon se je ment.
ExPLicrr Jkux a vkndre.
fjy. — 5 ^- q. e. V. m. y.
G9. — 6 ii' Ce poise moy qu'oncques v. v.
70. — On trouve d vi^ a escnnctv/ les anagrammes di.' « Crestine s
cl de « Ksticn ». Rubriijuc B^ C.\ fcnissùnt gicux a v.
AUTRES BALADES
CY COMMENCENT PLUSEURS BALADES DE DIVERS PROPOS
r#f\^ssKz acquiert trésor et seigneurie,
(ItTf^^m Très noble avoir et srant richece amasse,
tzAi^ir^'' Qui par bonté, qui nul temps n'est perie,
Acquiert honneur, bon renom, loz et grâce.
Car ou monde n'est chose qui ne passe
Fors que bienfait, tout ne vault une miche
Autre trésor ne chose que l'en brace ;
Car qui est bon doit estre appelle riche.
i2
El bonté faitte est haultemcnt merie.
Car Dieu le rend, et qui le bien porchace
Acquiert honnour, soit en chevalerie
Ou aultre estât, qui des bons suit la trace.
I. — 4 A^ conqueste h. — 6 A^ F. qui b. — 9 5 Et b. est si h.
— 10 /; Que 1).
208 AUTRES BALADES
Loz doit avoir sur tous en toute place
Qui es vertus du tout son cuer affiche;
Tel trésor a que fortune n'efface;
i6 Car qui est bon doit estre appelle riche.
Ne l'en ne doit une pomme pourrie
Riche mauvais prisier, quoy quMl embracc,
Ne lui louer; car c'est grant desverie
20 De loz donner a mauvais, quoy qu"il face;
Mais au vaillant, qui a tout honneur chace,
Apartient loz, s'il n'est aver ne chiche,
Des 'Diens qu'il a soit large en deue place ;
24 Car qui est bon doit estre appelle riche.
Princes vaillans et de gentil attrace,
Ne souffrez pas vaillantise estre en friche;
Poursuivez la, ne vous chaut d'or en masse ;
28 Car qui est bon doit estre appelle riche.
II
[Eloge de Charles d'Albret.]
OR est Brutus ressuscité,
De qui Bretaigne fu nommée,
Et qui de Romme la cité
Fu consule, et qui mainte armée
Fist en son temps, et tant fu sage,
Preux, vaillant et plein de bernage,
Qu'a tousjours renom en remaint,
I. — 22 ^1 si n'o. — 23 A^ n. b. q. a dont grant tresof on
masse — B ou g. t. amasse — .17 B^ a masse
II. — La 3' ballade dans B — 2 A^ Du quel — 3 B Qui puis
AUTRES KALADES 2O9
Et tant fu après sa mort plaint;
Charitable le fist Dieux naisire
10 Si com tous vaillans doivent estrc.
De cil Brutus est recité
Maint hault bien par grant renommée;
Les dames en adversité
Confortoit, ne par lui blasmée
i5 Ne feust de fait ne de langage
Femme; ainçois qui feist oultrage
Aux dames, par lui fust estaint
Le meflait et le bien attaint ;
Leur champion fut en tout estre,
20 Si com tous vaillans doivent estre.
Or Tensieult par grant charité
Charles d'Alebret, qui amée
A la voie de vérité,
Dont l'a partout est voix semmée
25 De lui et de son vacelage,
Pour dames garder de dommage;
Se de tort nulle se complaint,
Veult estre, sanz avoir cuer faint,
Leur deffension et main destre,
3o Si com tous vaillans doivent estre.
Au bon Brutus de hault parage
Retrait Charles, car d'un lignage
Descendirent, ce scevent maint,
C'est des Troyens qui furent craint ;
Pour ce ensuivant est son ancestre
36 Si com tous vaillans doivent estre.
II. — 8 B Qui — 12 5 M. beau fait — 27 B Se de t. aucune se
plaint — ?5 A^ P. ce est suivant s. a.
T. I. 14
2 10 AUTRES BALADES
III
(.4 Charles d'Albret.)
BON chevalier, ou tous biens sont compris,
Noble, vaillant et de royal lignage,
Qui par valeur avez arn^es empris,
4 Dont vous portez la dame en verde targe
Pour demonstrer que de hardi visage
Vous vous voulez pour les dames tenir
Contre ceulz qui leur porteront dommage,
8 Et DieuK vous doint leur bon droit soustenir !
Dieux et pitié vous ont tout ce apris
Et la valeur de vo noble courage.
Et certes moult en croistra vostrepris.
1 2 Et paradis arez a héritage.
Car aux dames pluseurs font maint oultrage.
C'est aumosne de leur droit maintenir;
Si le ferez comme vaillant et sage,
i6 Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir!
Or ay espoir que ceulx qui ont mespris
Vers les dames de lait et de langage
Si se rendront comme las et despris ;
20 D'or en avant n'aront pas l'avantage,
Confus seront par vostre vacellage.
A tel baron doit bien apartenir
Que des dames soit amé par usage,
24 Et Dieux vous doint leur bor. droit soustenir !
m. — La 2'- dans C — 2 7i de loyal 1. — 17 A- Oi ay je e.
B Or e.
AUTRES BALADES 2 I 1
Mon redoubté seigneur, soubz vostre hommage,
Je vous suppli, me vueilliez retenir,
Car les vesves garderez de servage,
28 Et Dieux vous doint leur bon droit soustcnir I
IV
Avons les chevaliers aux dames,
Humble recommendacion
De par moy la mendre des femmes,
4 Priant Dieu que l'affection,
Qu'avez en bonne entencion
De vouloir garder le droit d'elles,
Vous doint mettre a perfection
8 Et honneur en toutes querelles.
Car le sauvcment de voz âmes
Ferez, et i^era mencion
A tousjours de voz belles armes;
! 2 De revenchier l'extorcion
Et d'estre la deffension
De femmes vesves et pucellcs ;
Si en arez salvacion
16 Et honneur en toutes querelles.
Or vient le temps que, les diffames
Et la grant murmuracion
Que maint dient d'elles, et blasmes,
20 Sanz avoir nulle occasion,
Yert par vous a destruction.
Si prieront les damoiselles
m. — 27 A- de dommage — B' àc vesva.qe
IV. — 1 1 B nobles a. — 19 ^1' ei les b.
2 12 AUTRES BALADES
Que Dieux vous doint remission
24 Et honneur en toutes querelles.
'- Priez Dieu par devocion
Pour les bons, toutes jovencelles,
Qui ont noble côndicion
28 Et honneur en toutes querelles.
LES biens mondains et tous leurs accessoires
Chascun voit bien qu'ilz sont vains et falli blés.
Si sommes folz quant pour les transitoires
4 Choses, laissons les joyes infailibles
Que Dieux donne aux innocens paisibles
Qui n^ont nul soing de trésor acquérir ;
Mais pour prisier pou choses corruptibles
8 Avisons nous qu^il nous convient morir.
Qu'est il des grans, dont on lit es hystoires,
Qui portèrent les fais griefz et pénibles
Pour avoir loz, grans honneurs et vittoires?
12 Ne sont ilz mors et a noz yeulx visibles?
Ne veons nous, soient choses sensibles
Ou non, faillir toute riens? fault porrir;
Si n^iyons foy en choses impossibles,
16 Avisons nous qu'il nous convient morir.
Et pour les biens qui ne valent deux poires
Pour nous sauver, ains souvent sont nuisibles,
Ne perdons Dieu, disans choses non voires,
IV. — 26 B P. 1. b. dames et anccUes
V. — 2 B q. s. tains et t'. — 10 A grans et p.
AUTRES BALADES 210
20 Pour accomplir péchiez laiz et orribles
Et pour deliz vains, laiz et non loisibles ;
Car Dieu scet tout : on ne lui puet couvrir;
Pour eschiver ses vengences terril^les
24 Avisons nous qu'il nous convient morir.
Princes et clers d'entendemens sensibles,
Ne vueillons pas par noz meffais périr,
A nous sauver soions tous entendibles,
28 Avisons nous qu'il nous convient morir.
VI
HELAs! OU donc trouveront reconfort
Pouvres vesves, de leurs biens despoillécs,
Puis qu'en France qui sieult estre le port
4 De leur salut, et ou les exillées
Seulent fouir et les desconseillées,
Mais or n'i ont plus amistié ?
Les nobles gens n'en ont nulle pitié,
Aussi n'ont clers li greigneur ne li mendre,
9 Ne les princes ne les daignent entendre.
Des chevaliers n'ont elles nesun port.
Par les prelaz ne sont bien conseillées,
Ne les juges ne les gardent de tort,
1 3 Des officiers n'aroient deux maillées
De bon respons; des poissans traveillées
Sont en maint cas, n'a la moitié
Devers les grans n'aroient exploitié
V. — 22 B C. D. t. s. — 2'3 B Et p. fouir — 26 B pour 11.
m.
VI. — b A^ Veulent f. — G B Or n'i o. mais a.
2 14 AUTRES BALADES
Jamais nul jour, aileurs ont a entendre,
18 Ne les princes ne les daignent entendre.
Ou pourront mais fuir, puis que ressort
N'ont en France, la ou leur sont baillées
Esperences vaines, conseil de mort,
22 Voies d'Enfer leur sont appareillées,
S'elles veulent croire voies brouUées
Et faulz consaulx, ou apoiniié
N'est de leur fait, nul n'ont si acointié
Qui leur aide sanz a aucun mal tendre,
27 Ne les princes ne les daignent entendre.
Bons et vaillans, or soient esveilliées
Voz grans bontez, ou vesves sont taillées
3o D'avoir mains maulz de cuer haitié ;
Secourez les et croiez mon dittié.
Car nul ne voy qui vers elles soit tendre,
33 Ne les princes ne les daignent entendre.
Vil
SE de Pallas me peûsse accointier
Joye et tout bien ne me fauldroit jamais;
Car par elle je seroie ou sentier
De reconfort, et de porter le fais
Que Fortune a pour moy trop chargicr fais;
Mais foible suis pour soustenir
Si grant faissel, s'elle ne vient tenir
De l'autre part, par son poissant effort
Pour moy aidier, Dieu m'i doint avenir,
V!. 17 ZJ' a. n'ont a — 23 ^1 v. bourillées — 27 D ne les
veulent c. — 32 B G. je ne v. nul q. leur ait cuer t.
AUTRES BALADES 2i5
10 Car de Juiio n'ay je nul reconfort.
Pallas, Juno, Venus vouldrent plaidier
Devant Paris jadis de leurs tors fais,
Dont chascune disoit qu'a son cuidier
Plus belle estoit, et plus estoit parfais
I 3 Ses grans pouoirs que de Tautre en tous fais;
Sus Paris s'en vouldrent tenir,
Qui lors jugia que Ten devoit tenir
A plus belle Venus et a plus fort,
Si dist : « Dame, vous vueil je détenir,
20 Car de Juno n'ay je nul reconfort. »
Pour la pomme d'or lui vint puis aidier
Vers Heleine Venus, mors et deffais
En fu après; si n'ay d'elle mestier,
Mais de joye seroit mon cuer reffais,
25 Se la vaillant Pallas, par qui meffais
Sont delaissié et retenir
Fait tous les biens, me daignoit retenir
Pour sa serve : plus ne devroie au fort
Ja désirer pour a grant bien venir,
3o Car de Juno n'ay je nul reconfort.
Ces trois poissans déesses maintenir
Font le monde, non obstant leur descort;
Mais de Pallas me doint Dieux sovenir,
34 Car de Juno n'ay je nul reconfort.
VU. — 14 ZJ' cl 0. p. — 23 B En fu depuis — 33 B M D. nie
d. de P. s.
2 l6 AUTRES BALADES
VIII
Dieux! on se plaint trop durement
De ces marys, trop oy mesdire
D'eux, et qu'ilz sont communément
4 Jaloux, rechignez et pleins d'yre.
Mais ce ne puis je mie dire,
Car j'ay mary tout a mon vueil.
Bel et bon, et, sanz moy desdire,
8 II veult trestout quanque je vueil.
Il ne veult fors esbatement
Et me tance quant je souspire,
Et bien lui plaist, s'il ne me ment,
12 Qu'ami aye pour moy déduire,
S'aultre que lui je vueil eslire ;
De riens que je face il n'a dueil,
Tout lui plaist, sanz moy contredire,
i6 II veult trestout quanque je vueil.
Si doy bien vivre liement;
Car tel mary me doit souffire
Qui en tout mon gouvernement
20 Nulle riens ne treuve a redire,
Et quant vers mon ami me tire
Et je lui monstre bel accueil.
Mon mary s'en rit, le doulz sire,
24 II veult trestout quanque je vueil.
Dieu le me sauve, s'il n'empire,
Ce mary : il n'a nul pareil,
Vm. — Omise dans B
AUTRES BALADES 2 1'J
Car chanter, dancier vueil' ou rire,
28 II veult trestout quanque je vueil.
IX
OR SUS, or sus, pensez de bien amer,
Vrais amoureux, et joye maintenir
Ce moys de may, et vuidiez tout amer
^4 De voz doulz cuers, ne lui vueilliez tenir,
Soiez joyeux et liez sanz retenir
Nul fel penser, car resjouïr se doit
Tout vray amant par plaisant souvenir;
8 Amours le veult et la saison le doit.
Or y parra qui sçara reclamer
Amours a droit pour a grant bien venir.
Faire beaulz ditz, soy pour amours armer,
12 Et ces beaulz cops a jouste soustenir,
Et le bon vueil sa dame retenir,
Tost obeïr, s'elle lui commandoit.
C'est le devoir, qui bon veult devenir ;
16 Amours le veult et la saison le doit.
Si vous vueilliez es doulz biens affermer
Qui a tous bons doivent apertenir.
Rire, jouer, chanter, nul ne blasmer.
20 Et tristece toute de vous banir,
Vestir de vert pour joye parfurnir,
A feste aler se dame le mandoit,
Vous tenir liez quoy qu'il doic avenir;
24 Amours le veult et la saison le doit.
IX. — 14 B s'e. le c.
2 l8 AUTRES BALADES
Vrais fins amans, pour a joie avenir
Soiez jolis, car espérer on doit
En ce doulz temps a tout bien parvenir;
28 Amours le veult et la saison le doit.
^
TRES humblement, dames et damoiselles,
Me recommand a vostre gentiliece,
Et de par moy sachiez, bonnes et belles,
4 Qu'Amours a fait crier de sa richece
Ce jour de May joye, et a grant largece
Roses et flours qu'y vers chieres vendoit,
Et que voz cuers vous teniez sanz tristece,
8 Amours le veult et la saison le doit.
Et doulz déduit anonce ces nouvelles,
Et qu'il n'y ait nulle si grant maisiresse
Qui a l'amant reffuse ses querelles,
12 Voire en honneur et en toute noblece,
Sanz que renom ne loiaulté on blece,
Car tort aroit se plus en demandoit;
Mais qu'ottroiez bel accueil en simplece,
16 Amours le veult et la saison le doit.
Et si commande aux jeunetes pucelles
Chapiaulx de flours dessus la blonde trece.
Jouer, dancer en prez sus fontenelles
20 Simpletement, de maintien en humblece ;
Rire, chanter, fuir dueil et destrece;
X. — 2 B a V. grant noblesce ~ 3 B Vueilliez savoir toutes b.
et b. — 4 B a grant largcsce — b B Ce j. de M. baudour j. et
gayesse — 12 B et t. gentillesse
AUTRES BALADES 219
Car jeune ciier, se lecoe perdoit,
Il seroit mort, si Taiez sanz parece,
24 Amours le veult et la saison le doit.
Belles plaisans dames de grant hautece,
Je vi Déduit qui grant oudeur rendoit
Et haultement crioit : « Aiez leesce !
28 Amours le veult et la saison le doit. »
XI
HAULTE, poissant, très louée Princece,
Bonne et belle, vaillant de tous nommée,
Pleine de sens, d'onneur et de noblece,
4 Et en maint lieux redoublée et amée,
Par le monde très excellant clamée,
Et parfaitte toute de corps et d'ame.
On ne pourroit vostrc grant renommée
8 Assez louer, ma redoubtée dame.
Acomparera Pallas la déesse,
Et a Juno qui tant est reclamée,
Certes vous puis, pour vostre grant sagece ;
j 2 Et pour la très riche honneur affermée
Ou vous estes, ne jamais extimée
Vostre valeur ne pourroit estre de ame
N'escripture, fust en prose ou rmiée,
16 Assez louer, ma redoubtée dame.
Semiramis ressemblez de largece
X. — 22 B C. tout c. gay
XI. -~ 2 B très renommée — 4 /J En pluscurs 1. — 5 .C t. par-
faicte c. — 11 B par v. g. s.
2 20 AUTRES BALADES
Qui fu si preux et tant est reclamée,
Et de purté la très belle Lucrèce,
20 La rommaine de grant constance armce,
De loyauhé Rester la non blasmée.
En louz estaz, plus que nulle autre femme,
On ne vous puet, tant estes bien formée,
24 Assez louer, ma redoubtée dame.
Très excellent en grâce confermée,
De vous partout cuert si très noble famé
Qu^on ne vous puet, c'est bien chose informée,
28 Assez louer, ma redoubtée dame.
XII
PRIEZ, dames et damoiselles,
Pour les bons chevaliers vaillans
Qui, pour soustenir voz querelles,
4 Mettent leurs corps et leurs vaillans;
Que ja Dieu ne leur soit faillans,
Ains leur doint honneur et victoire
Encontre tous leur assaillans,
8 Si qu'a tousjours en soit mémoire.
Qui l'escu vert aux dames belles
Portent sanz estre defîaillans,
Pour demonstrer que l'onneur d'elles
12 Veulent, aux espées taillans.
Garder contre leur mauvueillans.
Si devez prier Dieu de gloire
XI. — 18 ^2 Q. tant fu p. — iî Q. tant fu p. dont 1^1 aat voix
est semée — 27 yl Q. ne pourroit vous, c'e. c. i.
XII. — 6 leur omis dans B
AUTRES BALADES 2 2 I
Que priz et loz soient cueillans,
i6 Si qu'a tousjours en soit mémoire.
Du bon Torsay bonnes nouvelles
Avons, com preux et traveillans
Les armes Obissecourt, celles
20 Facent joye a ses bienvueillans;
Castelbayart qui est veillans
A poursuivre armes, chose est voire,
A honneur en soit hors saillans,
24 Si qu'a tousjours en soit mémoire.
Or priez Dieu a yeulx moillans,
Qu'on die d'eulx si bonne hystoirc,
Que chascun en soit merveillans,
28 Si qu'a tousjours en soit mémoire.
G"
XIII
ENTiLZ amans, faittes ce jugement.
Et, je vous pry, jugiez selon le voir :
Une dame retient entièrement
Un pour ami, cuidant en lui avoir
5 Loial amant qui face son devoir
D'elle servir, ainsi qu'il apertient ;
Ce lui promet quant elle le retient.
Mais tost après le contraire aperçoit.
S'un aultre aime, qui d'elle près se tient,
10 Vous semble il que ce fausseté soit?
XII. - 22 /]' A p. et c. e. v. — 28 A^ Et q.
XIIT. — 2 B Je V. supply, or en j. le v. — G B si com il a.
7 B Ainsi
222 AUTRES BALADES
Quant le premier la voit négligemment,
Et si la puet assez souvent veoir,
Et par pluseurs foiz moult piteusement
Celle lui dist que moult a le cuer noir,
i5 Dont elle voit lui en si pou chaloir;
Mais riens n'y vault, trop pou de compte en tient
Et fièrement vers elle se maintient,
Dont s'un autre qui mieulx l'aime reçoipt
Quant elle voit qu'a cil si pou en tient,
20 Vous semble il que ce fausseté soit ?
Et encor pis. car il dit plainement
Présent elle, qu"'il n'est pour nul avoir
Que il voulsist en femme nullement
Mettre son cuer pour peine en recepvoir,
25 Selon le dit peut le fait apparoir
Qu'il ne Taime, ne ne lui en souvient,
Et un autre vers elle se contient
Si loiaument, quelque l'escondit soit,
Qu'elle voit bien qu'il Paime, si s'i tient,
3o Vous semble il que ce fausseté soit ?
Amans, jugiez, quant un tel cas avient.
Se avoir doit congié, se il revient.
L'amant premier qui la dame deçoipt,
Se par faulte de luy auitre y avient,
35 Vous semble il que ce fausseté soit?
XIII. — i\ B Car — 17 5 Et rudement — 18 £ Et — 23 /i v.
de f. — 24 B 5oy assoler p. — 32 A^ se il remaiiit
AUTRES BALADES 22 3
XIV
ViEGNE Pallas, la déesse honnourable,
Moy conforter en ma dure destresce,
Ou mon anui et peine intoUerable
4 Mettront a lin ma vie en grant asprece.
Car Fortune me cucrt sure
Qui tout mon bien destruit, rompt et deveuie,
Et pou d'espoir me destraint jour et nuit;
8 Juno me liet et meseiir me nuit.
Ne je ne truis nul confort secourable
A mon meschief, ainçois quant je me drece
Vers quelque part ou voye réparable
12 Deusse trouver, tout le rebours m'adrece.
Et en vain peine et labeure;
Car Fortune despece tout en l'eure
Quanque j'ay fait, ou me plaise ou m'a nuit;
i6 Juno me het et meseiir me nuit.
Et pour ce pri la haulte vénérable
Fille de Dieu, Pallas qui tous radrece
Les desvoiez, qu'elle soit apparable
20 En mes pensers, comme vraie maistrece
Me doitrine et me secueure ;
Diane soit avec elle a toute heure,
Car de long temps me commence, yer n'anuit
24 Juno me het et meseiir me nuit. --■
Princes, ains que mort m'acueurc,
XIV. — 4-4' M. ma v. a f. — B Mettra a f. ma v. en g. cs-
presse — \ i A^ vers le r. — 1'.^ B Ces deux m'aiment, mais non
obstant je cuit
224
28
AUTRES BALADES
Priez Pallas que pour mon bien accueure;
Car en tous cas, ou que j'aye réduit,
Juno me het et meseûr me nuit.
XV
MON clier Seigneur, vueilliez avoir pi lié
Du povre estât de vostre bonne amie,
Qui ne treuve nulle part amistié.
4 Pour Dieu mercy, si ne l'oubliez mie,
Et souvenir
Il vous vueille de son fait, ou venir
Lui convendra a pouvreté obscure,
8 Se Dieu et vous ne la prenez en cure.
Ne peut avoir, tant ait nul acointié.
Son las d'argent : charité endormie
Treuve en chascun, dont tout ne la moitié
1 2 N''cn puet avoir. Fortune est s'anémie
Qui survenir
Lui fait maint mal, si ne puet soustenir
Son povre estât ou elle met grant cure
1 6 Se Dieu et vous ne la prenez en cure.
Si vous plaise que par vous esploistié
Soit de son fait, car ja plus que demie
Est cheoite au bas, dont a cuer dehaitié
20 Souventes fois et de soussi blesmie,
Dont si tenir
A mémoire vueilliez et retenir
XV. — 9 B Ne p. a. pour peine n'amistic — lo B Ce qui est
sien — 11 B T. partout — ib B S. foible e. — 22 A- V. a m.
AUTRES BALADES 225
Son fait qu\\ chief en soit ou trop endure
24 Se Dieu et vous ne la prenez en cure.
Tost avenir
Puisse par vous et son fait parfurnir,
Mon chier Seigneur, car trop a peine dure
28 Se Dieu et vous ne la prenez en cure
XVI
(A Charles d'Albrct, connétable de France.)
NOBLE vaillant, chevalier de grant pris,
Mon cher seigneur, de France conneslahle,
En qui prouesse et tous biens sont compris,
4 De Dieu amé et au monde agréable,
Loyal en foy, baron très honnorable,
Je pri a Dieu et a la Vierge belle
Qu^il vous octroit joye et bien permanable
8 Ce premier jour que l'an se renouvelle.
Par bon renom qui queurt en tout pourpris
De vous, seigneur, de constance inmuablc
Le mien cuer est de grant désir espris
I 2 De faire a vous plaisir, si solvable
Estoie que de vous feust acceptable,
Mon chier seigneur, comme de vostreanccllc,
Si l'ait a gré vo bon cuer charitable
16 Ce premier jour que Tan se renouvelle.
Humble seigneur, si n''aiez en despris
XV. — 23 il' ou i. demeure -- aH B a s. f.
XVI. — Omise dans A
T I
226 AUTRES BALADES
Mon bon vouloir, tout soit il pou valable
Et pardonner me vueilliez se mespris
20 D^escrire a vous, personne si notable,
Je ay. moy femme ignorant non savable,
Mais voulentiers Je diroye nouvelle
Qui resjouïst vo bon cuer amiable
24 Ce premier jour que Fan se renouvelle.
Mon cher Seigneur puissant et redoutable,
Prenez en gré ma balade nouvelle,
Que Dieux vous doint tout soulaz delitable
28 Ce premier jour que l'an se renouvelle.
XVII
JADIS Circes l'enchanteresse
Fist chevaliers devenir porcs;
Mais Ulixes par sa sagece
4 De ce raeschief les gitta hors.
Mais je ne sçay se c'est droit sors
D'aucunes gens, dont j'ay grant yre,
Qui sont plus que pors vilz et ors,
8 N'on n'en pourroir assez mesdire.
Grans vanteurs sont et sanz proece,
Mais très bien parez par dehors,
Orgueilleux pour leur gentillece,
12 Et tiennent bien aise leurs corps;
Mais en eulx a maint mal remors,
Et combien qu'on ne Tose dire
A bien faire n'ont pas amors,
r6 N'on n'en pourroit assez mesdire.
XVII. — 3 5 p. sa prouesse — 4 i3 se gecta h. — 10 B M. b
p. sont p. d.
AUTRES BALADES 227
Il n'est nulle si grant maistrece,
Ne femme autre, soit droit ou. tors,
Que leur fausse lengue ne blece
20 Leur bon renom ; aise sont lors
Quant ilz en font mauvais rapors,
(^ui s'i vouldra mirer s'y mire,
Mais mieulx que vifs vaulsissent mors,
24 N'on n'en pourroit assez mesdire.
Je ne mesdi de nullui, fors
D'aucuns qui sont de Judas pire
Et sont de tous mauvais accors,
28 N'on n'en pourroit assez mesdire.
XVIII
(A la reine Isabelle de Bavière.)
HAULTE, excellent Royne couronnée
De France, très redoubtée princecc,
Dame poissant et de bonne heure née,
4 A qui honneur et vaillance s'adrece,
Des princeces souveraine maistresse,
Je pri cil Dieu, qui ne fault a nulle ame,
Qu'il vous envoit de toute joye adrece,
8 Ce jour de l'an, ma redoubtée dame.
Boneur, bon temps, très agréable année,
Vray reconfort de ce que plus vous blece,
Plaisir, soûlas, vous doint ccste journée
12 Et les autres plus en plus vous eslece.
XVI!. — 17 .4'^ B N'il — 18 A^ s. d soii t. — 27 /; Qui s.
XVllI. — 8 A- ma triis souvrainc d.
228 AUTRES BALADES
Toudis accroisse et garde vo haultece,
Vostre valeur et vo très noble faame,
Et vous envoit Joye qui ja ne cesse,
16 Ce jour de Fan, ma redoubtée dame.
Mais je suppli, haulte bien ordennée,
Ma excellent redoubtée, ou humblece
Fait son manoir, que mercy soit donnée
20 A moy se je mesprens par ma simplece
D'escripre a vous, ou tant a de noblece;
Digne n'en suis, si n'en aye nul blasme,
Car grant désir de vous servir m'i drece,
24 Ce jour de l'an, ma redoubtée dame.
Ma balade pregne en gré vo sagece,
Si suis vostre créature par m'ame
Qui volentiers vous donroie leece,
28 Ce jour de l'an, ma redoubtée dame.
XIX
(A Louis de France, duc d'Orléans.)
D
|E tous honneurs et de toutes querelles,
De tout boneuret de bonne aventure,
De tous plaisirs, de toutes choses belle.s,
4 Et de cellui qui créé a nature,
De quanque ou ciel et en terre a mesure,
Et de tout ce plus propre a homme né.
Mon redoublé seigneur plein de droiture,
8 Ce jour de l'an vous soiez estrené.
XVIII. — i3 fi T. g. et croisse vo h. — 14 B et vostre n. I. —
16, 24, 28 A^ ma très souvraine d. — i^ B r. en h. — 23 A^ vo
haultece
AUTRES BALADES 229
Très noble duc d'Orliens, de nouvelles
A vo souhaid et d'amour vraie et pure,
De ris, de jeux et de notes nouvelles
12 Resjouyssanz, d'union sanz murmure
Eu de tout ce de quoy tous bons ont cure,
De tout le bien qu'en corps bien ordenné
Il doit avoir, de paix qui tousjours dure
16 Ce jour de Tan vous soiez estrené.
De tous nobles, de dames, de pucelles
Et de chascun par communal jointure
Amé soiez, et de ceulz et de celles
20 Qu'oient parler, de bouche ou escripture.
De vous, prince de roiale faitture.
De leur salut loiaulz en tout régné
Et de leur loz sanz fausse couverture
24 Ce jour de Tan vous soiez estrené.
Prince excellent ou il n'a desmesure,
De ce livret qu'ay fait mal ordené,
De par moy, vo très humble créature,
28 Ce jour de Tan vous soiez estrené.
XX
(A Marie de Beny, comtesse de Montpensier.)
BON jour, bon an, bon mois, bonne novelle,
Ce premier jour de la présent année
Vous envoit Dieux, ma chicre damoiscllc
XIX. — M .4' de totes n. — xi B De leurs s<)luz loyaulx
23 B de leurs I.
23o AUTRES BALADES
4 De Monpensier, si soies estrenée
De toute joye.
A vo souhaid Dieux pii qu'il vous envoie
Tous voz plaisirs, tout gracieux revel,
Quanque vouldriez vous consente et ottroie
7 Ce plaisant Jour premier de Tan nouvel.
Et ma très chiere et redoubtée, et celle
Que je désir autant corn dame née
Servir, louer, et que chascun appelle
i3 De grant bonté et beaulté affinée,
En plaisant joye
Vo noble cuer Dieux permaine et convoie
Ou jolis temps dont vient le renouvel,
Et a présent a tout bien vous avoie
i8 Ce plaisant jour premier de Tan nouvel.
Noble, plaisant, très gracieuse et belle,
Bonne, vaillant, sage, bien aournée,
Prenez en gré ma balade nouvelle
22 Que j'ay faitte pour vous ceste journée,
Car ou que soie
Vostre je suis et obeïr vouldroie,
Amer, chérir vo gracieux corps bel.
Si vous doint Dieux quanque pour moy voldroie
27 Ce plaisant jour premier de l'an nouvel.
Du petit don, pour Dieu, ne vousanoie,
Car bon vouloir mieulx que fermail n'anel
Vault moult souvent ; voulentiers plus feroie
3i Ce plaisant jour premier de Tan nouvel.
XX. — 10 second « ei » omis dans D — ig ii N. puissant — 20
B plaisant s. — 20 A^ b. attournce — B^ b. ordonnée — 26 B tout
q. je V.
AUTRES BALADES 23 I
XXI
( Christine fait hommage à Charles d'Albret de son
■poème « Du Débat de deux Amans. »y
BON jour, bon an et quanqu'il puet souffire
De bien, d'onneur et de parfaitte joye,
Mon redoublé seigneur, d'Alebret sire,
Charles poissant, pri Dieu qu'il vous envoie
5 Ce jour de Tan qui maint bon cuer rcsjoie,
Et vous présente
Cestui livret, que j'ay fait par entente,
Ou est escript et la joye et la peine
Qu'ont ceulz qu''Amours met d'amer en la sente,
10 Si le vueilliez recepvoir pour estreine.
Et s'il vous plaist a Touïr ou le lire,
De deux Amans orrez qu'Amours maistroie
Si a entr'eulx débat ; car l'un veult dire
Qu'Amours griefve trop plus qu'elle n'esjoic,
I 5 L'autre dit non et que plus bien envoie,
E a Tatente
De jugement, lequel a mendre entente
Se soubzmettent et a sentence pleine ;
C'est nouvel cas a journe'e présente,
20 Si le vueilliez recepvoir pour estreine.
Et non obstant qu'ayent voulu eslire
Mon seigneur d'Orliens que leur fait voie
Et juge en soit, ne vueilliez escondire
Leur bon désir, car chascun d'eulx vous proye
XXI. — manque dans B
2 32 AUTRES BALADES
25 Très humblement, s'il vous plaist toutevoie,
Et se guermente
Que vous dissiez vostre avis : se dolente
Vie est qu'amer ou très joieuse et saine,
Et le livret le fait vous représente,
3o Si le vueilliez recepvoir pour estreine.
Mon redoubté seigneur, des meilleurs trente
Me reçoivent a vo bonté haultaine,
Gui mon service ottroysanz estre lente,
34 Si le vueilliez recepvoir pour estreine.
XXII
{Christine recommande son fils aîné au duc d'Orléans.)
T
'rés noble, hault, poissant, plein de sagesse,
D'Orliens duc Loys très redoubtable,
Mon redoubté seigneur, en grant humblece
Me recommand a vous, prince notable,
b En désirant faire chose agréable
A vous, vaillant seigneur de haute emprise,
Et si vous viens donner d'amour esprise
La riens qui soit que doy plus chier avoir
Et soubzmettre du tout a vo franchise,
10 Si le vueilliez, noble duc, recevoir.
C'est un mien filz, lequel de sa jonnece
A bon vouloir d'estreen son temps valable
Et désir a selon sa petitece
De vous servir, s'il vous est acceptable;
XXII. — : /i n. et h. — 6 omis dans B — j A^ v. vucil d. -
I 2 Z^ cil s cucr V.
AUTRES BAI.ADES 233
I 5 Pour ce suppli, vaillant prince amiable,
Qu'il vous plaise le prendre a vo servise.
Don vous en fais, et tout a vo devise
Faire de lui vueilliez, car bon vouloir
De vous servir a de cuer en craintise ;
20 Si le vueilliez, noble duc, recevoir.
Ja trois ans a que pour sa grant prouesse
L'en amena le conte très louable
De Salsbery, qui moru a destrece
Ou mal païs d'Angleterre, ou muable
25 Y sont la gent; depuis lors, n'est pas fable,
Y a esté, si ay tel peine mise
Que je le ray non obstant qu'a sa guise
L'avoit Henry qui de la se dit hoir,
Or vous en fais je don de foy aprise,
3o Si le vueilliez, noble duc, recevoir.
Prince excellent que chascun loue et prise,
Du requérir je ne soye reprise
N'escondite, car de tel qu'ay savoir
Mon service vous ottroy sanz faintise,
33 Si le vueilliez, noble duc, recevoir.
XXIII
S'il est ainsi que de vous soye amée
Si loiaument comme je vous oy dire
Et que vo cuer d'amour très afferme'e
M'aime si fort et ne veult ne désire
Fors moy sanz plus, je vous suppli, beau bire,
Sanz telz semblans ne telz ditz iccorder
XXll. — 2 1 /l g. promesse
XXlH. — h B S. t. s. nionstrcr ne r.
234 AUTRES BALADES
Pour m'asseurer qu'ailleurs vo cuer ne tire,
8 Faittes voz faiz a voz ditz accorder.
Car les amans si maie renommée
Ont a présent, non obstant qu'on souspire
Et que mainte dame soit d'eulx clamée
12 Dame et amour, que le meilleur ou pire
On ne cognoist, tant y a a redire
En leurs faulz cuers, s'ay je ouy recorder
Et pour ce a fin qu'il me doye souffire
i6 Faittes voz faiz a voz ditz accorder.
Et se je vueil estre bien informée
Ains qu'a ami du tout vous vueiile eslire
J'ay bien raison, n'en doy estre blasmée ;
20 Car son renorh dame trop fort empire
Qui a croire legierement se tire,
Si demonstrez qu'en riens a moy frauder
Vous ne taschiez, et pour ne m'en desdire
24 Faittes voz faiz a voz ditz accorder.
Se vous m'amez n'en aiez ne dueil n'yre,
Bien le sçaray, sanz longuement tarder ;
Pour esprouver le vray sanz contredire
28 Faittes voz faiz a voz ditz accorder.
XXIV
DouLCE dame que j'aim plus et désire
Qu'oncques n'amay nulle autre dame née
Partir me fault de vous, dont je souspire,
4 Ne bien n'aray jusqu'à la retournée,
Car a vous ay toute m'amour donnée;
XXIII. — y B P. moy monstrer — ib B que me doyés s. — 22 ^1'
Si d. qu'a r. — 2b B de ce n'ayez nulle yre — 26 B B, Je vcrray
AUTRES BALADES 235
Ne je ne pense a autre riens nulle heure;
Mais s'a présent m'en vois, très belle née,
8 Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.
Et loings de vous vivray en grief martyre,
Ne ma doulour ne sera ja finée
Jusqu'au retour, car riens ne puet souffire
I 2 A mon vray cuer, n'avoir bonne journée
Se ne vous voy ; soiez acertenée,
Belle plaisant pour qui mon penser pleure,
Ou que je voise, et y fusse une année,
i6 Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.
Si ne vueilliez nul autre ami eslire
Ne m'oublier, car soir ne matinée,
Ne heure du jour, vo beauté ou me mire
20 Et vo doulceur parfaitte et affinée
N'oblieray, si ne soit ja finée
L'amour de nous, quel que soit la demeure ;
De vous me pars, belle et bien atournée,
24 Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.
Je prens congié celle a qui j'ay donnée
Toute m'amour; de cuer plus noir que meure
Vous di a Dieu, ma joye entérinée,
28 Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.
XXV
OR soiez liez, jolis et envoisiez,
Vrais fins amans, puis que May est venu,
Voz gentilz cuers gaiement esleesciez ;
XXIV. — i3 jB s. en certenée — 23 B b. aournée
XXV, — Manque dans B
2 36 AUTRES BALADES
4 Ne soit de vous nul anuy retenu,
Ains soit soûlas doulcement maintenu,
Quant vous voyez resjoir toutes choses
Et qu'en saison sont adès et en cours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
9 Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.
Voiez ces champs et ces arbres proisiez,
Et ces beaulz prez qui sont vert devenu,
Ces oisillons qui tant sont renvoisiez
I 3 Que par eulx est tout doulz glai soustenu ;
Tout se revest ; il n'y a arbre nu ;
Voiez ces fleurs espanies et closes,
Dont bien devez avoir pour les odours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
i8 Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.
De doulz pensers voz gentilz cuers aisiez,
Chantez, dancez pour estre retenu
Avec déduit par qui sont acoisiez
22 Tous desplaisirs, et souvent et menu
Riez, jouez, soit bon temps détenu,
Amours le veult, pour ce nous a descloses;
Voiez, plaisans, si aiez tous les jours
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
27 Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.
Princes d'amours ou bontcz sont encloses,
Ce moys de May portez les doulces flours,
Chapiaulx jolis, violetes et roses,
3i Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours.
AUTRES BALADES 2^"]
XXVI
DouLCE chose est que mariage,
Je le puis bien par moy prouver,
Voire a qui mary bon et sage
4 A, comme Dieu m'a fait trouver.
Louez en soit il qui sauver
Le me vueille, car son grant bien
De fait je puis bien esprouver,
8 Et certes le doulz m'aime bien.
La prem.iere nuit du mariage
Très lors poz je bien esprouver
Son grant bien, car oncques oultrage
12 Ne me fisr, dont me deust grever,
Mais, ains qu'il fust temps de lever,
Cent fois baisa, si com je tien,
Sanz villennie autre rouver,
i6 Et certes le doulz m'aime bien.
Et disoit, par si doulz langage;
« Dieux m''a fait a vous arriver,
Doulce amie, et pour vostre usage
20 Je cioy qu'il me fist eslever. »
Ainsi ne fina de resver
Toute nuit en si fait maintien
Sanz autrement soy tiesriver,
24 Et certes le doulz m'aime bien.
Princes, d'amours nie fait desver
XXVI.— Manque dans B — ;_» A- du mesnage — ib A- P. mais
il nie f. il.
238 AUTRES BALADES
Quant il me dit qu'il est tout mien;
De doulçour me fera crever,
28 Et certes le doulz m'aime bien.
XXVII
DES très bonnes celle qui vault le mieux,
Assouvie sur toute damoiselle,
Non pareille, telle vous fourma Dieux,
Pleine de sens, de haulte honneur et belle,
5 Toutes passez
A mon avis, et croy que vous pensez
Toudis comment vous soiez exemplaire
De toute honneur qui tant en amassez,
g Et ce vous fait a tout le monde plaire.
Redoubtée princece, ou biens sont tieulx
Que un chascun paifaitte vous appelle.
De qui servir mon cuer est envieux,
Plus qu'autre riens, certes vous estes celle
14 Qui enlascez
Mon cuer en vous, sanz ja estre lassez,
Mais se pou vail, ne vous vueille desplaire,
Car vous valez.pour un royaume assez,
18 Et ce vous fait a tout le monde plaire.
Doulce, plaisant, corps gent et gracieux,
Flun de doulçour, blanche corn noif novele,
Le doulz regart de voz amoureux yeulz
Livre a mon cuer l'amoureuse estincelle,
2 3 Dont embrasez
Il est d'amer et toudis a pensez
De vous servir, n'en demande salaire
XXVII. — 8 i4i tout h'. — 19 B Toute p. — 20 B i:om fleur n.
AUTRES BALADES 23g
Fors le regart que doulcement lancez,
27 Et ce vous fait a tout le monde plaire.
Très belle, en qui tous maulz sont effacez,
Je ne désir fors vo doulz plaisir faire;
Car tous les biens sont en vous entassez,
3 I Et ce vous fait a tout le monde plaire.
XXVIII
OR soiez liez, joyeux et envoisiez ;
Tous amoureuz, puis que May est venu.
De tous voz dculz ores vous aquoisiez ;
Chantez, jouez trestuit, grant et menu,
5 Et querez voye
De joye avoir, et chascun se pourvoye
De reconfort et entroublie esmay;
Car Amours veult qu'un chascun se cointoye
9 En ce jolis plaisant doulz moys de May.
Voyez ces champs et ces arbres proisiez.
Et ces beaulx prez qui sont vers devenu,
Ces oisillons qui tant sont renvoisiez
Que par eulz est tout doulx glay maintenu,
14 Or menez joye,
Et vous dames aussi. Amours l'octroye,
Soyez liez; car s'oncqucs je n'amay
Si vueil je amer chose qui me resjoye
i8 En ce jolis plaisant doulz moys de May.
Chapiaux de flours aux amans pourchaciez.
XXVII. — 3o B en v. amassez
XXVIII. — Omise dans A— i et 2, 10 <7 \3, cf. XXXil
240 AUIRES BALAUES
Dames d'onnour, et s'avez retenu
Aucun amy tant de bien lui faciez
Que du doulz May lui soit mieux avenu ;
2 3 Mais toutevoye
N'octroyez rien dont blasmer on vous doye,
Se m'en croyez, mais oncques ne blasmay
Que Pen n'amast par gracieuse voye
27 En ce Jolis plaisant doulz moys de May.
Dames, amans, chascun de vous s'avoye
De liement aler cueillir le may
Ce joli jour, et tout annuy rénove
3i En ce Jolis plaisant doulz moys de May.
XXIX
(Au duc d'Orléans, sur le combat de sept Français
contre sept Anglais.) [i g mai 1402. ]
P
RINCE honnoré, duc d'Orliens, louable,
Bien vous devez en hault penser déduire
Et louer Dieu et sa grâce amiable
Qui si vous veult en tout honneur conduire
Que le renom parle monde fait luire
De vostre court remplie de noblece
Qui resplendit comme chose florie
En noble loz, et adès est radrece
De hault honneur et de chevalerie.
Or ont acreu le loz li sept notable
Bon chevalier que vaillance a fait duire
Si qu'a grant loz et victoire honnorable
XX!X. — '3 ^ sa g. louable — 12 /3 Si q. g. peine
AUTRES BALADES 24I
i3 Ont desconfit les sept Anglois, qui nuire
Aux bons François cuident et les desrruire ;
Mais le seigneur du Chastel, ou proece
Fait son réduit et la bacheleric,
Bataille, ont mis Anglois hors l'adrcce
18 De hault honneur et de chevalerie.
Et Kerhoïs le breton secourable
Qui mains grans biens fera ainçois qu'il muirc,
Et Barbasan et Champaigne amiable,
22 Et Archambaut qui fait son renom bruire,
Le bon Clignet de Breban qui aduire
En armes veult son corps et sa jeunece ;
Par ces sept bons est la gloire perie
De noz nuisans qui perdent la haultece
27 De hault honneur et de chevalerie,
Prince poissant, honnourez a leece
Les bons vaillans ou valeur n''est perie.
Car vous arez par eulx toute largece
3i De hault honneur et de chevalerie.
XXX
(Sur le combat des sept chevaliers français et des sept
chevaliers anglais.) \ig mai 1402.]
H
AULTKs dames, honnourez grandement
Et vous toutes damoiselles et femmes
XXIX. — If) /î Et Barbasan le vaillant combatable — 21 à ^3 B
Champaigne aussi, Archambault secourable | Le bon Clignet, qui
tout bien scct raJuire, ( Keralouys, qui, sans cesser, réduire —
29 B Tous b.
XXX. — 2 AVa V. d. et l. t.
T. I 1(1
mmvto^f - -^SS^^î^- ■ *^(^^
242 AUTRES BALADES
Les sept vaillans qui ont fait tellement
4 Qu'a tousjours mais sera nom de leurs armes.
Nez quant les corps seront dessoubz les lames,
Remaindra loz de leur fait en mémoire
En grant honneur au royaume de France;
Si qu'a tousjours, en mainte belle hystoire,
9 Sera retrait de leur haulte vaillance.
Et, comme on sieult faire ancienement
Aux bons vaillans chevalereux et fermes,
Couronnez lez de lorier liement,
I 3 Car c'est li drois de Vittoire et li termes.
Bien leur afïiert le lorier et les palmes
De tout honneur, en signe de Vittoire,
Quant ont occis et mené a oultrance
L'orgueil anglois, dont, com chose notoire,*
i8 Sera retrait de leur haulte vaillance.
Et tant s'i sont porté tuit vaillamment
Que Ten doit bien leurs noms mettre en beaulx termes,
Au bon seigneur du Chastel grandement
22 Lui afïiert loz, a Bataille non blasmes,
Bien fu aisié Barbasan en ses armes,
Champaigne aussi en doit avoir grant gloire
Et Archambault, Clignet de grant constance,
Keralouys, de ceulz, ce devons croire,
27 Sera retrait de leur haulte vaillance.
Princeces très haultes, aiez mémoire
Des bons vaillans qui, par longue souffrance,
Ont tant acquis qu'en maint lieux, chose est voire,
3 I Sera retrait de leur haulte vaillance.
XXX. - 5 B leurs c.
AUTRES BALADES 24$
XXXI
(Même sujet.)
BIEN viegnez bons, bien viegniez renommez,
Bien viegniez vous chevaliers de grant pris,
Bien viegniez preux et de chascun clamez
4 Vaillans et fors et aux armes apris;
Estre appeliez devez en tout pourpris
Chevalereux, tre's vertueux et fermes,
Durs a travail pour grans cops ramener,
Fors et eslus, et pour voz belles armes
9 On vous doit bien de lorier couronner.
Vous, bon seigneur du Chastel, qui amez
Estes de ceulz qui ont tout bien empris;
Vous, Bataille, vaillant et affermez ;
i3 Et Barbasan, en qui n'a nul mespris;
Champaigne, aussi de grant vaillance espris;
Et Archambault; Clignet aux belles armes;
Keralouys; vous tous sept, pour donner
Exemple aux bons et grant joye a voz dames,
18 On vous doit bien de lorier couronner.
Or avez vous noz nuisans diffamez,
Louez soit Dieux qui de si grans perilz
Vous a gittez, tant vous a enamez
22 Que vous avez dcscontiz, mors et pris
Les sept Anglois de grant orgueil surpris,
Dont loz avez et d'ommes et de femmes ;
Et puis que Dieux a joye retourner
XXXI. — 3 B p. digne d'estre c. — 4 ii et des a. a. —- 24 A^ D
D. a. 1.
2 44 AUTRES BALADES
Victorieux vous fait ou coips les âmes,
27 On vous doit bien de lorier couronner.
Jadis les bons on couronnoit de palmes
Et de lorier en signe de régner ;
En hault honneur et, pour suivre ces termes,
3i On vous doit bien de lorier couronner.
XXXII
QUANT je voy ces amoureux
Tant de si doulz semblans faire
L'un a l'autre, et savoureux
4 Et doulz regars entretraire.
Doulcement rire, et eulx traire
A part, et les tours qu'ilz font,
7 A pou que mon cuer ne font !
Car lors me souvient, pour eulx,
, De cil, dont ne puis retraire
Mon cuer qui est désireux
II Que ainsi le peusse attraire;
Mais le doulz et débonnaire
Est loings, dont en dueil parfont
14 A pou que mon cuer ne font !
Ainsi sera langoreux
Mon cuer en ce grief contraire,
Plein de pensers doloureux
18 Jusques par deçà repaire
Cil qu''amours me fait tant plaire;
Mais du mal qui me content
21 A pou que mon cuer ne font!
XXXII. - Maih'KC dans B
AUTRES BALADES 24b
Princes, je ne me puis taire.
Quant je voy gent paire a paire
Qui de joye se reffont,
25 A pou que mon cuer ne font!
XXXIII
(Au Sénéchal de Hainaut. 14.02.)
SENKSCHAL Vaillant et sage
De Hainault, plein de valeur,
Chevalier ou vacellage
4 Et prouece fait demour,
Finerez vous jamais jour
Par mainte terre lontaine
7 D'entreprendre armes et peine ?
Veult donc vo noble corage
Vo beau corps mettre a douiour
En péril de mort sauvage,
1 1 Pour tousdis porsuivre honnour ?
Est vo vueil que sanz séjour
Ainsi vo vie se peine
14 D'entreprendre armes et peine ?
Vous ne plaignez le domage
Dont il s''ensuivroit maint plour
Se Fortune et son oultrage
18 Vous jouoit de son faulx tour.
Dieux vous en gard, qui tousjour
XXXIII. -^ 19 B qui tout jour
246 AUTRES BALADES
A victoire vous amaine,
21 D'entreprendre armes et peine.
Mais je croy qu'en grant cremour
Mettez celle, qui s'amour
A du tout en vo demaine,
25 D'entreprendre armes et peine.
XXXIV
TRÈS belle, je n'ose dire
La doulour et la pointure
Dont Amours mon cuer martire
4 Pour vostre gente figure ;
Mais du grief mal que j'endure
Apercevoir
7 Vueillez le voir.
Car tant doubte Tescondire
Que la doulour que j'endure
Je n'ose dire n'escripre ;
II Mais, sanz en faire murmure,
De ma grief doulour obscure
Apercevoir
1 1 Vueillez le voir.
Et vous plaise estre le mire
De mon mal, car je vous jure
Que vostre, sans contredire,
i8 Suis et seray, c'est droiture,
Et se vous aim d'amour pure
XXXIII. — 22 ^1 M. croiez q.
XXXIV. — Cette ballade et toutes les suivantes manquent dans B
AUIRES BALADES 247
Apercevoir
21 Vueillez le voir.
Si ne soiez vers moy dure,
Ains de ma pesance sure
Apercevoir
23 Vueillez le voir.
XXXV
Ha! le plus doulz qui jamais soit formé!
Le plus plaisant qu'oncques nulle acointast !
Le plus parfait pour esire bon clamé !
4 Le mieulz amé qu'oncques mais femme amasi!
De mon vray cuer le savoreux repast!
Tout quanque j^aim, mon savoreux désir!
Mon seul amé, mon paradis en terre
Et de mes yeulz le très parfait plaisir!
9 Vostre doulceur me meine dure guerre.
Voslre doulceur voi rement entammé
A le mien cuer, qui jamais ne pensast
Estre en ce point, mais si l'a enflammé
i3. Ardent désir qu'en vie ne durast
Se doulz penser ne le reconfortast;
Mais souvenir vient avec lui gésir,
Lors en pensant vous embrace et vous serre,
Mais quant ne puis le doulz baisier saisir
18 Vostre doulceur me meine dure guerre.
Mon doulz ami de tout mon cuer amé,
Il n'est penser qui de mon cuer gitast
XXVIV. — 22 à 25 omis dans A-
248 AUTRES BALADES
Le doLilz regard que voz yeulz enfermé
22 Ont dedens lui; riens n'est qui Ten ostast,
Ne le parler et le gracieux tast
Des doulces mains qui, sanz lait desplaisir,
Vueillent partout encerchier et enquerre,
Mais quant ne puis de mes yeulz vous choisir
27 Vostre doulceur me meine dure guerre.
Très bel et bon, qui mon cuer vient saisir,
Ne m'oubliez, ce vous vueil je requerre;
Car, quant veoir ne vous puis a loisir,
3 r Vostre doulceur me meine dure "uerre.
XXXVI
{A la reine Isabelle de Bavièî'e.)
REDOUBTÉE, excellent, très sage et digne,
Noble, vaillant, de hault honneur porprise,
Renommée Royne très bénigne,
4 La souvraine des dames que l'en prise,
Je pri cil Dieu, qui sur tout a maistrise,
Qui a ce jour de l'an si bonne estraine
Il vous envoit qu'adès en vous esprise
8 Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.
Ma redoubtèe, ou tout le monde encline,
Pour ce que sçay que, comme bien aprise,
Livres amez, moy vostre serve indigne
I 2 Vous envoie cestui ou est comprise
Matière qu'ay en hauhe place prise;
En gré l'aiez, très noble et de sens pleine,
•X.XXVI. — 4 /l' souveraine — 9 A^ Ma très souvraine
AUTRES BALADES 24g
En qui tousjours, sanz ja estre desprise,
16 Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.
Et s'il vous plaist, très poissant, vraie et fine.
Que vostre grant liaultece un petit lise
En mon dittié, et vo sens détermine
20 De la cause qui est en termes mise.
Mieulx en vauldra en tout cas mon emprise.
Si en jugiez, princepce très hautaine,
A qui Dieux doint grâce qu'en toute guise
24 Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.
Haulte, poissant et pleine de franchise,
Très humblement a vo valeur certaine
Me recomand en qui trouvée et quise
28 Soit, sanz cesser, toute joye mondaine.
llONDEL
MON chier seigneur, soiez de ma partie
Assaille m'ont a grant guerre desclose
Lez aliez du Romans de la Rose
4 Pour ce qu'a eulx je ne suis convertie.
Bataille m'ont si cruelle bastie
Que bien cuident m'avoir ja presqu' enclose,
7 Mon chier seigneur, soiez de ma partie.
Poiir leur assaulz ne seray alcntie
De mon propos, mais c'est commune chose
Que l'en cuert sus a qui droit deffendre ose;
Mais se je suis de sens pou avertie,
12 Mon chier seigneur, soiez de ma partie.
XXXVl. — 23 A^ A q. d. D.
200 AUTRES BALADES
XXXVII
JADIS avoit en la cité d'Athènes
Fleur d'estude de clergie souvraine;
Mais, non obstant les sentences certaines
4 De leur grant sens, une erreur trop vilaine
Les decepvoit, car pluseurs divers dieux
Aouroient, dont aucuns pour leur rnieulx
Y preschierent qu'ilz dévoient savoir
Qu'il n'est qu'un Dieu, mais mal en prist a cieux ;
9 On est souvent batu pour dire voir.
Aristote le très sage, aux haultaines
Sciences prompt, d'ycelle cité, pleine
De tel erreur, fu fuitis; maintes peines
1 3 11 en souffri Socrates qui fontaine
De sens estoit ; fu chaciez de cil lieux
Pluseurs autres occis des envieulx
Pour vérité dire, et apercevoir
Peut bien chascun que partout soubz les cieulx
i8 On est souvent batu pour dire voir.
Se ainsi va des sentences mondaines;
Pour ce le di que pluseurs ont ataine
Sur moy, pour tant que paroles très vaines,
22 Deshonnestes et diflame incertaine,
Reprendre osay, en jeunes et en vieulx,
Et le Romant, plaisant aux curieux.
De la Rose, que l'en devroit ardoir !
Mais pour ce mot maint me sauldroit aux yeux
27 On est souvent batu pour dire voir.
XXXVII. — 8/1» que un — 17 A^ Ce puet c. — 19 A- Et a. —
22 A^ Deshonneur
AUTRES BALADES 2DI
Princes, certes, voir dire est anyeux
Aux mençongeurs qui veulent décevoir,
Pour ce au père voit on mentir le fieulx
3i On est souvent batu pour dire voir.
XXXVIII
(Sur la Cour du Duc Philippe de Bourgogne^ 140 3}
o
ENTiLLECE qui Ics valllaus cuers duii
De courtoisie fait sa messagiere
Qui ses rapors très gracieux conduit
Et toute gent reçoit a lie chiere;
5 Si voit on bien resplendir sa lumière
En une court de France solennée,
De prince hault tellement gouvernée
Que personne n'y a qui toute aduite
Ne soit d'honneur, dont, chose est certence,
10 Selon seigneur voit on maignée duite.
Le très hault duc fllz de roy, qui est vuit
De tout orgueil et qui sagece a chiere,
Philippe bon des Bourgoignons réduit
Et les Fiamens touz a soubz sa baniere,
1 5 En est le chief, en qui prudence entière
Maint, si quMl n'a o lui personne née,
Qui en touz cas ne soit si ordonnée
Qu'on peut dire de sa très plaisant suite,
Tant noblement est et bien dotirinée,
20 Selon seigneur voit on maignée duite.
XXXVII. - ?o ^1 metir
XXXVIII. — 3 A- sa bannière — 8 /l' t. duile — 0 A' de h.
252 AUTRES BALADES
Bel fait veoir celle court qui reluit
De nobles gens en fait et en manière
Si beaulz, si gens, si courtois, que déduit
Est du veoir. et sanz manière fiere,
25 Si gracieux que c'est joye plainiere;
Et aux armes nulz meilleurs de Tannée
On ne verra en champ ne a journée,
Mais, s'ilz sont bons et hardis et sanz fuitte,
C'est bien raison par coustume affermée
3o Selon seigneur voit on maignée duite.
Prince excellent, se bien moriginée
Est vostre court par noblece conduitte,
Le proverbe dit, c'est chose infourmée :
34 Selon seigneur voit on maignée duite.
XXXIX
FLEUR des meilleurs, haulte honnourée dame
De tout mon cuer très amée et chérie,
Bonne, saige, très parfaitte et sans blasme,
L Helas! vueillez que par vous soit garie
Ma dure paine,
Appercevoir vueillez que je me paine
De vous servir, ne je n'ay autre envie.
Car je vous ay retenue a ma vie.
Et de pieça me tient, car corps et ame,
Pensée, amour soubz vostre seigneurie
Très mon enffance y mis ne depuis ame
XXXVIII. - 27 A-^ n'en c.
AUTRES BALADES 2 53
12 Ne l'en osta, ne n'en sera garie,
Chose est certaine,
Ja ma douleur, fors par vous qui fontaine
Estes, dont puet ma joye estre assouvie,
i6 Car je vous ay retenue a ma vie.
Belle plaisant que mon cuer tant reclame,
Par vo pitié vous plaise que ravie
Soit l'ardure du désir qui m'enflame.
20 N'est ce pas droit que me soit remerie
L'amour certaine
Dont je vous aim, très doulce tresmontaine,
Puis que serés toujours de moy servie,
24 Car je vous ay retenue a ma vie.
Ma souveraine
Dame, amez moi, car je vous acertainc
De n'en partir ja se je ne dévie,
28 Car je vous ay retenue a ma vie.
XL
NE doublez point du contraire,
Car dit vous en ay le voir,
Belle, commant sans retraire
Vous aim et sans décevoir
Vueillez ley appercevoir,
Et m^amez, ostez marture,
Car, sans reconfort avoir.
Je mourray se m'estes dure.
Voz beaux yeux viennent attraire
XXXIX. — 14 A- Jainais nul joLir t'. — 18 A- q. laric
254 AUTRES BALADES
Sy mon cuer que desmouvoir
Ne l'en puis; d'autre part traire
12 Luy vient Amours qui ravoir
Le veult, et force et sçavoir
M'ostent, n'il n'y a mesure,
Dont par tel mal recepvoir
i6 Je mourray se m'estes dure.
SMl vous plaise vers moy traire
Pitié qui face esmouvoir
Vo cuer, par quoy vous puist plaire
20 M'amer, car si mon devoir
Feray, sans m'en desmouvoir
De vous servir, je vous jure,
Mais bien vous faiz assavoir :
24 Je mourray se m'estes dure.
Ma dame, corps, ame, avoir
Est tout vostre, ayez en cure;
Puis que ne Ten puis ravoir,
28 Je mourray se m'estes dure.
XLl
MERVEILLES cst et seroit fort a croire
Es estranges contrées qu'il peust estre,
Qu'en ce pays, qui de longue mémoire
Est renommé en honnour sur tout estre,
Que vérité, depuis le greigneur maistre
Jusqu'au petit, si a paine trouvée
Fust comme elle est, c'est bien chose senestre
Qu'en France soit si mençonge eslevée,
XL. — 22 A^ le V. j.
XLL — 6/1' Jusques au p.
AUTRES BALADES 25b
Mais de parler bel n'y voit on recroire
Les principaulx, et pour faire gens paistre
Grans promesses, dont l'atente n'est voire,
12 Ne leur coustent riens, mais qui s'en empestrc
Se puet de vent comme pluvier repaisire ;
Car long effait en yst, chose est prouvée,
Cest lait renom n'aquiert se noble en estre
i6 Qu'en France soit si mençonge eslevée.
Et quant a moy, pour ce que si nottoire
Mençonge voy, il n'est chose terrestre
Qu'on me die, quiconques la m'avoire,
20 Ne promesce jurée de main destre,
Que je croye se le voy ne voy n'estre;
Car pou y truys fors que fraude esprouvée,
Et c'est pitié, par le hault Dieu celestre,
24 Qu'en France soit si mençonge eslevée.
Ha! haulx. princes, pour Dieu ne vous adresce
Vice si lait, c'est chose reprouvée ;
Sy déboutés tout homme qui empêtre
48 Qu'en France soit si mençonge eslevée.
XLII
(Sur la Mort du Duc de Bourgogne. J [27 avril 1404.]
Plourez, Françoys, tout d'un commun vouloir,
Grans et petis, plourez ceste grant perle ;
XLI. — 14 A^ Par 1. e. ou y. — i5 A^ C. 1. r. qu'a sa n. —
10 A^ 1res fuit a c. d. — i(^ A^ Que on
2b6 AUTRES BALADES
Plourez, bon Roy, bien vous devez douloir,
Pleurer devez vostrc grevance apperte;
5 Plurez la niort de cil qui par desserte
Amer deviez et par droit de lignaige,
Vostre loyal noble oncle le très saige
Des Bourgongnons prince et duc excellent;
Car je vous dy, qu'en mainte granî besongne,
Encor dires trestuit a cuer dollent
1 1 Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.
Plourez, Berry, et plourez tuit sy hoir,
Car cause avez : mort la vous a ouverte;
Duc d'Orliens, moult vous en doit chaloir,
Car par son scens mainte faulte est couverte ;
16 Duc des Bretons, plourez, car je suys certe
Qu'affaire ares de luy en vo jeune aage;
Plourez, Flamens, son noble seignourage ;
Tout noble sanc, allez vous adoullant;
Plourez, ses gens, car joye vous eslongne,
Dont vous dires souvent en vous douUant
22 Affaire eussions du bon duc de Bourgongiie.
Plourez, Royne, et ayez le cuer noir
Pour cil par qui feustes au trosne offerte;
Plourez, dames, sans en Joye manoir;
France, plourez, d'un pillier es déserte,
27 Dont tu reçoys eschec a descouverte,
Car toy du mat quant mort par son oultrage
Tel chevalier t'a toulu, c'est dommaige;
Plourez, puepple commun, sans estre lent,
Car moult perdez et chascun le tesmoingnc,
Dont vous dire's souvent mate et relent :
33 « Affaire eussions du bon duc de Bourgongne. »
XLII — 24 A^ F. c. pour q. — 34 A^ p. pour b. t.
AUTRES BALADES 267
Princes royaulx, priez par bon tallent
Pour le bon duc; car, sans moult grant parlongne,
En voz conssaulx de duc ares tallent,
37 Affaire eussions du bon duc de Bourgongnc.
XLIII
DAMES d'onneur, gardez voz renommées,
Pour Dieu mercis eschevez le contraire
De bon renom, que ne soyés blasmées;
4 Ne vueillez point acointances attraire
Telles, qu'on puist recorder ne retraire
Par voz maintiens qu'ayez legiers les cuers,
Ne qu'en nul cas vous daignissiez meffaire,
8 Et ne croyez flajolz de decepveurs.
Car pou vous vault cuidier bien estre amées
D'ommes pluseurs, de recepvoir salaire
De mauvais loz, par parolles semées
12 En divers lieux, qu'il eust en vostre affaire
Legiereté; sy vous est neccessaire
D'avoir recort tondis des deshonneurs,
La ou cheoir on puet par foulour taire,
16 Et ne croyez flajolz de decepveurs.
Or soyés dont de parfait scens armées
Contre ceulx, qui tant taschent a soubztraire
L'onneur de vous, et de qui diffamées
20 Estes souvent sans cause, et pour vous plaire
Font le courtoys; et je ne m'en puis taire,
Car j'en congnois et sçay de telz vanteurs
Qui vous flattent; vueillez vous ent retraire,
XLIH.— 5 /l' que on —9 A^C. p. vauldroit c. — 18 ^' soultraire
T. 1 17
2 58 AUTRES BALADES
24. Et ne croyez flajolz de decepveurs.
Chieres dames, ne vous vueille desplaire,
Se je vous lo a garder des flateurs
Qui ne taschent qu'a voz honneurs deffaire,
28 Et ne croyez flajolz de decepveurs.
XLIV
Du mois de May je me tieng pour contente,
D'Amours aussi de qui me vient la joye,
Par ce que voy souvent com droite rente
4 Ung bel amy que j'ay qui me resjoye;
Ce tient mon cuer en leece ou que soye,
Car choisy Tay de tous biens pour ma part.
C'est mon plaisir, n'aultre ne me resjoye,
8 Ne mon penser nulle heure ne s'en part.
O quel solas et quel joyeuse attente
Ce m'est quant suis en lieu seulette et coye
Ou je Pattens, combien qu'a Teure sente
12 Moult grant frayeur de paour qu'on le voye!
Mais quant vers moy a achevé la voye
Lors de baisiers serrez donnons tel part
Que la doulceur oublier ne pourroye
16 Ne mon penser nulle heure ne s'en part.
Et se penser y ay, cuer et entente,
Merveilles n'est, c'est droiz qu'avoir lui doye,
Car le grant bien de lui m'i maine et tente
20 Et sa doulceur et ce que tout s'employe
A me servir, si sçay que s'amour moye
Est nuement n'ailleurs point n'en depar,t,
Pareillement il m'en est par tel voye
XLIV. — Omise dans A^ — 12 A'^ que on
AUTRES BALADES 269
24 Ne mon penser nulle heure ne s'en part.
Mon doulx ami, qui es comble et monjoye
De tout honneur et bonté, il m'est tart
Qu'entre mes bras briefment je te festoyé,
28 Ne mon penser nulle heure ne s'en part.
XLV
PAR ta valour et par ton maintien saige,
Par ta doulceur et tre's plaisant manière.
Et les grans biens et l'amoureux langaige
4 Qui en toy sont, tu as m'amour entière
En tout, en tout acquise en tel manière
Que sans cesser je ne pensse autre part.
Adès m'est vis que devant moy te voye,
Ne nulle heure le mien cuer ne s'en part.
9 Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.
Sy as tant fait que mon cuer, qui sauvaige
D'amours estoit, et qui ne faisoit chiere
D'amer jamais, ore est ou doulx servage
i3 Du dieu d'amours, si qu'estre ne puis iiere
N'a luy n'a toy, ains convient que plainiere-
Ment me soye donnée sans départ
A toy, amis, n'est rayson je doye
Desobe'ir au bien qu'il me départ.
18 Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.
Et puis qu'Amours, par son hault seigneurage,
Veult que tous deux soions soubz sa baniere,
Or lui faisons de très bon cuer hommage
22 Sans départir, amis, en tel manière
Que soies mien, et plus ne scray fiere
XLV. — Omise dans A^
200 AUTRES BALADES
A ton doulx vueil qui d'onneur ne se part.
Aimes moy bien, car tu as l'amour moye,
A toy me don, je te prens pour ma part.
27 Mon doulx amy, d'autre ne me vient Joye.
Fin cuer plaisant, or soions main et tart
Loyaulx amans, quant a moy je Tottroye,
Plaisant désir le me conseille a part.
3i Mon doulx amy, d^autre ne me vient joye.
XLVI
SE je puis estre certaine
De ce dont je suis en doubte,
C'est que je n'aye pas plaine-
4 Ment t'amour et que ja route
Soit ta foy; amis, escoute:
Saiches que, par saint Nycaise,
7 Je m'en mettre a mon aise.
Ta manière m'acertaine
Et monstre, se je voy goûte,
Que d^amours foibleste et vaine
1 1 Tu m'aimes, dont je suis toute
Esbahie; mais s'acoute:
S'ainsi est, ne t''en desplaise,
14 Je m'en mettre a mon aise.
Car tousjours vivroye en paine
D'ainsi m'estre a toy trestoute
Donnée, et qu'a mon demaine
18 Ne t' eusse aussi, si redoubte
XLV. — 16 A^ me e. — 18 Ai Ne te e.
AUTRES BALADES 261
Le fille ou je me boute,
Pour ce, tout soit ce a mesaise,
21 Je m'en mettre a mon aise.
J'ay )a plouré mainte goûte
Pour toy pluseurs jours de route;
Mais, se ton cuer ne m'apaise,
25 Je m'en mettre a mon aise.
XLVII
BELLE plaisant, sur toutes très amée,
De tout mon cuer ma souvraine maistresce,
Appercevez que, plus que chose née,
4 Vous aims et crains et vous sers en humblesce,
Et pour ce, oster le mal qui tant me blesce
Vous plaise tost et ouyr ma clamour,
7 Et me vueillez ottroyer vostre amour.
Et se par vous m'est tel joye donne'e
Vous me mettrés en la voye et adresce
D'estre vaillant, et bien guerredonnée
I I Sera toute ma paine et ma destresce,
Or le faittes, ma souvraine princesce,
Sy n'y mettez plus dongier ne demour,
14 Et me vueillez ottroyer vostre amour.
Mon fin cuer doulx, ma dame redoublée,
Retenez moy, car je vous fais promesce
Que vostre honneur sera par moy gardée
18 Entièrement, et tousjours sans paresce
Vous serviray com ma doulce déesse;
XLVI. 22 A' Car j'ay p.
XLVll. — 10 A^ guerdonnée
202 AUTRES BALADES
Sy me prenez a mercy, doulce flour,
21 Et me vueillez ottroyer vostre amour.
Plaisant trésor, faittes moy tel largesce
De voz doulx biens que ma douleur en cesse,
Secourez tost le mal ou je demour,
25 Et me vueillez ottroyer vostre amour.
XLVIII
AMOURS, Amours, tu scés plus d'une voye
D"attrapper gens a ta mussée trappe;
Et qui fouyr te cuide se forvoye,
4 Car il n'est riens que doulx regart n'atrappe :
C'est ton veneur, cuer n'est qui luy eschape.
Plaisant maintien, courtoysie et lengaige,
Sont tes lévriers, compaignie est la sente
Ou tu chaces plus souvent qu'en boscaige;
9 Je le sçay bien, il fault que je m'en sente.
Certes, tes tours mie n'appercevoye,
Ne comme tu scez soubz couverte chappe
Surprendre cuers; quant si bien me devoye
i3 De toy garder a mon dit; mais la aggrappe
Dont tu tires a toy si mon cuer happe
Que il convient que je te face hommaige.
Ou vueille ou non, et qu'a toy me consente;
Car ton pouoir seigneurist fol et saige:
i8 Je le sçay bien, il fault que je m'en sente.
J'apperçoy bien que je me dccevoye
De te cuidier fouyr, car sy m'entrappe
Doulx Souvenir que mucié ne savoye;
22 Et, quant je cuit ganchir, je me reffrappe
XLVIII. — Il A^ Ne comment
AUTRES BALADES 203
Dedens tes las, et Plaisance me frappe
De l'autre part; tu te tiens ou passage
Pour traire a moy ; Biauté y est présente.
Rendre me fault, ou soit scens ou foilage;
27 Je le sçay bien, il fault que je m'en sente.
Ha! dieux d'amours, puis qu'en ton doulx servage
Prendre me veulx, faiz que ne m'en repente,
Car eschapper ne puis ton seigneuraige;
3i Je le sçay bien, il fault que je m'en sente.
T'
XLIX
*R0P liardement et grant presumpcion
Aucuns instruit a oser diffamer
Les plus souvrains, faignant entencion
Juste et loyal, disant qu'on puet blasmer
5 Tout viccieux, maudire et non amer;
Mais l'inutille
Parolle qui puet mettre en une ville
Noise et contens, trayson et deffait,
Destruccion en contrée fertille ;
10 Je dis que c'est pechié a qui le fait.
Pour ceulx le di, qui, par destraccion,
Osent blasmer princes, pour enflamer
Puepple contre eulx par grief commossion,
Et les osent, ours, lyons, loups nommer,
i5 Et fiers tirans les fleurs qu'on sieult clamer
Lis très nobille.
XLVill. — 25 A^ De t. — 28 A^ p. qu'a t.
XLIX. — 4. A^ que on — A^ q. doit b. — 8 premier et manque
duits A^ — i) A^ Rcbcllion — 1 2 /l' Vont diffamant p.
264 AUTRES BALADES
Pilliers de foy, sousteneurs d'euvangille;
Pour les flatter ne le dis; mais deffait
Dont puet venir esclande a plus de mille ;
20 Je dis que c'est pechié a qui le fait.
Sy ne faites, bons François, mencion,
Que vous ayés tirans fiers plains d'amer;
Laissiez parlera autre nacion;
Car ne sçavés qu'est tirant, et semer
25 Souffrez a tort telz diz, ne mesamer
Voz souvrains qui le
SuefFrent de leur doulceur, c'est chose ville
De soustenir contre eulx si grant tort fait,
Et de ditter balades de tel stille,
3o Je dis que c'est pechié a qui le fait.
Princes poissans, criminelle ou civille
Vengeance pour telz diz eu voz cuers n'ait;
Car qui glai/e contre son puepple atille,
34 Je dis que c'est pechié a qui le fait.
GENTIL homme, qui veuli prouesce acquerre,
Escoute cy ; entens qu'il te fault faire:
Armes suivir t'estuet en mainte terre;
Estre loyal contre ton adversaire;
De bataille ne fouir, non sus traire;
Et doubler Dieu; parolle avoir tardive;
En fait d'assauit trouver voye soullive;
Ne soit ton cuer de lascheté repris;
Des tours d'armes duis dois estre et apris;
XLIX. — iS A^ m. mefFait — 26 A souverains
AUTRES BALADES 205
Amer ton prince ; et a ton chevetaine
Estre loyal; avoir ferme couraige;
Croire conseil; promesse avoir certaine;
i3 S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.
Te gouverner par grant avis en guerre;
A voyagier souvent te doit moult plaire;
Princes et cours estranges tu dois querre,
17 Tout enquérir leur estât et afîaii^;
Des bons parler et a toy les attraire;
Contre raison ta parolle n'estrive;
Ne mesdire de personne qui vive;
21 Porter honneur aux vaillans ou a pris;
Henter les bons; n'avoir povre en despris;
Pour acquérir honneur ne plaindre paine;
Trop convoitcux n'estre, mes du tien large;
Et ta parolle soit vraye et non vaine;
26 S^ainsi le faiz, tu seras preux et saige.
Sans bon conseil de faire armes requerre
Ne dois autruy, et s'il n'est neccessaire
Pour ton honneur, ta bouche et tes dens serre,
3o Qu'il n'en ysse chose qui face a taire;
L'autruy bienfait dois voulentiers retraire;
Taire le tien; ne t'entendre en oysive;
Estre attrempé; n'avoir teste hastive;
34 Fouyr tout vice et avoir en mespris;
Tost achever ce que tu as empris;
N'avoir orgueil ne parolle hautaine;
Ta contenance seurc et non sauvaige,
Par bel maintien en tous lieux tedemaine;
39 S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.
Prince gentil, ccsic vove est certaine
L. — 10 et manque dans A^ — 2b A^ pas est ajouté en interligne
après non
2 06 AUTRES BALADES
Pour acquérir de hault honneur la targe ;
Homme noble, suis la, je t'acertaine :
43 S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige.
Ll
TROP sont divers et merveilleux les tours
De l'inconstant, double et faulsse Fortune ;
Car ses maulx sont moult loncs,et ses biens cours;
4 Nous le voyons, et c'est chose commune,
Dont Je ne voy pourveance fors qu'une
Contre elle; c'est que l'omme soit si saige
QuUl n'ait des biens d'elle leece aucune,
8 Et ait ou mal fort et poissant couraige.
Veoir pouons que tout vient a rebours
Souvent aux bons par sa fellasse enfrune.
Et aux mauvais, sans desserte ou labours,
12 Rent bon guerdon, mais de deux voyes Tune :
Ou reconfort ou lenguir en rencune:
Prendre conseil convient si qu'homs se targe
De bon espoir, quoy qu'elle luy soit brune,
16 Et ait ou mal fort et poissant couraige.
Car puis que ses joyes ne font qu'un cours
Par le monde gênerai en commune
Que nous veons plus souvent en decours
20 Sus les greigneurs meismes que n'est la lune,
Homme ne doit les prisier une prune,
Mais, s'ilz viennent, pensser qu'en petit d'aage
Perdre on les puet, seurté n'y ait aucune,
24 Et ait ou mal fort et poissant couraige.
LI. — 3 -4. et se b. c. — 7 ^^ es b. — 10 A^ fallace — 14 A^ V.
c. si c. q. — i5 A^ que '.lie — 22 A^ pense
AUTRES BALADES 267.
Princes, soyés certains qu'oncques ne fu ne
Ja ne sera Fortune fors voulaige;
En soit chascun avisié et chascune,
Et ait ou mal fort et poissant couraige.
LU
QUI est celluy qui ne sent la pointure
Aucunement d^amours, qui point ne blesce,
Ou mois de May jolis, plain de verdure?
4 Sy ne croy pas, Prince de grant noblesce,
Hault et poissant, que vraye amour ne drece
Voz nobles faiz en toute bonne voye;
Et pour ce a vous ma balade s'adresce,
8 Ce jour de May gracieux plain de joye.
Car je vous voy plus qu'autre créature
Reampli de biens et haulte gentillesce;
Pour ce je tiens que vous en tout temps dure
12 Doulx souvenir, qui départir ne laisse
Loyal amour de vous, et que maislresce
Avez plaisant et belle, en qui s'employe
Vo noble cuer, qu'elle tient sans tristesce,
16 Ce jour de May gracieux plain de joye.
Si afïicrt bien que mettes temps et cure
D'amours servir, qui de sa grant richesce
Guerredonner vous puet de nourriture
20 Doulce, plaisant, et qui fait en prouesce
Les bons monter, et que vo cuer s'eslesse
En ce dûulx temps, qui aux amans envoyé
LU. — i5 ^1' que elle
268 AUTRES BALADES
Plaisant pensser et cuer tient en leesse
24 Ce jour de May gracieux plain de joye.
Prince amoureux, doulx, humain, sans hautece
De nul orgueil, par moy Amours vous proye
Que gay soyés pour vo doulce déesse,
28 Ce jour de May gracieux plain de joye.
LUI
JE ne croy pas que ma malle fortune
Puisse souffrir qu'aucun bien mesecuere;
Car de long temps, par rigle trop commune,
4 M'a couru sus, et quanque je labeure
N'est fors en vain ; car tout despiece en l'eure
La desloyal qui tout mal me pourchace;
7 Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.
N'il ne me vient a nulle heure pas une
Riens a droit point, pour chose que je queure,
La ou secours cuid trouver, mais nesune
1 1 Voye n'y a: il fault que je demeure
A tousjours mais ainsi, par quoy je pleure
Souvent, veant que, par diverse chace,
14 Quant bien me doit venir, meseur l'en chace.
Et puis qu'ainsi tel fortune respune
A tout boneur pour moy et tout deveure
Mes reconfors, avoir ne doy aucune
18 Espérance de jamais veoir Teure
D'avoir reppos du mal qui m'acuere;
Car je congnois qu'a tout quanque rechace,
21 Quant bien me doit venir, meseur Ten chace.
AUTRES BALADES
269
2D
Princes, ainsi a cuer plus noir que meure
Me fault lenguir; car tout vent me dechace ;
Est ce bien droit meschief qui me cuert seure,
Quant bien me doit venir, meseur l'en chace ?
ENCORE AULTRES BALADES
10
||?r^ON doulx amy du quel je tien
Le loyal cuer, et pour le tien
Le mien en eschange te donne.
Je te pry, ne te doubte en rien,
Car je te jur et promet bien
Que se ne truys aultre que bonne
Ta voulenté vers ma personne,
En ce qui peut honneur toucher,
Se ne passez de droit la bonne,
Je t'ameray et tiendray chier.
i5
Et s'il te plaist qu'en ce lien
Soit ton très doulx cuer et le mien,
Et que ton vueil au mien s'ordonne,
Si qu'en nostre fait n'ait que bien,
Saches de vray et le retien,
Les cinq ballades et les quatre rondeaux qui suivent ne se trou-
vent que dans le ms. Harley 4431 du Musée Britannique f-' 40 v à
53.
tSi\M'UL
ENCORE AULTRES BALADES
Sanz qu'aultre foiz plus t'en sermonne,
Que l'amour qui en moy s'entonne,
Dont ta doulceur me vient preschier,
Durera, puis que m'y adonne.
20 Je t'ameray et tendray chier.
Par si que toudiston maintien
Soit tel qu'' ainsi que je le tien,
Non obstant qu' acueil t'abandonne,
M'onneur garderas par moyen
35 De loyauté se tu es sien;
Tout le surplus je te pardonne,
Car, quoy que désir t'araisonne
Par force d'amour me touchier,
Mais que trop ne te desordonne,
3o Je t'ameray et tendray chier.
Pour ce, amis, gaignes la couronne
Sur tous amans, ne t'approchier
D'aultre vueil; sanz t'estre félonne
34 Je t'ameray et tendray chier.
II
TON alée me met en tel tristece,
Mon doulx ami, que ne puis avoir joye.
Dieux! joye helas! et dont vendroit l'adrece,
Dont tant fust pou, se je ne te veoye,
M'en peust venir? Il n'y a tour ne voye;
Car esleu t'ay pour ma part de tous biens,
Tu es le tout et non miepartie;
Pour ce, de toy, que j'aim sur toute riens,
I. — 16, 22 et 23 A^ que a — 28 ^1= te»t. Cor;-., me
ENCORE AULTRES BALADES 270
9 Certes trop m'est dure la départie.
La départie, lasse ! c'est destresse
Trop dure a cuer que grant amour mestroye!
Quant est de moy bien sçay que sanz leece
i3 Demoureray, et, quel part que je soye,
N'aray plaisir ne chose qui m'esjoye.
Or je ne sçay quelz maulz seront les tiens
Ne quieulx regraiz aras de ta partie,
Mais quant a moy pour engriger les miens
18 Certes trop m^est dure la départie.
Et non pour tant le mal que si me blesse
Sera plus court, s'il te plaist toutevoye
Que ton retour soit brief, mais c'est simplece
22 Du dire a moy, je croy, ne que je doye
Penser qu'a loy en soit au fort se voye
Sauf ton honneur y a ; tost t'en reviens,
Car te promet pour vray, sanz foy mentie,
Quoy qu'en faces, saches et le retiens,
27 Certes trop m'est dure la départie.
Amours me tient pour toy en tes lyens,
Mon doulx amy. ou soit sens ou sotie,
Que de tes yeulx et tes plaisans maintiens
3i Certes trop m'est dure la départie.
III
A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault,
Combien qu'assez seuffre de dueil et peine
Pour ton départ qui me conduit et meine
De joye en dueil. ce m'est douleuieux sault.
ir. — 23 A- que a
T 1 ,8
274 ENCORE AIJLTRES BALADES
Puis qu'il convient qu'ainsi soit, riens n'y vault
M'en doulourer, Dieu pry qu'il te ramaine,
7 A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault.
Mais je sçay bien qu'en aray dur assault
D'Amours qui trop a son vueil me demaine,
Et qu'assez plus d'une foiz la sepmaine
Je pleureray, je ne sçay s'il t'en chault,
12 A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault
H-
IV
ELAs! par temps seront passez six moys
Que je ne vy la riens que j'aime mieulx
Qui sur tous est bel et bon a mon choix,
Sage et courtois, mais loings est de mes yeulx
5 Dont me venoit
Joye et plaisir, c'est bien droit qu'il m'ennoit,
Car tout le bien qui est en souffisance
J'en avoie, ce puis je tesmoigner,
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
10 Et a si très doulce amour eslongner?
Car avec ce qu'a très bon le con^noiz,
Tant de plaisirs me faisoit en tous lieux
De son pouoir, que pas seule une foiz
Je n'y trouvay faulte, et, ce m'aist Dieux,
i5 Tant s'en penoit
Que d'aultre riens, croy, ne lui souvenoit.
Il me servoit tout a mon ordonnance,
De riens qu'il peust ne me faloit songner.
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
20 Et a si très doulce amour eslongner?
ENCORE AULTRES BALADES 275
Dont a bon droit se j'en ay ducil et poiz
Et se le lonc demour m'est ennuyeux,
Car seulement d'oyr sa doulce voix
Et me mirer en ses ris et gieux
25 Tant me donnoit
De leece, que mon cuer y prenoit
Déduit et paix, confort et soutenance,
Car le veoye mien sans espargner ;
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
3o Et a si très doulce amour eslongner?
Princes, Jugiez s\i tort la souvenance
D'un tel ami me fait en plours baigner,
Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
34 Et a si très doulce amour eslongner?
V
QUANT chacun s'en revient de Tost
Pour quoy demeures tu derrière?
Et si scez que m'amour entière
4 T'ay baillée en garde et depost.
Si deusses retourner plus tost,
A fin que faisiens bonne chiere,
7 Quant chacun s'en revient de Tost.
Puis qu' honneur point ne le te toit
Qui te puet tenir si arrière ?
Je m'en plaindray de la manière
Au dieu d'amours, c'est mon prevost,
12 Quant chacun s'en revient de l'ost.
IV. — 24 Sic dans /l', C'orr. et ses gieux
276 ENCORE AULTRËS BALADES
VI
Tu soies le très bien venu,
M'amour, or m'embrace et me baise
Et comment t'es tu maintenu
4 Puis ton départ? Sain et bien aise
As tu esté tousjours? Ça vien,
Coste moy, te sié et me conte
Comment t'a esté, mal ou bien,
8 Car de ce vueil savoir le compte,
— Ma dame, a qui je suis tenu
Plus que aultre, a nul n'en desplaise,
Saches que désir m'a tenu
12 Si court qu'onques n'oz tel mesaise,
Ne plaisir ne prenoie en rien
Loings de vous. Amours, qui cuers dompte.
Me disoit : « Loyauté me tien,
16 Car de ce vueil savoir le compte ».
— Dont m^as tu ton serment tenu,
Bon gré t'en sçay, par saint Nicaise ;
Et puis que sain es revenu
20 Joye arons assez ; or t'apaise
Et me dis se scez de combien
Le mal qu'en as eu a plus monte
Que cil qu' a souffert le cuer mien,
24 Car de ce vueil savoir le compte.
— Plus mal que vous, si com retien,
Ay eu, mais dites sanz mesconte
Quans baisiers en aray je bien ?
28 Car de ce vueil savoir le compte.
VI. — 23 A^ que a
ENCORE AULTRES BALADES 277
VII
QUI VOUS en a tant appris,
Noble duc des Bourbonnoiz,
Des gracieux esbanoiz
4 Qui sont en dicter compris?
S'a fait Amours qui empris
L'a, pour oster voz ennoiz ?
7 Qui vous en a tant appris?
Car si bien vous estes pris
A dicter, se m'y congnoiz,
Que je dy et recongnoiz
Que vous en portez le pris ;
12 Qui vous en a tant appris?
VIII
LE plus bel des fleurs de liz
Et cellui que mieulx on prise
A mon gré en toute guise
Est cil que sur tous j'esliz.
Car il est jeune et joliz,
Doulx, courtoiz, de haulte prise,
Le plus bel des fleurs de liz.
Et pour ce je m'embeliz
En s'amour, dont suis esprise;
Si ne doy estrc reprise
278 ENCORE AULTRES BALADES
Se ay choisy, pour tous deliz,
12 Le plus bel des fleurs de liz.
T'
IX
'ouT bon, tout bel, tout assouvi en grâce,
Lequel bon loz tesmoigne tout parfaiz.
Duc de Bourbon, Jeune, sage et qui passe,
Selon Tage, mains vaillans en tous fais,
5 Vous soiez le très bien venu
Du hault voyage, ou estes avenu
A ce a quoy désir d'onneur vous cbace.
La merci Dieu, si en doit souvenir
A tout homme qui vaillance pourchace.
10 De bien en mieulx vous puist il avenir!
Mais de voz fais louez en toute place
S^ilz sont vaillans et qu'en pouez vous mais ?
Ce fait Amours, de qui vient toute grâce,
Qui vous y duit et repaist de ses maits ;
i5 Pour ce ne pourries estre nu
Des bons désirs et faiz qu'ont maintenu
Ceulx qui suivent des très meilleurs la trace.
Qu'il prent et duit par plaisant souvenir;
De ce vous vient tout boneur a grant mace.
20 De bien en mieulx vous puist il avenir?
Dont ne croy pas que èelle qui enlace
Vo gentil cuer en s'amour, quant le faiz
Du hault labour, qui nul temps ne vous lasse,
Ot raconter, que se souffrist jamais
25 De vous amer, quoy que tenu
IX. — Entre le rondeau précédent et la ballade IX il y a dans,
le ms. Harley deux folios blancs qui portent les «"' 5/ et 52. —
16 A~ que o.
ENCORE AULTRES BALADES
279
3o
Vous soyez loings, maiz souvent et menu
D'or en avant verrez sa doulce face,
Pour au plaisir honorable avenir
Que dame peut donner sanz que mefface.
De bien en mieulx vous puist il avenir!
^4
Prince gentil, en qui bonté s'amasse,
En armes Dieux vous vueille maintenir
Aussi d''amours qui jamais ne defface.
De bien en mieulx vous puist il avenir !
COMPLAINTES AMOUREUSES
12
i6
JouLCE dame, vueillez oïr la plainte
M?^^ De ma clamour; car pensée destraintte
Par trop amer me muet a la complainte
De mon grief plour
Vous regehir, si ne croiez que faintte
Soit en nul cas; car friçon, dont j'ay mainte
Et maint grief dueil me rendent couleur tainte
Et en palour.
Chiere dame, dont me vient la dolour,
Par qui Amours trembler, en grant chalour,
Me fait souvent, dont j'ay vie et coulour
Par fois estaintte.
Mon piteux plaint ne tenez a folour.
Pour ce qu'en vous il a tant de valeur;
Car je sçay bien, du dire n'ay coulour,
Mais c'est contrainte.
Dame sanz per, et sanz vous décevoir
11 m'est besoins de vous faire assavoir
I. — 5 5 et ne c.
3 A^ ne teniez
282 COMPLAINTES AMOUREUSES
De mon tourment amoureux tout le voir:
20 Car amours fine
Sy m'y contraint pour faire mon devoir.
Hé! dame, en qui il a plus de savoir
Qu'il ne pourroit en autre dame avoir,
24 La droitte mine,
Ou tout bien croist, se comble et se termine.
Helas! le mal qui occist et affine
Mon dolent cuer et ma vie décline,
28 Apercevoir
Vueilliez un pou, ou dedens brief termine
M'estuet morir ; se par vous médecine
Je n'ay, par quoy mon malage deffine,
32 Je mourray voir.
Et mors fusse certes pieça de dueil;
Mais garison vo très doulz riant oeil,
Par leur plaisant et gracieux accueil
36 Si doulcement
Me promettent, quant, en plaisant recueil,
Leur amoureux et très doulz regart cueil,
Dont torner font souvent en aultre fueil
40 Mon marrement ;
De nulle part n'ay confort autrement.
Dame, or vueilliez, s'il vous plaist, liement
Et bouche et cuer accorder plainement
44 A leur doulz vueil,
Et se d'accort ils sont entièrement,
Vous m'arez mis et trait hors de tourment,
Et de vivre a tousjours joyeusement
48 Dessus le sueil.
Mais de mon mal je ne m'ose a nul plaindre;
Car mieulz morir je vouldroie ou estaindre
ï. — bo B et e.
COMPLAINTES AMOUREUSES 283
Que regehir, tant me sceust on contraindre,
52 La maladie
Que j'ay pour vous, ne comment j'aim sanz faindre,
Fors seulement a vous que je doy craindre,
Car mesdisans doy doubter et recraindre
56 Et leur boisdie;
Mais, fors a vous, n'avendra que le die;
Quant autrement sera, Dieu me maudie !
Mais, belle, a vous n'est droit que je desdie
6o Par moy retïraindre
Ce qu'Amours veult que souvent vous redie
Très humblement a chiere acouardie,
Pour moy garir du mal dont je mendie,
64 Viegne a vous plaindre.
Helas! ma très aourée déesse,
Et ma haulte souveraine princesse,
Ma seule amour, ma dame, ma leece,
68 Qui reclamer
Me fault souvent en ma poignant destrece.
Ne prenez pas garde a la grant haultece
De vous envers ma foible petitece,
72 _ Mais a Tamer
Que j'ay pour vous, qui me fait las clamer,
Et tant de plours et de larmes semer,
Et comment je vous vueil toudis amer
76 Comme maistrecc.
Servir, doubter, obeïr et fermer
En vostre amour, et toudis confermer
A vo bon vueil, sanz ja m'en deffermer,
80 Pour nulle asprece.
l. — b'i D cl c. — 53 B Car ui. je d. trop fort r. — 61 B que
vous die et r. — 62 B T. h. non pas a resto'jrdie — 63 £ P. m.
q, a chiere pou hardie — 64 B Vieng je — 07 iî Ma vraye a. — 71
A^ n'a ma très f. p. — 78 B et du tout c.
2^4 COMPLAINTES AMOUREUSES
Mais i'ay double qu'en vain tant me travail;
Car je sçay bien, dame, que trop pou vail
Pour si hault bien, et croy bien se g^y faii
84 Ce yert par despris,
Mais s'il vous plaist a daignier prendre en bail
Mon povre cuer que vous livre et vous bail,
Je sçay de vray que se je ne deffail
88 Ou mort ou pris,
Que je pourray par vous monter en pris,
En qui tous biens sont parfais et compris,
Et en qui puet a toute heure estre pris,
92 A droit détail,
Los et honneur; en quoy seray apris
Par vous, si bien que ne seray repris
D'avoir failli, se je puis, ne mespris,
96 Se si hault fail.
Ha! hay dolens! mais trop me desconforte
Espérance, qui en mon cuer est morte,
Soventes fois, dont trop grief doulour porte
100 Et trop. grant rage,
Quant je repense a la très haulte sorte
Dont vous estes, par quoy doubt que la porte
D'umble pitié pour mon bien sera torte
104 Chose et ombrage;
Mais Amours vient après qui m'assoage
Et me redit par si très doulz langage
Que jadis ot Pymalion de l'ymage
108 De pierre forte
Vray reconfort de Tamoureux malage,
Par lui servir de très loial corage,
Et vraye amour, ouquel très doulz servage
112 Tout bien enorte.
I. — 95 Omis dans A — qiBaX. honneur est p. — Cfb A^ A mon
pouoir n'en nulle fauhe pris — loi A Q_. je pense
COMPLAINTES AMOUREUSES 285
Helasl dame, puis que Pymalion,
Aussi Pirra et Deûcalion,
Ains que fondé fust le noble Ylion,
ii6 Amolierent
Pierres dures, n"ayez cuer de lyon
Et sanz pitié vers moy ; ains alion
Noz deux vrays cuers et ne les deslion
1 20 De leurs jointures
Jamais nul jour pour nulles aventures;
En loiaument amer soient noz cures,
Et noz amours savoureuses et pures
124 Apalion,
Si bien que les desloiales pointures
De mesdisans, et leurs fausses murmures,
Ne nous .soient ne nuisables ne sures,
I 28 Si nous celion.
Et vous vueille, ma dame, souvenir
Que de ce fait ainsi ne puist venir
Com retraire jVy et maintenir
I 32 Que il avint
D'un vray amant qu'Amours si voult tenir
En ses durs las et tant lui maintenir,
Que hors du sens lui convint devenir,
i36 Et a tant vint
A la parfin que morir lui convint
Par trop amer, mais pour riens qu'il avint
A sa dame nulle pitié n'en vint,
140 Ne retenir
Ne le daigna n'en vie soustenir,
Ainçois le voult la crueuse banir
D'environ soy pour lui du tout honnir,
144 Do'nt mort soustint.
I. — I 17 B neis c. de 1. — 126 A^ Des m.
2 86 COMPLAINTES AMOUREUSES
Mais le dolent amant très douloreux,
Citant sangloux et plains mausavoureux,
Quant vint a mort par piteux moz aireux,
148 D'entente pure
Moult supplia aux dieux a yeulz plureux,
Que de celle qui le tint langoureux,
Par qui moroit dolent maleiireux,
i52 De mort trop sure
Encor vengiez peusî estre de Tinjure
Qu'elle lui fait, et sentir tel pointure
Lui donnassent que fust com pierre dure,
i56 Mal doulcereux,
Son corps cruel toudis comme estature,
Dont les dames en vcelle aventure
Se mirassent, qui n'ont pitié ne cure
160 Des amoureux.
A donc fina le las a tel hachée ;
Mais n'ot en vain sa prière affichée;
Car bien ont puis les dieux sa mort vengée,
164 Et quant en terre ^
On le portoit, la félonne approchée
De la bière s'est, lors fut accrochée,
Car tel pitié s'est en son cuer fichée
168 Et si la serre,
Que, tout ainsi com fouldre chiet grant erre,
Celle enroidi et devint une pierre
De marbre blanc ; encor le puet on querre
172 La accrochée.
Ainsi les dieux qui aux amans fait guerre
Vengence en font; pour ce vous vueil requerre
Dame, pour Dieu, qu^en ce vostre cuer nVrie,
176 Dont mal en chée!
I. — ibj yl- ainsi (en interligne) c. e. — 166 B Lors s'est du
corps, adonc f. a. — i6j B fu en s. c — 169 A" a. que f.
COMPLAINTES AMOUREUSES 287
Ne me devez doncques bouter arrière
Combien qu'a moy si haulte honneur n'afficre,
Quant en penser n'ay en nulle manière
180 Chose villaine,
Ne ne croiez, dame, que vous requière
Ne que jamais en ma vie je quiere
Chose nulle dont vostre honneur acquière,
184 Soiez certaine,
Blasme en nul cas ne nulle riens mondaine
Ou vostre honneur ne soit entière et saine,
Ma doulce amour, ma dame souveraine,
188 Et la lumière
De mon salut qui me conduit et meine
A joyeux port, très noble iresmontaine,
Ne vueiliiez pas vers moy estre hautaine
192 N'a ma prière.
Et s'il vous plaist, très belle, a ottroier
Moy vostre amour, sanz la me desvoier
Et que j'aye si très noble loier
196 Par vous servir,
Je vous promet a du tout emploier
Et cueret corps, et moy tout avoier
A vous servir sanz jamais anoyer,
200 Pour desservir
Si hault honneur : je m'y vueil asservir,
Et loiaultè vous promettre et pleuvir;
Et quant ainsi m'y vueil du tout chevir,
204 M'en envoler
Honteux et maz par escondit ouïr
Ne me vueiliiez, pour ma vie ravir,
Et pour mes jours faire tost assovir,
208 N'en plours baignier.
I. — 178 A^ si h. amour — 181 A- Et ne — loi /j p. c. v. m. h.
— 193 a ejfacé dans A^ — yl^ ma t. b. o. — 194 A'^ A m. — kjo
^» A V amer — 2o3 A' B a. me v.
288 COMPLAINTES AMOUREUSES
Or y pensés, pour Dieu, très belle née,
Dame d'onnour en ce monde ordonnée,
Pour ma plaisant joyeuse destinée,
21 2 De qui je port
Emprainte ou cuer, toute heure de l'année,
La très plaisant face escripte et signée,
Et vo beauté parfaicte et affinée,
2i6 Et le doulz port
De vo gent corps, lequel est le droit port.
Ou joye maint et plein de doulz aport,
En qui je prens mon savoureux déport;
220 Et deffinée
Soit ma dolour du tout et tel raport
Vo très doulz oeil, a qui je me raport,
Me facent tost que tout mon mal enport
224 En brief journée.
Très doulce flour, de qui fault que j'atende
Le doulz vouloir, a vous me recommande
Très humblement et vo cuer pri qu'entende
228 M'umble requeste,
Et a garir mon mal amoureux tende
Humble pitié, qui envers moy s'estende,
Si que soûlas qu'ay tout perdu me rende
232 Et joye et feste.
Adonc sera souvie ma requeste.
Et m'esperance amoureuse et honneste.
Si pry a Dieu qu'a ce vous face preste,
2 36 Et vous deffende
De tout anuy, et vous doint sanz arreste
Tous voz désirs et longue vie preste
A vo beau corps, et puis a Tame apreste
240 Legiere amende,
ExPLiciT Complainte amoupeuse,
'. — 227 A- a vo c, - 2'ii A" Et q.
COMPLAINTES AMOUREUSES 2Sq
II 1
Ci commence une complainte amoureuse.
v
UEiLLEZ oyr en pitié ma complainte,
Belle plaisant pour qui j'ay douleur mainte
Et que j'aour plus que ne saint ne sainte,
4 Chose est certaine;
Et ne cuidez que ce soit chose fainte,
Très doulce flour dont je porte Temprainte
Dedens mon cuer pourtraicte,escripte et painte.
8 Car la grant peine
Du mal d'amours qui pour vous me demaine
Me grieve tant, de ce vous acertaine,
Que plus vivre ne puis jour ne sepmaine,
12 Dont par contrainte
Dire me fault a vous, ma souveraine,
Le très grant faiz dont ma pensée est plaine,
Bonne, belle, tout le vous dis je a peine
i6 Et en grant crainte.
Et se je crains, doulce dame, a le dire
Merveilles n'est, car qui vouldroiteslire
En tout le mond sans trouver a redire
20 Une parfaicte
Haulte dame pour estre d'un empire
Couronnée, si devroit il souffrir
De vous, souvraine, ou tout honneur se tire;
24 Maiz, très doulcette
Jouvencelle, que mon cuer tant regraitte,
I. Cette complainte ne- se trouve que dans le ms. Harley 443 1
du Musée Britannique, fol. 48'^
T. 1 u.
290 COMPLAINTES AMOUREUSES
S'amours contraint mon cuer qu'en vous se mette
Pour vous servir sanz que Ja s'en desmette,
28 N'en ayés yre,
Pour tant se ne vous vail, flour nouvelette,
Rose de may, belle, sade et simplette,
A qui serf suis, lige, obligié de debte
32 Ou je me mire.
Mais s'il avient que vo valeur s'orgueille
Contre mon bien, pour ce que pas pareille
N'estes a moy et que ne m'appareille
36 A vo haultece,
Je suis perdus se fierté vous conseille
Que m'occiez, dangier qui tousjours veille
Me courra sus, si seroit bien mervqille
40 Q.u'en tel asprece
Vesquisse, helas! ma dame et ma maistresse,
Mon seul désir, mon espoir, ma déesse ;
Pour Dieu mercy que ne muire a destresce,
44 Dame, ainçois vueille
Vostre doulceur tost me mettre en adresse
De reconfort quant voyez que ne cesse
De vous servir de fait et de promesse
48 Quoy que m'en deuille.
Hé ! très plaisant et amoureux viaire,
Doulx corselet, de beauté l'exemplaire,
Que vraye amour me fait amer et plaire
52 Sur toute chose,,
Le mal que j'ay je ne vous puis plus taire,
Car vo secours m'est si très neccessaire
Que, se ne l'ay, a la mort me fault traire,
56 Ne ne repose,
Si en ayez pitié, fresche com rose.
Voyez comment tout de plour je m'arrose,
Et toute foiz a peine dire Pose
COMPLAINTES AMOUREUSES 29 1
60 Ne vers VOUS traire,
Tant vous redoubt; pour ce ay tenue close
Ma pensée, mais or vous est desclose •,
Car grant amour m^a fait a la parclose
65 Le vous retraire.
Helas ! belle, trop seroie deceu
Se le maintien que j'ay en vous veû
Tant doulx, tant quoy, si humble et qui m'a meu
68 A vous amer,
Avoit en soy, sanz qu'il fust apperceu,
Fierté, dangier ; certes ne seroit deu
Que si très doulx ymage tust peu
72 De fiel amer,
Et m'est advis qu'on vous devroitblasmer
Se cruaulté qu^on doit tant diffamer
Estoit en vous qu'on doit doulce clamer,
76 Car a mon sceu
Nulle meilleur de vous n'oy renommer.
Ha! très plaisant, ou je me vueil fermer,
Vostre doulx cuer a moy amy clamer
80 Soit esmeii.
Et m'est advis, belle, se je pouoye
Vous demonstrer comment, ou que je soye,
Entièrement suis vostre et qu'il n'est joye
84 Qui d'aultre part
Me peust venir, certes je ne pourroye
Croire qu'en vous, doulce simpicte et quoye,
N'est tant de bien, et c'est la ou m'apoye
88 Et main et tart;
Et de pitié que vo très doulx regart,
Qui de mon cuer a nulle heure ne part
Ne dont n'ay bien fors quant je sent l'cspart
74 A- que on — 75 A' que on
292 COMPLAINTES AMOUREUSES
92 Par quelque voye,
Ne confortast le mal dont j'ay granc pari;
Mais je ne puis en secret n'en appart
Parler a vous, dont mon cueur de dueil part
96 Et en plours noyé.
Et doncques las ! dont vendroit reconfort
A mon las cuer qui meurt par amer fort,
Quant ne savez, m'amour, le desconfort
100 Ou pour vous suis
Ne comment vous aim de tout mon effort?
Si couvendra que je soie a dur port,
Se vraye amour a qui m'attens au fort
104 Tost n'euvre l'uys
D'umble pitié ou a secours je fuys ;
Si vous dye comment durer ne puis
Pour vostre amour ou tout je me suis duys,
108 Soit droit ou tort.
Par quoy voyez comment et jours et nuis
De tous solas et de joye suis vuys.
Se tel secours bien brief vers vous ne truys
I i 2 Vez mêla mort !
Car mesdisans tant fort redoubte et crain
Que je n'ose parler ne soir ne main
N'a nulle heure, dont je suis de dueil plain,
116 A vous, très belle,
Pour vostre honneur qui est entier et sain,
Ne ja pour moy, vo cuer en soit certain,
N'empirera, quel que soit mon reclain,
120 Ains m.ort cruele
Endureruy, pour Dieu, ma demoiselle,
Ne doubtez point que vous face querelle
Fors en honneur, Dieux tesmoing en appelle,
124 Mais je me plain
De ce qu'Amours si haukc jouvencelle
COMPLAINTES AMOUREUSES 2g^
M'a fait amer qu'ouyr n'en puis nouvelle,
Se par pitié ne me vient, pour ce a elle
(28 Seule m'en claim.
Mais puis qu'Amours a voulu consentir
Qu'en si hault lieu me meisse sanz mentir,
Je ne croi pas, quoy que soie martir,
i32 Qu'au lonc aler
Ne resveille Pitié qui départir
Face le mal dont suis au cuer partir.
Si me convient, quoy que j'aye a sentir,
t36 Tout mon parler,
Mes faiz, mes diz, sanz riens lui en celer,
A vraye amour adrecier, qui voler
En vo doulx cuer vueille et vous révéler
140 Comment ne tir
Fors a tout bien ; ainsi s'Amour mesler
S'en veult, plus n'ay besoing de m'adouler,
Or vueille tost vo doulx cuer appeler
144 Et convertir.
Si couvient dont qu'a Amours m'en attende,
Lui suppliant qu'a mon secours entende,
Et a Pitié qui sa doulce main tende
148 Pour redrecier
Mon povre cuer, car rien n'est qu'il attende
Fors que la mort qui son las corps estende
Dedens briefs jours; pour ce lui pry qu'il tende
I 52 A avancier
Ma garison,et se vueille adrecier
Par devers vous, ma dame,, et ne laissier
Vo cuer en paix jusqu'à ce qu'eslaissier,
126 A'^que o. — 1 32 A^ Que au — Les vers 14g et i5i se trouvent
répétés dans le manuscrit, avec cette variante pour le vers i5r
« Dedens briefs jours si luy pry qu'il attende » — i53 A- jusque a
294 COMPLAINTES AMOUREUSES
i56 Si que j^amende,
Vueille le mien et de joye laissier.
Humble pitié a ce vueille plaissier
Vo bon vouloir pour mon mal abaissier,
i6o Joye me rende.
Et entendis qu'Amours pour ma besongne
S^employera, belle, sanz faire alongne,
A celle fin qu'encor mieulx vous tesmongne
164 Que je dis voir,
Vueillez, m'amour, sans en avoir vergongne,
Me commander que pour vous m'embesongne
En quelque cas, ne point n'en ait ressongne
168 Vo bon vouloir,
Car je vous jur que se daignez avoir
t'iance en moy si que peusse savoir
Aucune riens qui vous pleust, tant valoir
172 Toute Eourgongne,
Se moye estoit, ne me pourroit d'avoir
Com se de vous peusse recevoir
Aucun command, car a aultre chaloir
176 Mon cuer ne songne.
Plus ne vous sçay que dire, belle née:
Tout vostre suis, non pas pour une année
Tant seulement, mais tant que soit finée
180 Ma vie lasse.
Si vous plaise que paix me soit donnée
De la guerre d'amours qu'ont ordenée
Voz très doulx yeulx et beauté affinée.
184 Dieu par sa grâce
Vous doint joye et tout bien, et a moy face
Tant de bonté que puisse en quelque place
Faire chose dont je soye a vo grâce.
182 A~ que ont
COMPLAINTES AMOUREUSES
295
192
Tel destinée
A vous et moy doint, qu'Amours, qui enlace
Maint gentilz cuers, les nostres deux si lasse
Que jamais jour ne vous en voye lasse
Ne hors menée.
EXPLICIT COMPLAINTE.
NOTES
CENT BALLADES (p. i à loo.)
Nous avons déjà dit qui^ ce recueil avait été publié par M. Gui-
chard dans le Journal des Savants de Normandie (1^44, p. Syi.)
Quelques-unes de ces mêmes ballades se trouvent également re-
produites dans divers ouvrages que nous devons indiquer ici.
I
Christine consent à la prière de quelques amis à composer <3h-
cuns beaul:{ di^. Cette ballade a été publiée par M"^ de Kéralio
mais d'une façon fort incorrecte (Co//ec//oiî ii(?5 meilleurs ouvrages
composés par des dames, Paris, 17H7, in-S», III, p. 52.)
III
L'auteur s'est évidemment inspiré des Epitres XVIII et XIX des
Héroïdes d'Ovide. Ce poète lui était d'ailleurs très familier, comme
nous aurons souvent l'occasion de le constater.
V à XX
Ces ballades sont consacrées à la douleur de la veuve et à l'in-
constance de la Fortune. La XII" a été publiée par M. Poujoulat
{Collection des Mémoires relatifs à r Histoire de France, I, p. 584)
et par M"c de Kéralio (Op. cit., III, p. 53) et la XIX<: par la même
(III, p. 54).
XXI
Publiée par M. Paulin Paris {Manuscrits français, V, p. 132).
2g8 NOTES
XXIII et XXVI
Données par M"« de Kéralio (Op. cit.,Ul, p. 55 et 56).
XXXI
Publiée par M"e de Kéralio fOp. cit., III, p. b-j) et par M. Paulin
Paris (Op. cit., "V, p. i52).
XXXIV
Jolie pièce sur le mois de mai (publiée par M'i* de Kéralio.
Op. cit., III, p. 58), sujet fort goûté de l'époque et qui a inspiré à
Christine plusieurs ballades dans lesquelles elle trace, d'après la
même facture, des sentiments divers.
XLII
L'idée exprimée dans le premier couplet de cette pièce est prise
des Métamorphoses d'Ovide (Livre XI, XVIII, Céyx et Alcyone).
LU
Pièce également inspirée d'Ovide.
LIV
Préceptes adressés aux jeunes gens qui désirent remplir les qua-
lités requises des honnêtes poursuivants d'amour. Les comparer
aux commandements de la chevalerie donnés plus loin dans la
ballade LXIV.
LVII
Quel est ce personnage dont Christine trace avec esprit le por-
trait ironique? Quel est ce chevalier qui se piquait d'aimer les let-
tres et auquel on reprochait sa médisance et son peu d'ardeur au
métier des armes?
M. Paulin Paris, qui a publié cette ballade (Manuscrits françois,
V, p. i55) s'est demandé si elle ne visait pas Guillaume de Ma-
chaut. L'hypothèse ne nous paraît pas admissible, ce poète n'ayant
pu être le contemporain de Christine, puisque l'époque de sa mort,
bien que n'étant pas déterminée d'une façon certaine, ne peut ce-
pendant être reculée au-delà de i38o et que notre ballade n'a cer-
tainement pas été composée avant i3y4.
NOTES 299
LXI
lo et Jupiter (Métamorphoses d'Ovide, ï, VIII).
LXIV
Cf. avec une autre pièce de Christine sur le même sujet, Autres
Balades, N" L, p. 264.
LXXVIII
Publiée par M. Paulin Paris {Op. cit., V, p. i55).
XC
Adonis (Métamorphoses d'Ovide, X, VIII).
XCII
Eloge d'un chevalier que Christine compare aux neuf héros qui
ont été choisis dès les premières années du xiv« siècle comme les
types de la vaillance et ont donné lieu à la légende des neuf preux
(Voy. Bulletin de la Société des Anciens Textes, i883, pp. 45-54).
XCIII
Au vers 10 de cette pièce il a été imprimé par erreur Ottonien
pour Otlovien, c'est-à-dire Octavien, premier nom de l'empereur
Auguste.
XCIV
Le refrain de cette ballade est un des proverbes les plus répan-
dus de l'époque (voy. des exemples analogues dans Leroux de Lincy,
Livre des Proverbes, 1, p. 240).
XCV
Elle a été publiée par M. Leroux de Lincy (Chants hist. Paris,
1841, I, p. 276 à 278).
Cette pièce qui exprime si bien toute la part que Christine pre-
nait à la douleur publique, a du être composée au commencement
de l'année 1394 quelque temps après ce funeste diveriissement de
cour connu dans l'histoire sous le nom de « ballet des Ardenls » et
qui frappa si vivement l'imagination du roi.
300 NOTES
XCVII
Christine s'élève encore une fois contre la fragilité des dons de
la Fortune et invoque à l'appui l'autorité de Boëce qui a consacré
au triomphe de cette thèse générale les deux premiers livres de
son u de Consoiatione philosophica ». Elle oppose avec raison aux
biens de la Fortune ceux qui sont le partage de la Nature et met
en avant l'opinion d'Aristoie qui fait de la mémoire l'une des plus
précieuses qualités. Le grand philosophe dit en effet au début de
sa Métaphysique :
« Le genre humain a pour se conduire l'Art et le Raisonnement.
« C'est de la mémoire que pour les hommes provient Texpérience.
« En effet, plusieurs souvenirs d'une même chose constituent une
« expérience. Or, l'expérience ressemble presque, en apparence, à
« la, science et à l'art. C'est par l'expérience que la science et l'art
« font leurs progrès chez les hommes ».
XCVIII
Pièce entièrement philosophique et à la louange de la Science
qui est la source de tous les biens et de toutes les richesses; le
début de la ballade est emprunté à Aristote qui a formulé en tête
de sa Métaphysique la même pensée : « Tous les hommes ont
naturellement le désir de savoir ». Ce début a d'ailleurs été repro-
duit dans un grand nombre de compositions du moyen âge; Dante,
l'a employé dans le Convivio, Richart de Fournivai dans son Bes-
tiaire ou Arrière Ban, etc. (Voy. Bulletin de la Société des An-
ciens Textes, 1879, p. 84).
Publiée par MUe de Kéraiio (Op. cil , III, p. 59) et par M. Paulin
Paris (Op. cit., V, p. 149).
VIRELAIS (p. loi à n8.).
IV
Cf. Cent Ballades, VU, X et XII.
X
Public par M. Paulin Paris {Op. cit., V, p. i56).
NOTES 3oj
XII et XVI
Dans ces deux virelais Christine s'élève avec une grande fran-
chise contre les défauts et les vices de son siècle; elle ne craint
pas de s'adresser au plus nobles, aux plus puissants et ses réticen-
ces sont presque des désignations :
.. et se l'en me demande
Quelz gens ce sont, vérité dire n'ose
Four leur grandeur, mais Dieux scet toute chose.
BALLADES D'ÉTRANGES FAÇONS (p. 119 à 124).
Ballade rétrograde.
Publiée incomplètement et fort incorrectement par M'ie de Kéra-
lio (Op. cit., III, p. 60), cette ballade consiste simplement dans un
assemblage de mots qui permet de prendre chaque vers par la fin
et de recomposer ainsi, sans en altérer le sens, une pièce égale-
ment rimée.
Ballade à rimes reprises.
La rime de chaque vers sert de premier mot au vers suivant.
Ballade à réponses.
C'est un dialogue amoureux, chaque vers renferme une interro-
gation ou une exclamation suivie d'une réponse.
Ballade à vers à réponses.
Pièce également composée sous forme de dialogue, mais différent
de la précédente en ce sens que les interrogations et les réponses
alternent d'un vers à l'autre; c'est une adresse à l'Amour qui s'ef-
force de répondre aux reproches qu'on lui oppose et engage à la
persévérance la personne qui l'implore. Christine a trouvé la situa-
tion de ce morceau dans son « DU de la Pasioure » où elle le re-
produit intégralement.
LAIS (p. 125 à 145).
Le premier lai, indiqué dans la rubrique comme composé de i65
vers léonins, contient cependant un nombre plus considérable de
3o2 NOTES
rimes léonines. La composition des deux lais de Christine ne
nous paraît pas d'ailleurs avoir été établie sur un plan bien
déterminé, c'est plutôt un recueil de rimes qu'une œuvre d'en-
semble; ajoutons qu'en tout cas l'œuvre ne serait encore qu'é-
bauchée, car, ainsi que l'on pourra le remarquer, la concordance
entre les paragraphes d'un même couplet n'est pas toujours par-
faite et les textes donnés par les différents mss. ne nous ont pas
permis de la rétablir partout.
ROiNDEAUX (p. 147 à i85).
Pour le rondeau 1 Cf. Cent Ballades, XIV, v. i5.
Les rondeaux III, XXII, XXIII, XXXIIF, ont été donnés par M!i<î de
Kéralio {Op. cit., JII, pp. 63 et 64).
Le rondeau LVI par M. Paulin Paris (Op. cit., V, p. 161).
JEUX A VENDRE (p. 187 à 2o5).
Les jeux i et 70 ont été publiés par M. Paulin Paris (Op. cit., V,
p. 162).
Les jeux 10, 12, 18, 21, 23, 26, 35, 37, 42, 5o et 61, par M'ic de
Kéralio (Ojp. cit., III, pp. 66 à 68.)
AUTRES BALLADES (p. 207 à 269).
Cf. Cent Ballades, XCWl.
II et III
Ces deux pièces sont consacrées à l'éloge de Charles d'Albret
que Christine fait descendre du fabuleux Brutus, qui, suivant la
légende, avait donné son nom à la Grande-Bretagne. On sait que
Charles d'Albret était fils de Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, et de
Marguerite de Bourbon, sœur de Jeanne de Bourbon, femme de
Charles V. 11 fut nommé connétable de France en 1402, servit en
Guyenne contre les Anglais (1405-1406), embrassa le parti des
Armagnacs, fut destitué (1411) et rétabli dans sa charge en 1413.
NOTES 3o3
Il mourut à la bataille d'Azincourt où il commandait l'avant-garde
le 25 octobre I4i5. Ce prince aurait recueilli en héritage toutes
les qualités de son ancêtre Brutus et paraîtrait aux yeux de Chris-
tine le modèle du chevalier le plus accompli (Voy. encore la bal-
lade XVI}, elle exalte surtout son courage à soutenir la réputation
des dames et fait allusion (Dont vous porte^ la dame en verde
large) à une célèbre association dont il était l'un des plus fervents
compagnons, l'ordre de chevalerie appelé VEscu vert a la dame
blanche et institué par le maréchal de Boucicaut à son retour
d'Orient le ii avril (jour de Pâques fleuries) i3gg. Les treize
chevaliers de cet ordre avaient juré de défendre l'honneur des dames
envers et contre tous et devaient porter « chascun d'eulx liée au-
tour du bras une targe d'or esmaillée de verd, a tout une dame
blanche dedans » (Voy. les statuts de cette association dans le
Livre des faicts du Mareschal de Boucicaut , r°partie,chap. XXXIX).
Ainsi que nous l'avons exposé dans la préface de ce volume la dé-
fense de l'honneur des femmes était un des thèmes favoris de
Christine de Pisan, on y peut rattacher également la composition
des ballades IV et XII qui suivent.
VI
Les veuves sont abandonnés de tout le monde, Christine fait ici
allusion aux démêlés qu'elle eut à subir avec des débiteurs de mau-
vaise foi, circonstances dans lesquelles elle regrette amèrement de
n'avoir trouvé aucun soutien, aucun bon conseil.
XI
Eloge d'une princesse, probablement ia reine Isabelle de Bavière
que Christine nomme généralement s ma redoubtée dame » (voy.
plus loin Ballade XVUl).
XII
Cette pièce a été composée en l'honneur des chevaliers qui défen-
dent ia réputation des dames. Les personnages que cite Ciiristine
faisaient partie de la célèbre association V Escu vert a la dame
blanche dont nous avons parlé plus haut.
Jean de Torsay, seigneur de Lezay, de la Mothe Sainte Heraye et
de la Roche Ruffin, chevalier, maître des Arbalestriers de France,
chambellan du roi et du duc de Berry, sénéchal de Poitou, servit
en Guyenne avec le connétable d'Albret, vint à Paris en i4o5 avec
cent hommes d'armes sous les ordres du duc de Berry, fut nommé
maître des Arbalestriers de France le 8 janvier 141 5. Destitué par
304 NOTES
la faction de Bourgogne en 1418, il s'attacha à la personne du
Dauphin, devint capitaine de Saint-Maixent en 1423 et mourut peu
après 142B. Il avait épousé Marie d'Argenton, veuve de Bertrand
de Caselers et fille unique de Jean d'Argenton, seigneur d'Hériçon
et de GascognoUes. (P, Anselme, VIII, p 69).
François d'Aubiscourt, chevalier, seigneur de Ville-Oiseau, était
chambellan du duc de Bourbon. Il épousa le 27 avril 140/, Jeanne
Flotte, fille d'Antoine Flotte, chevalier, seigneur de Revel, de Mon-
tcresson, etc. (P. Anselme, VI, p. 277). Il était le fils du brave
chevalier, messire Eustache d'Aubiscourt, souvent cité dans Frois-
sart et dont les amours furent célèbres (Kervyn de Leitenhove,
Étude sur Froissart, 11, p. 32).
Bernard de Castelbajac, fils de Arnaud-Raymond de Castelbajac
et de Jeanne de Barbasan, chevalier, seigneur de Castelbajac, etc..
sénéchal de Bigorre, fut institué héritier de son oncle maternel,
Arnaud-Guilhem de Barbasan, par testament du 10 août 1410. Il
était encore en 142C sénéchal de Bigorre. (La Chenaye-Desbois et
Badier, IV, p. 770).
XIII
Sur un cas d'amour. La même espèce est posée dans le Dit
des Trois Jugements et forme le premier des trois cas d'amour
soumis à l'appréciation du sénéchal de Hainaut.
XIV
Invocation à Pallas. Christine traduit ici la même pensée qui lui
avait déjà inspiré la ballade VII.
XVII
Cette ballade a été composée contre les hommes insidieux et
menteurs. L'auteur fait dès les premiers vers allusion à l'aventure
d'Ulysse chez Circé. C'est encore une flétrissure des défauts et des
vices du siècle dont on trouve si souvent le modèle dans les poé-
sies d'EuGtache Deschamps. (Voy. aussi plus loin la ballade XLl).
XVllI, XIXet XX
Ces ballades ont été adressées comme présents et souhaits de
nouvelle année. Les envois de compliments et de vœux se faisaient
toujours le i" janvier. Nous en trouvons la preuve dans les inven-
taires de la librairie du duc de Berry où nous voyons Christine de
NOTES 3o5
Pisan elle-même offrir certains de ses ouvrages en étrennes, le
ler janvier.
La première de ces ballades est envoye'e a la reine Isabelle de Ba-
vière, la seconde à Louis de France, duc d'Orléans ; quant à la
troisième elle a été composée à l'intention de Marie deBerry, fille
du duc Jean de Berry, l'un des plus puissants protecteurs de Chris-
tine. On sait que cette princesse avait épousé en 1400 Jean !«'' duc
de Bourbon auquel elle apporta en dot le duché d'Auvergne et le
comté de Monlpensier.
XXI
Christine offre en étrennes à Charles d'Albret une transcription
de son poème du Débat de deux Amans. Cet exemplaire même
doit être le ms. 1 1034 '^^ '^ Bibliothèque royale de Bruxelles en tête
duquel se trouve placée la présente ballade.
XXII
M. Paulin Paris en a donné le texte dans ses Manuscrits français,
V, p. i56.
Christine place son fils aîné sous la protection du duc d'Orléans.
Cette ballade nous apprend aussi que le comte de Salisbury avait
emmené à la cour d'Angleterre le fils de Christine. Bien que Ri-
chard II eût été détrôné (septembre iScjcj) et le comte de Salisbury
décapité, Henri de Hercford, duc de Lancastre, usurpateur de la
couronne, avait retenu auprès de lui l'enfant de la célèbre femme;
mais la mère réclama bientôt son fils, qui dut revenir en France,
après une absence de 3 ans, en 1400 ou 1401.
XXVI
Cette ballade sur les douceurs du mariage a été publiée par M. R.
Thomassy, Essai sur les Ecrits politiques de Christine de Pisan,
p. 107.
XXVIII cf. XXV
XXIX, XXX et XXXI
Sur le combat de sept chevaliers fiançais contre sept chevaliers
anglais. (Voy. dans Jean Juvenal des Ursins le récit de cet engage-
ment qui eut lieu à Montendre près de Bordeaux le ig mai 1402.
Ces trois ballades ont été publiées par M. Leroux de Lincy dans la
Bibl. de l'École des Chartes, l, p. 37g et suiv., et la troisième seu-
T. I 20
s^
3o6 NOTES
lement dans son Recueil de chants historiques, I, p. 280; la
XXXe a été en outre donnée par M'ie de Kéralio, III, p. 61.)
La première ballade a été composée en l'honneur du duc d'Or-
léans qui avait présidé lui-même aux préparatifs de la victoire
remportée par les sept chevaliers de sa maison, la seconde est à la
louange des chevaliers et la troisième s'adresse aux dames qui ont
été l'objet du combat.
Voici les noms des champions français que Christine de Pisan
glorifie dans ces ballades :
lo Arnauld Guillem de Barbazan, gouverneur de Champagne, de
Brie et de Laonnais, prit une part active et glorieuse aux guerres
du xve siècle, Charles VII en fit son premier chambellan ; il était
le chef des chevaliers français dans le combat dont il est ici ques-
tion. Il défendit toujours la cause royale et on l'avait surnommé le
« chevalier sans reproche ». Il fut tué à la bataille de Buignéville
près de Nancy le 2 juillet 143 i. (Paulin Paris, Manuscrits français ,
II, p. i37).
20 Guillaume du Chastel, chambellan de Charles VI et du duc
d'Orléans, se distingua dans plusieurs expéditions heureuses con-
tre Jersey, Guernesey et Plymouth, mais fut vaincu et blessé à
mort dans une attaque contre Darmouth (1404).
30 Guillaume Bataille, chevalier, sénéchal du comté d'Angoulême
et chambellan du duc d'Orléans. Vivait encore en 1410. (Bibl.
Nat. Pièces orig., 212).
40 Guillaume de la Champagne, chevalier, seigneur d'Apilly,
chambellan du duc d'Orléans, puis de Charles VI; il faisait pres-
que toujours partie de la suite du duc d'Orléans et accompagna ce
prince dans le voyage qu'il fit en 1403 « es parties de Lombardie
et d'Ytale »; nommé capitaine de la ville et chastel d'Avranche le
26 août 1404. (Bibl. Nat. Pièces orig., 662).
50 Archambault de Villars, écuyer, maître d'hôtel du duc d'Or-
léans (1402-1409), capitaine de Pontorson, envoyé en Allemagne
le 28 juillet 1406 par le duc d'Orléans « pour aucunes besoignes
qui grandement nous touchent », capitaine de Blois en 1408 et
1414. (Bibl. Nat. Pièces orig., 3oo2).
6° Pierre deBrebant, dit Clignei, seigneur de Landreville, lieute-
rrant général en Champagne, chambellan du roi, nommé amiral
de France en 1403, mort vers 1430.
70 Ivon de Karouis, chevalier breton.
Les sept chevaliers anglais étaient, le seigneur de Scales. Aymont
Cloiet, Jean Fleury, Thomas Trayes, Robert de Scales, Jean Héron
et Richard Witevaie. (Leroux de Lincy. Recueil de chants histor.,
I, p. 280).
NOTES 3 07
XXXIII
Cette ballade est adressée à Jean de Werchin, sénéchal de
Hainaut, dont nous retrouverons le nom sons la plume de
Christine qui le choisit souvent comme arbitre de questions
controversées et fort délicates. (Voy. surtout le Dit des Trois
Jugements); c'était d'ailleurs l'un des chevaliers les plus renom-
més et les plus entreprenants de son époque. La présente pièce
fait l'éloge de son courage indomptable qui l'entraînait sans cesse
à courir de nouveaux dangers, elle se rapporte sans doute au célè-
bre cartel du mois de juin 1402 par lequel le sénéchal de Hainaut
s'engageait à se trouver à Coucy au mois d'août suivant et à atten-
dre devant le château quiconque voudrait mesurer ses armes avec
lui. (Voy. Monstrelet, I, chap. VIll).
XXXIV
Publiée par M"e de Kéralio (Op. cit., III, p. 62).
XXXV
Reproduite dans le Dit de la Pastoure.
XXXVI
Christine fait hommage à la reine Isabelle de Bavière de l'une
de ses œuvres, peut-être le Débat de deux Amans.
XXXVII
Cette ballade, ainsi que le rondeau qui la précède (publié par
Thomassy, Op. cit., p. 108), se rattache a la polémique de Christine
contre le Roman de la Rose.
XLII
Cette ballade a élé publiée par M. Thomassy lOp. cit., p. i'i\)
et par M. Leroux de Lincy dans son Recueil de chants historiques,
I, p. 289 à 292.
Le duc de Bourgogne, dont Christine pleure la mort, est Phi-
lippe le Hardi, quatrième fils de Jean, roi de France, et de Bonne de
Luxembourg, né le 1 5 janvier 1342, marié à Marguerite, fille uni-
que et héritière de Louis de Maie, comte de Flandre. Il mourut le
27 avril 1404 au château de Hall en Hainaut; grand admirateur de
Christine de Pisan, il fut l'un de ses plus généreux prolecteurs.
Celle-ci d'ailleurs ne tarissait pas en éloges sur sa personne et
3o8 NOTES
sur sa cour (voy. la ballade XXXVIII). Pour répondre à son
désir elle avait commencé à écrire en cette même année 1404 le
Livre des fais et bonnes mœurs du Roy Charles le Sage, et c'est
avec un désespoir presque prophétique que se traduit dans la pré-
sente ballade l'expression de sa vive douleur, à laquelle elle associe
celle du roi, de la reine, du duc de Berry, de Louis d'Orléans, du
jeune duc de Bretagne (Jean VI) désormais privé des sages conseils
et de la puissante sollicitude de son tuteur.
XLIX
Pièce composée à l'occasion de ballades sanglantes contre les
princes, dont Christine redoutait les mauvais effets sur le peuple.
L
Cf. Cent Ballades, LXIV.
ENCORE AUTRES BALLADES (p. 271 à 279).
IX
Cette ballade et les deux rondeaux (VII et VIK), qui la précèdent,
concernent le duc Jean I" de Bourbon, né en mars i382 et qui
succéda en 1410 à son père Louis II. Il avait épousé, en 1400, Ma-
rie de Berry qui lui apporta en dot le duché d'Auvergne et le comté
de Montpensier. Prince d'un courage éprouvé, comme le témoigne
sa glorieuse campagne de 141 3 contre des compagnies de brigands,
il devait aussi posséder quelques qualités littéraires auxquelles
Christine fait allusion dans le rondeau VII, mais il se distingua
surtout par son humeur galante et aventureuse qui l'entraîna dans
les « emprises » les plus extraordinaires. C'est ainsi que le i" janvier
1415 il fit publier un cartel par lequel lui et seize chevaliers et
écuyers s'engageaient à porter à la jambe, en l'honneur de leurs
dames, un fer de prisonnier, d'or pour les chevaliers et d'argent
pour les écuyers. Ces fers votifs devaient être conservés pendant
deux années entières s'il ne se présentait avant cette époque un
nombre égal de chevaliers et d'écuyers pour s'en rendre maîtres et
les enlever après un combat à outrance. Mais le duc de Bourbon
fut fait prisonnier l'année même à la bataille d'Azincourl et em-
mené à Londres où il mourut en captivité au mois de janvier 1434.
TABLE
Pages.
Introduction ^ "^ :<xxvii
CENT BALADES
I. _ Pour acomplir leur bonne voulenté i
II. Digne d'estre de lorier couronné 2
III. — Voyez comment amours amans ordonne! 3
IV. — En traïson, non pas par vacellage 4
V. — Quant cil est mort qui me tenoit en vie 5
VI. — Et si ne puis ne garir ne morir 7
VII. — Qui ma vie tenoit joyeuse 8
VIII. — C'est bien raison que me doye doloir g
IX. — Que mes griefs maulx soyent par toy délivre. 10
X. — Puis que Fortune m'est contraire 11
XI. — Seulete suy sanz ami demourée 12
XII. — Que ses joyes ne sont fors que droit vent .... 1 3
XIII. — Car trop griefment est la mer périlleuse 14
XIV. — Qu'a tousjours mais je pleureray sa mort i5
XV. Puis qu'ay perdu ma doulce nourriture 16
XVI. — C'est souvrain bien que prendre en pacience. 17
XVII. — Cuer qui en tel tristour demeure 18
XVIII. — Car trop grief dueil est en mon cuer remais. ig
XIX. — De faire ami, ne d'amer 20
XX. — Encor n'en suis pas a chief 21
XXI. — Qu'a peine le puis escondire 22
XXII. — De rertuser ami si gracieux 23
XXIII. — Certes c'est cil qui tous les autres passe 24
XXIV. — Car vous tout seul me tenez en leece 25
XXV. — Helas ! que j'aray mautemps ! 26
3 10 TABLE
XXVI. — Les mesdisans qui tout veulent savoir 27
XXVII. — J'en ay fait a maint reffus 28
XXVIII. — Pour le désir que j'ay de vous veoir 2g
XXIX. — Par Dieu, c'est grant grâce 3o
XXX. — Qu'a vraye amour puissent faire grevance... 3i
XXXI. — Je vueil quanque vous voulez 32
XXXII. — Se demeurez loing de moy longuement 33
XXXIII. — Puis que partir vous convient 34
XXXIV. — Pour la doulçour du jolis moys de May 35
XXXV. — Tant ont a durer mes peines 35
XXXVI. — Et qui pourroit telle amour oublier r 37
XXXVII. — Et si ne m'en puis partir 38
XXXVIII. — Puis que le terme est passé 39
XXXIX. — Il en pert a ma coulour. . 40
XL. — Pour un seul bien plus de cinq cens doulours. 41
XLI. — Ne plus, ne mains ne que s'il estoit mort 42
XLII. — Cil nonce aux gens mainte chose notable. ... 43
XLUI. — Ce me fait la maladie 44
XLIV. — Je m'en sçay bien a quoy tenir 45
XLV. — Et a la fois grant joye aporte 46
XLVI. — Ne nouvelles ne m'en vient 47
XLVII. — Puis qu'il m'a mis en nonchaloir 48
XLVIII. — Je ne m'i vueil plus tenir 4g
XLÎX. — Vous me ferez d'environ vous foïr 5o
L. — Je m'en raport a tous sages ditteurs 5 1
LI. — Ce poise moy quant ce m'est avenu 52
LII. — Et que jamais leur meschance ne fine 53
LUI. — Qui plus se plaint n'est pas le plus malade... 54
LIV. — Ainsi sera grance en vous assouvie 55
LV. — Car le volage d'oultremer
A. fait en amours maint dommage 56
LVI. — Car l'ceuvre loe le maistre 57
LVII. — Jusques a tant que je le reverray 58
LVIII. — Ha Dieux! Ha Dieux! quel vaillant chevalier!. Sg
LIX. — Sont ilz aise? certes je croy que non 60
LX. — Mais vous parlez comme gent pleins d'envie. 6i
LXI. — Mais il n'est nul si grant meschief
Qu'on ne traye bien a bon chief 62
LXII. — De moy laissier ainsi pour autre amer 63
LXIII. — A il doncques tel guerredon ? 64
LXIV. — Qui maintenir veult l'ordre a droite guise... 65
LXV. — Ne me vueilliez, doulce dame, escondire 66
LXVI. — Et vous retien pour mon loial ami 67
LXVII- — Hé Dieux medoint pouoir du desservir! 68
TABLE 0 1 I
LXVIII. — Dame, pour Dieu, mercy vous cry 6g
LXIX. — Sire, de si tost vous amer 70
LXX. — Que vigour et cuer me fault 71
LXXI. — Doulce dame, je me rens a vous pris 71
LXXII. — Ne sçay qu'on vous a raporté 72
LXXIII. — Las ! que feray, doulce dame, sanz vous? 78
LXXIV. — Je vous laisse mon cuer en gage 74
LXXV, — Ne vous oubli je nullement 70
LXXVL — De son ami, désirant qu'il reviegne 76
LXXVn. — Dame, qu'a vous servir j'entehdc 77
LXX Vin. — Qui tant de maulz et tant d'anuis nous fait !.. 78
LXXIX. — Si vous en cry mercy très humblement 79
LXXX. — Voulez vous donc que je muire pour vous '... . 80
LXXXL — Prenez en gré le don de vostre amant 81
LXXXIL — Le dieu d'amours m'en soit loial tesmoins.. . . 82
LXXXin. — Ha desloial ! comment as tu le cuer ? 83
LXXXI V. — Se vous me faittes tel grief 84
LXXXV. — Mais, se Dieux plaist, j'en seray plus prochains. 85
LXXXVI. — Se les fables dient voir 86
LXXXVII. — A Dieu vous di, gracieuse aux beaulz yeux... 87
LXXXVIIL — Ce sera fort se je vif longuement ! 88
LXXXIX. — Ou autrement l'amour est fausse et fainte. ... 89
XG. — Balade pouetique. Il y morra briefment, au
mien cuidier 90
XCI. — N'il n'est si bon qu'ilz n'y treuvent a dire. ... 91
XCII. — Ainsi est il de vous certainement,
En qui Dieux a toute proece assise 92
XCIII. — Il a assez science acquise 93
XCIV. — Mais fol ne croit jusqu'il prent 94
XC V. — Nostre bon Roy qui est en maladie 95
XGVI. — S'il n'a bonté, trestout ne vault pas maille 96
XCVII. — Se font pluseurs sages qui font a croire 97
XCVIII. — Qui des sages font grant derrision 98
XCIX. — Dieux nousy maint trestous a la parclose! — 99
G. — En escrit y ay mis mon nom 1 00
VIREL.WS
I. — Je chante par couverture ici
I[. — Amis, je ne sçay que dire 102
III. — Pour le grant bien qui en vous maint io3
IV. — Comme autre fois me suis plainte 104
3l2 TABLE
V. — Belle ou il n'a que redire io5
VI. — Mon gracieux reconfort to6
VII, — La grant doulour que je porte io8
VIII. — Puis que vous estes parjure 109
IX. — Je suis de tout dueil assaillie 100
X. — Très doulz ami, or l'en souviegne m
XI. — En ce printemps gracieux 112
XII. — Se pris et los estoit a départir ii3
XIII. — Dieux ! que j'ay esté deceûe 114
XIV. — Trestout me vient a rebours 1 15
XV. — De meschief, d'anui, de peine 116
XVI. — On doit croire ce que la loi commande 117
BALADES D'ESTRANGE FAÇON
Balade rétrograde
Acueil bel et agréable 119
Balade a rimes reprises
Renge mon cuer qui fors vous ne désire 120
Balade a responses
Voire aux loiaulz. — Tu as dit voir 121
Balade a vers a responses
Aime le ; si feras que sage 122
LAYS
Lay de clxv vers leonlmes
Amours, plaisant nourriture i25
Lay
Si je ne finoye de dire i36
RONDEAUX
I. — Com turtre suis sanz per toute seulete 147
II. — Que me vault donc le complaindre r 148
III. — Je suis vesve, seulete et noir vestue 148
IV. — Puis qu'ainsi est qu'il me fault vivre en dueil. 149
V.— Quelque chiere que je face i5o
TABLE 3 [ 3
VI. — En espérant de mieulx avoir i5o
VII. — Je ne sçay comment je dure i bi
VIII. — Puis que vous vous en alez i5i
IX. — Bel a mes yeulx, et bon a mon avis i 52
X. — Puis qu'Amours le te consent 1 53
XI. — De triste cuer chanter joyeusement i 53
XII. — Pour ce que je suis longlains 1 54
XIII. — C'est grand bien que de ces amours i 34
XIV. — M'amour, mon bien, ma dame, ma princesse.. i55
XV. — Quant je ne fois a nul tort i56
XVI. — Doulce dame, que j'ay long temps servie 1 5G
XVII. — .le suis joyeux, et je le doy bien estre 157
XVIII. — Rians vairs yeulx, qui mon cuer avez pris 157
XIX. — Tout en pensant a la beauté, ma dame ibS
XX. — Sage maintien, parement de beauté 169
XXI. — S'espoir n'estoit, qui me vient conforter i5g
XXII. — De tous amans je suis le plus joyeux 160
XXIII. — Belle, ce que j'ay requis i6o
XXIV. — Jamais ne vestiray que noir 161
XXV. — En plains, en pleurs me fault user mon temps. 161
XXVI. — Visage doulz, plaisant, ou je me mire 162
XXVII. — A Dieu, ma dame, je m'en vois i63
XXVIII. — A Dieu, mon ami, vous command i63
XXIX. — Il me semble qu'il a cent ans i()4
XXX. — Il a au jour d'ui un mois 164
XXXI. — Se loiaulté me puet valoir 164
XXXII. — Très doulz regart, amoureux, attraiant i65
XXXIII. — Le plus bel qui soit en France i65
XXXIV. — J'en suis d'acort s'il vous plaist que je muire. 166
XXXV. — De mieulx en mieulx vous vueil servir 166
XXXVI. — Helas! le très mauvais songe 167
XXXVII. — Très doulce dame, or suis je revenu 167
XXXVIII. — Puis qu'ainsi est que ne puis pourchacier.. . . 168
XXXIX . — Doulce dame, je vous requier 168
XL. — Se m'amour voulsisse ottroier 169
XLI. — De tel dueil m'avez rempli 169
XLII. — Or est mon cuer rentré en double peine 1 70
XLIII. — Hé lune! trop luis longuement 17 1
XLIV. — Amis, ne vous desconfortez. . . 171
LXV. — Souffise vous bel accueil 172
XLVI. — Se souvent vais au moustier 172
XLVII. — Combien qu'adès ne vous voie 173
XLVIll. — Comme surpris 174
XLIX. — Vous en pourriez exillier 174
3 14 TABLE
L. — Pourattraire lyS
LI. — Amis, venez encore nuit 176
LU. — 11 me tarde que lundi viengne 177
LïII . — Cest anelet que j 'ay ou doy 177
LIV. — La cause de mon annuy 1 77
LV. — Dure chose est a soustenir 178
LVI. — Cil qui m'a mis en pensée novelle 178
LVH. — Vostre doulçour mon cuer attrait 17g
LVIIL — Se d'ami je suis servie 179
LIX. — Chiere dame, plaise vous ottroier 180
LX. — Vous n'y pouez, la place est prise 180
LXI. — S'il vous souffist, il me doit bien souffirc 181
LXiL — Source de plour, rivière de tristece 182
LXIII. — Bel et doulz et gracieux 182
LXIV. — Pour quoy m'avez vous ce fait? i83
LXV. — S'ainsi me dure iB3
LXVL — Amoureux oeil 184
LXVll. — Madame i«4
LXVin. - Je vois i83
LXIX. - Dieux i83
JEUX A VENDRE
I . — Je vous vens la passerose , 1 87
i, — — la fueilie tremblant 187
3. — — la paternostre 187
4. — — le papegay 188
5. — — la fleur de mellier 188
6. — — l'esparvier apris 188
7, — — le vert muguet 188
8. — Du dieu d'amours vous vens le dart i8g
q. — Du pré d'Amours vous vens l'usage 189
10. — Je vous vens la fleur de lis 189
II. — — du rosier la fueilie 190
12. — — la turterelle 190
i3. — -r- le cerf voulant 190
14. — — le chappel de saulx 190
I 5. — — la harpe et la lire 191
16. — — les gans de laine 191
17. — — la fleur de parvanche Jgi
18. — — la rose amatie 192
19 — — le pont qui se haulce 192
TABLE
3l5
20. >- — le panier d'ozier 192
21.— — Toisellet en cage igS
22. — — le vers chapellet 193
23. — — la clere fontaine iqS
24. — — lechappel de soie igS
23. — — le cuer du lion 194
26. — — la couldre qui ploie 194
27. — — l'anelet d'or fin 194
2.'^. — D'un esparvier vous vens la longe 194
29. — Je vous vens le coulomb ramage igS
30. — — le songe amoureux 195
3i. — — l'aloe qui vole 193
32. — — l'espe'e de guerre 196
33,— — la fleur d'acolie 196
34.— — la branche d'olive 196
35.— — la fleur d'ortie 196
36. — — le chapel de bievre 197
37.— — la rose de may 197
38.— — la rieur de seûr i97
39.— — la violete i97
40. — — le blanc corbei 198
41. — — l'aloue volant 198
42. — — le dyamant 198
43. — — le tourret de nez 198
44. — — la marjoleine 199
43. — — la fueille de houx 199
46. — — la blonde tresce 199
47. — — le souspir parfont 199
48.— — le blanc orillier 200
49.— — la voulant aronde 200
5o. — Du blanc pain vous vens la raie 200
5c. — Je vous vens la rose d'Artois 200
52. — — la colombelle 200
53.— — le blanc cueuvrechief 201
54. — — de soye le laz 201
55. — — l'anelet d'argent 201
56. — — la fleur de glay 202
57. — — la perle fine 202
58. — Je ne vens ne donne les yeulz 202
59. — Chascun vous vens, mais je vous vueil donner 202
()o. — Je vous vens la fleur de peschier 2o3
61. — — du rosier la branche 2o3
62. — — d'Amours la prison 2o3
63. — — la rose vermeille 2o3
3l6 TABLE
64.— — plein panier de flours 204
65. — — la feuille de tremble 204
66. — Le saphir vous vens d'Orient 204
67. — F'iours vous vens de toutes couleurs 204
68. — Je vous vens le lévrier courant 2o5
69. — — la fleur mipartie 2o5
70. — — l'escrinet tout plein 2o5
AUTRES BALADES
L — Car qui est bon doit estre appelle riche 207
Éloge de Charles d'Albret.
IL — Si com tous vaillans doivent estre 208
A Charles d'Albret.
IIL — Et Dieux vous doint leur bon droit soustenir. 210
IV. — Et honneur en toutes querelles 211
V. — Avisons nous qu'il nous convient morir 212
VI. — Ne les princes ne les daignent entendre 2i3
VIL — Car de Juno n'ay je nul reconfort 2i5
VIII. — 11 veult trestout quanque je vueil 216
IX. — Amours le veult et la saison le doit 217
X. — Amours le veult et la saison le doit 218
XL — Assez louer, ma redoublée dame, 21g
XII. — Si qu'a tousjours en soit mémoire 220
XIII. — Vous semble il que ce fausseté soit ? 221
XIV. — Juno me het et meseûr me nuit 223
XV. — Se Dieu et vous ne la prenez en cure 224
XVI. — A Charles d'Albret, connétable de France
Ce premier jour que l'an se renouvelle 225
XVII. — N'on n'en pourroit assez mesdire 226
XVIII. — A la reine Isabelle de Bavière
Ce jour de l'an, ma redoublée dame 227
XIX. — A Louis de France, duc d'Orléans
Ce jour de l'an vous soiez estrené 228
XX. — A Marie de Berry, comtesse de Montpensier
Ce plaisant jour premier de l'an nouvel 229
XXI. — Christine fait hommage à Charles d'Albret de
son poème u. Du Débat de deux Amans »
Si le vueilliez recepvoir pour estreine 23 1
XXII. — Christine recommande son fils aine au duc
d'Orléans
Si le vueilliez, noble duc, recevoir 232
TABLE 3 I 7
XXIII. — Faittes voz faiz a voz ditz accorder 233
XXIV. — Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure. 234
XXV. — Chapiaulx jolis, violetes et roses,
Fleur de printemps, muguet et fleur d'amours. 235
XXVI. — Et certes le doulz m'aime bien 237
XXVII. — Et ce vous fait tout le monde plaire 238
XXVIII. — En ce jolis plaisant doulz moys de May 239
XXIX. — Au duc d'Orléans, sur le combat de sept Fran-
çais contre sept Anglais (ig mai 1402)
De hault honneur et de chevalerie 240
XXX. — Sur le combat des sept chevaliers français et
des sept chevaliers anglais (i g mai 1402)
Sera retrait de leur haulte vaillance 241
XXXI. — Même sujet
On vous doit bien de lorier couronner 243
XXXII. — A pou que mon cuer ne font! 244
XXXIII. — Au sénéchal de Hainaut, 1402.
D'entreprendre armes et peine 245
XXXIV. — Apercevoir
Vueillez le voir 246
XXXV. — Vostre doulceur me meine dure guerre. 247
XXXVI. — A la reine Isabelle de Bavière
Soit, sanz cesser, toute joye mondaine 248
RoNDEL. — Mon chier seigneur, soiez de ma partie 24g
XXXVII. — On est souvent batu pour dire voir 25o
XXXVIII. — Sur la Cour du duc Philippe de Bourgogne,
1403.
Selon seigneur voit on maignée duite 25 1
XXXIX. — Car je vous ay retenue a ma vie 2 52
XL. — Je mourray se m'estes dure 253
XLI. — Qu'en France soit si meiiçonge eslevée 254
XLII. — Sur la mort du duc de Bourgogne (27 avril
1404J
Affaire eussions du bon duc de Bourgongne.. 255
XLIIl. — El ne croyez flajolz de decepveurs 257
XLIV. — Ne mon penser nulle heure ne s'en part 258
XLV. — Mon doulx amy, d'autre ne me vient joye.... 259
XLVI. — Je m'en mettre a mon aise 260
XLVII. — Et me vueillez ottroyer vostre amour 261
XLVIII. — Je le sçay bien, il fault que je m'en sente .... 262
XLIX. — Je dis que c'est pechié a qui le fait 263
L. — S'ainsi le faiz, tu seras preux et saige 264
Ll. — Et ait ou mal fort et poissant couraige 266
LU. — C.e jour de May gracieux plain de joye 267
3l8 TABLE
LUI. — Q_uantbien me doit venir, ineseur l'en chace. 268
ENCORE AULTRES BALADES
I. — Je t'ameiay et tiendray chier 271
II. — Certes trop m'est dure la départie 272
III. — A Dieu te dis, amis, puis qu'il le fault 273
IV. — Et qui n'aroit regrait a tel plaisance
Et a si très doulce amour esiongner?. 274
V. — Q^uant chascun s'en revient de l'ost 273
VI. — Car de ce vueil savoir le compte 276
VII. — Qui vous en a tant appris '! 277
VIII. — Le plus bel des fleurs de liz 277
IX. — De bien en mieulx vous puist il avenir 278
COMPLAINTES AMOUREUSES
I
Doulce damC; vueiilez oïr la plainte 281
11
Vueillïz oyr en pitié ma complainte 289
î-€^l
ERRATA
CENT BALLADES
IX, p. 10. — Vers 12, supprimer le point après servage.
— Vers ig, supprimer la virgule après hurlée.
X, p. II. — Vers 21, lire: Fortune.
XII, p. i3. — Vers 21, il faut un point à la fin de ce vers.
XVII, p. 18. — Vers 10, supprimer le point après non pareille.
XXVII, p. 28. — Vers i3, il serait préférable de lire les us au lieu
de le us.
XLIV, p. 45. — Vers 11, t'abuse, lire : cabuse.
LVI, p. 57. — Vers i3, on peut encore faire la correction en
maintenant tel quel ce vers et en abrégeant les vers 6 et 20.
LVII, p. 58. — Vers 12 et i3, supprimer la virgule après re-
querre et lire : Qii'il le convoit au lieu de Qui le connoit,
LXVI, p. 68. — Vers 20, supprimer le point après diffame:^.
LXXVIII, p. 78. — Vers 17, on pourrait lire aussi : hé que
l'avoir!
— p. 87. — Vers 12, lire : Paris.
XCIII, p. 93. — Vers 10, lire : Oltovien (voy. p. 299, note.l
RONDEAUX
IV, p. 149. — Vens 8, lire : et d'ueil.
XIX, p. i58. — Vers i, 7 et 12, supprimer la virgule après
beauté.
XLil, p. 170. — Vers 2, on peut supprimer les deux virgules qui
entourent ma dame.
— Vers 3, numéroter 3 au lieu de J .
LU, p. 177. — Vers i, placer une virgule après viengne.
lW, p. 178, — Vers 5, n'enuy, lire : n'en nuy.
320 ERRATA
LV, p. 178. — Vers 5, prendre la leçon de B et lire : Faire le
fault qui maintenir.
LXIX, p. i85. —Vers 5, lire plutôt : Tieidx.
JEUX A VENDRE
I, p. 187. — Vers I, lire : passevose &n un seul mot.
6, p. 188. — Vers 5, l'aserviroie, lire: la serviroie.
24, p. 194. — Vers 5, lire : Nanti.
3o, p. IQD. — Vers b, lire : anuit au lieu de a nuit..
AUTRES BALLADES
X, p. 218. — Vers g, mettre un D majuscule a déduit.
XVI, p. 225. — Vers 12, trop court, ajouter 5e devant 5/.
XXI,p. 23i. —Vers 17, niendre, lire : mieudre.
— Vers 19, lire : Cest, sans apostrophe.
XXVII, p. 25o. — Vers i3 et 14, on pourrait ponctuer d'une autre
façon : Mettre point et virgule après souffri, le supprimer après
de sens estait, et reporter le même signe à la fin du v. 14.
XL, p. 253. — Vers 6, il vaudrait mieux lire : m'arsure.
XLV, p. 25q. — Vers 16, il est probable que le scribe du ms. a
omis que et qu'il faut lire : n'est rayson que je doye.
XLVIII, p. 262. — Vers i3, lire : Vaggrappe.
ENCORE AUTRES BALLADES
II, p. 272. — Vers 7, lire plutôt mie partie en deux. mots.
— p. 273. — Vers 28, lire pour le sens « en ses lyens » au lieu de
« tes lyens. »
COMPLAINTES AMOUREUSES
I, p. 286. — Vers 161, lire : Adonc en un seul mot.
— Vers 171, kf lire : la.
Publications de la Société des anciens textes français.
(En vente à la librairie Firmin Didot et G'*, 56, rue
Jacob, à Paris.)
Bulletin de la Société des anciens textes français (années 1875 à 1886).
N'est vendu qu'aux membres de la Société au prix de 3 fr. par année, en pa-
pier de Hollande, et de 6 fr. en papier whatman.
Chansons françaises du .v»»« siècle, publiées d'après le manuscrit de la Biblio-
thèque nationale de Paris, par Gaston Paris, et accompagnées de la musi-
que transcrite en notation moderne «par Auguste Gevaert (1875). Epuisé.
Il reste quelques exemplaires sur papier Whatman, au prix de 3/ fr.
Les plus anciens Monuments de la langue française (ix», x' siècles), pu-
bliés par Gaston Paris. Album de neuf planches e'.\écutées pai la photogra-
vure (1875) 3o fr.
Brun de la Montaigne, roman d'aventure, publié pour la première fois d'après
le manuscrit unique de Paris, par Paul Meyer (1S75; 5 fr.
Miracles de Nostre Dame par personnages, publiés d'après le manuscrit de
la Bibliothèque nationale de Paris, par Gaston Paris et Ulysse Robert.
t. I à VU (1S76, 1877, 1878, 1S79, 1880, 1881, 1882), le vol 10 fr.
Guillaume de Paterne, publié d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Ar-
senal à Paris, par Henri Michelant 1876) 10 fr
Deux Rédactions du roman des Sept Sages de Rome, publiées par Gaston
Paris (1876; S fr.
Aiol, chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Paris, par
Jacques Nor.mand et Gaston Ravnaud (1877) 12 fr.
(Ouvrage couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres.)
Le Débat des Hérauts de France et d'Angleterre, suivi de The Debate be-
tween the Heralds of England and France, by John Coke, édition com-
mencée par L. Pannier et achevée par Paul Mever (1877) lo fr.
Œuvres complètes d'Eustache Deschamps, publiées d'après le manuscrit de la
Bibliothèque nationale, par le marquis de Queux de Saint-Hilaire, t. I,
H, HI et IV (1878, 1880, 1882, 1884), le vol 12 fr.
Le Saint Voyage de Jherusalem du seigneur d'Angiure, publié par François
B0NNARD0T et Auguste Longnon (187b) lô fr.
Chronique du Mo7it-Saint-Michel {1343-1468), publiée avec notes et pièces
diverses par Siméon Luce, t. I et U (187g, i883), le vol 12 fr.
Elle de Saint-Gille, chanson de geste publiée avec introduction, glossaire et
index, par Gaston Ravnaud, accompagnée de la rédaction norvégienne tra-
duite par Eugène Koelbing ;i879J S fr.
Daurel et Brton, chanson de geste provençale, publiée pour la première fois
d'après le manuscrit unique appartenant à M. A. F. Didot, par Paul .Mever
(i«8o) S fr.
La Vie de saint Gilles, par Guillaume de Berneville, poème du xiT siècle, pu-
blié d'après le manuscrit unique de Florence, par Gaston Paris et Alphonse
Bos (1 s8i) 10 fr.
Raoul de Cambrai, chanson de geste, publiée par Paul Mever et Auguste
1-ONc.NOM (1882) là fr.
T. I 21
Le dit de la Panthère d'Amours, par Nicole de Margival, poème du xiii^ siè-
cle, publié par Henry A. Todd ii883) 6 fr.
Les œuvres poétiques de Philippe de Rémi, sire de Beaumanoir, publiées par
H. SucHiER,t. l-II (1884-S5) , 25 fr.
Le premier volume ne se vend pas séparément; le second volume seul. i5 fr.
La Mort Aymeri de Nar bonne, poème du xin« siècle, publié par J. Couraye
DU Parc (1884) 10 fr.
Trois versions rimées de l'Evangile de Nicodème, publiées par G. Paris et
A B0SUSS3) 8 fr.
Fragments d'une vie de saint Thomas de Cantorbery, publiés pour la pre-
mière fois d'après les feuillets appartenant à la collection Goethals Vercruysse,
avec fac-similé en héliogravure de l'original, par M. P. Meyer (i885). 10 fr.
Œuvres poétiques de Christine de Pisan, publiées par Maurice Rov, t. I
(1886) 10 fr.
Le Mistére du Viel Testament, publié avec introduction, notes et glossaire,
par le baron James de Rothschild, t. 1, II, III, IV et V (1878, 1879,
1881, 1882, i885),levol 10 fr.
(Ouvrage imprimé aux frais du baron James de Rothschild et offert
aux membres de la Société J
Tous ces ouvrages sont in-8», excupté Les plus anciens Monuments de la
langue française, album grand in-folio.
11 a été fait de chaque ouvrage un tirage sur papier Whatman. Le prix des
exemplaires sur ce papier est double de celui des exemplaires en papier ordi-
naire.
Les membres de la Société ont droit à une remise de 2 5 p. 100 sur tous les
prix indiqués ci-dessus.
Belles-Lettres, en i883.
Le Puy. — Imprimerie de Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 33.
mmmmmm?mmm. ^
2 «-^
s 00
-H <0
+3 00
oa
Ih
o
<D
THE IN8TITUTE OF WEDIAEVAL STUD'CS
10 ELMSLEY PLACE
TORONTO 6, CAKADA.
SGBI